

Je voudrais vous parler d’un site internet qui est très drôle. J’ai sympathisé à distance avec son auteur et je souhaiterais en faire la promotion sur cette page. Le site s’appelle mafemmesebarre.com. Sympa, non ? Olivier a fait un vrai site communautaire et il est le premier à avoir abordé un phénomène de société sous un angle répondant à une véritable attente (150 000 divorces par an, 300 000 personnes concernées chaque année, sans compter les ruptures d’unions libres, de pacs etc.).
Olivier a eu l’idée de ce site quand sa femme s’est barrée et cela a tout d’abord été un exutoire. Il veut, avec son site, redonner la pêche à ceux qui n’en ont plus beaucoup et un peu de baume au cœur à ceux qui en manquent alors qu’ils se retrouvent seuls. Le nouvel Abbé Pierre en quelque sorte (sans les fringues).
Voici comment Olivier définit son approche :
“Hélène s’est barrée après quelques années de mariage. Boulet et moi avons assisté benoîtement au départ de nos femmes respectives. Hommes ou femmes, plantés ou planteuses, nous sommes finalement tous plus ou moins semblables dans la séparation, confrontés aux mêmes envies, à des questions qui se rejoignent, et surtout des plaisanteries qui parfois ne font rire que nous…
Mafemmesebarre.com, jemebarre.com ou monmecsebarre.com, peu importe. Seul le logo diffère, pour que les filles puissent porter nos couleurs sans équivoque. D’ailleurs les filles sont aussi nombreuses que les garçons sur notre forum. On se demande même si la rubrique sur la panne sexuelle n’a pas tendance à éloigner certains de nos congénères masculins de la mouvance « très mâle très bien »…
Mafemmesebarre.com (MFSB pour les initiés) est donc un concept, la représentation virtuelle d’un état psychologique idéal vers lequel nous tendons, peut-être de façon un peu utopique… Un espace pour des gens comme nous, avec un site pour rire et réfléchir, un blog pour voir ce qui se passe dans le monde, un forum pour discuter et rencontrer.
C’est vrai qu’on se sent bien entre nous, qu’on a envie de rencontrer d’autres célibs, pas nécessairement pour se choper comme des bêtes, peut être aussi pour essayer de partager une nounou en garde alternée, pour connaître les bonnes adresses et les astuces des autres, boire un mojito ou pour faire une sortie avec les nains.
Pour lire aussi ceux qui ont un peu d’avance dans la réflexion, pour accueillir les nouveaux, pour recevoir un peu de bonne humeur quand on traverse un petit passage à vide. Nous faisons évoluer notre site régulièrement, en rajoutant notamment des services et des points rencontre (bientôt). Nos valeurs sont simples : nous ne connaissons pas la honte, nous voulons rire de tout sauf de nos enfants, nous ne sommes pas revanchards, nous encourageons vivement l’autodérision, nous militons pour la vivisection des beaux parents et nous détestons la Saint Valentin. Chez nous la fille s’appelle Françoise et Bruno incarne le garçon de façon générique, les explosions atomiques côtoient Kiepling, et les références sont surtout celles de la tranche élargie des « quadras », les 30 – 50 ans“.
Allez-y, que vous soyez seul(e) ou en couple, c’est-à-dire pas encore largué(e).


Eh oui, cher public, je ne recule devant rien et j’ose tout. Comme disait Audiard : “les cons, ça ose tout. C’est même à çà qu’on les reconnaît.“ Or donc, mercredi soir dernier, j’ai posé mon sac à dos dans une chambre d’hôtes à Boffres, aux confins de l’Ardèche. J’ai été accueilli par le sympathique propriétaire et une employée (le sosie de Michelle Pfeiffer avec 30 kilos de plus, 60 cm de moins, les cheveux courts d’un roux douteux, un nez crochu, des dents jaunes et un triple menton). Elle m’a montré une chambre sans cachet particulier, mais confortable. J’ai posé la question rituelle comme à chaque fois que j’arrive quelque part : “avez-vous le wifi ?“ et le patron m’a répondu que “oui bien sûr, faut aller en bas, dans la salle TV“. Car oui, il y a une salle prévue exprès pour la TV vu qu’il n’y a en pas dans les chambres. J’étais ravi de pouvoir me relier au monde grâce à une connexion ADSL arrivée, on ne sait par quel miracle, dans ce coin reculé de tout. En fait, le wifi fonctionnait uniquement entre le pot à crayon “J’aime l’Ardèche“ et le pot de fleurs rempli de tulipes en plastique, soit une distance de 75 cm, néanmoins suffisante pour poser mon Mac et relever, debout, mes mails. Le patron me propose de boire “un p’tit verre de blanc d’ici“. Je ne dis pas non et je réponds même que “oui, avec plaisir“. En remontant en titubant dans ma chambre, il me demande d’être en bas à 19h30 pour l’apéro (ce que je venais d’absorber n’était donc pas l’apéro). Je passe en m’excusant devant une retraitée qui se trouvait devant Julien Lepers et ses champions. A 19h29, j’entends une voix hurler : “à table !“. Mes 3 estomacs (oui, comme la vache) bondissent d’allégresse et je descends 4 à 4 les 4 marches qui me séparent du rez-de-chaussée. Là, je constate que je suis le dernier à rejoindre la table de bois brut. 8 couples m’attendent en me dévisageant. Sur chaque assiette, un verre contenant une boisson jaunâtre attendent que nous humections nos lèvres : un kir à la châtaigne (note de l’auteur : c’est infecte). Je me saisis de mon verre mais je comprends qu’il est trop tôt car personne n’a encore touché le sien. Je le repose discrètement sur ma serviette et grignote quelques Curly éventés “goût cacahouète“ disposés dans une ravissante assiette en carton. Je guette le signal pour lever mon verre et trinquer à la santé du patron et de sa servante. Erreur. Je suis tombé dans un piège. Ce n’est pas l’heure de l’apéro mais l’heure d’une conférence diaporama sur les trésors de l’Ardèche avec écran plasma et cartographie. En effet, le propriétaire est fan de l’Ardèche. Vraiment FAN. Une sorte d’Ayatollah sauf que lui ne parle que de l’Ardèche et très peu du Coran. Il allume le plasma et se saisit d’une télécommande pour faire défiler des photos flous sur l’écran (une chaumière, un cochon, une montagne, un arbre, un cochon, un ruisseau, un cochon). Il nous raconte (par le menu) sa vie : où il est né, le métier de ses parents, ce que signifie l’Ardèche pour lui, l’histoire de l’Ardèche, les richesses de l’Ardèche, le climat de l’Ardèche, les balades à faire en Ardèche, la sous-préfecture de l’Ardèche, l’orthographe du nom Ardèche etc. L’homme des bois nous explique qu’il est resté en Ardèche par amour du pays car il aime l’Ardèche. Il est indubitable que le souriant paysan aime sa région (la vraie question est : pourquoi ?). Il nous explique qu’on peut faire du Quad sous la pluie, du cheval sous la pluie, du VTT sous la pluie et de belles balades sous la pluie. Je remarque, alors qu’il postillonne comme un nuage dans le ciel ardéchois, que le rugueux maître d’hôtel porte des vêtements d’une saleté rare. On a l’impression que ce sont ses vêtements qui le portent. Son pantalon est tâché de plâtre et de ce qui semble être du jaune d’œuf (de l’Ardèche), son sweat shirt est couvert de boue et de cambouis et un de ses doigts est entaillé jusqu’à l’os. Je prie le ciel que ce ne soit pas lui qui cuisine. Pas de bol. Il est aussi cuistot et il nous annonce fièrement qu’il a préparé un plat “bien de chez nous“ : du gras de porc avec des patates. De la charcuterie en entrée et pour dessert, une salade de fruits au lard fumé. Mes compagnons de tablée n’étant pas en reste, j’ai eu droit pendant tout le repas, à une discussion variée autour de différents thèmes : la beauté de l’Ardèche, le climat dans nos régions respectives, l’alcool que l’on boit dans nos régions et enfin, la “Michelle Pfeiffer d’occasion“ nous a raconté sa vie de majorette car oui, malgré son embonpoint et sa taille de santon, la naine est majorette dans une fanfare municipale. Elle nous a longuement gratifié de son histoire, de ses tournées dans les régions voisines et même à l’international, car, comme le bon jambon, la majorette s’exporte. Elle a continué, sous le feu des questions, en nous expliquant qu’elle était en train de prendre un virage dans sa vie. En effet, elle comptait orienter sa carrière vers les Pom Pom Girls car, explique-t-elle la bouche pleine de pommes de terre gorgées d’huile, “ici, les filles ne savent pas manier le bâton“. Dans un groupe, je ne sais pas si vous avez remarqué, il y a toujours une personne qui prend en charge l’animation, qui refuse le silence. Ce genre de personnes déteste le vide ou le silence alors elles parlent pour 10. A notre table, il s’appelait Gérard et il était négociant en bétail. Il a passé son temps à nous interroger :
Gérard : vous êtes passé par Saint Fortunat pour monter ?
moi : je ne sais plus (intérieurement : “et je m’en fous“)
Gérard : aujourd’hui, on est passé par Saint Fortunat. C’est magnifique. Vous connaissez ?
Moi : non, je ne crois pas (“lâche-moi la grappe 5 minutes, tu veux bien ?“)
Gérard : c’est magnifique. Vous marchez une demi-heure jusqu’à une table d’orientation et c’est magnifique. Vous avez une vue à 360° sur les alentours.
Moi : silence (“tu me vois marcher 1/2 heure pour rejoindre une table d’orientation ? Pourquoi pas une table à repasser tant que t’y es“)
Gérard, voyant que je n’étais pas enclin à démarrer une discussion, fusse-t-elle passionnante, avec lui, le voilà qui se tourne maintenant vers la “Michelle Pfeiffer accidentée“ afin de poursuivre son intéressant tour de table :
Gérard : vous connaissez Saint Fortunat ?
La majorette : à côté du Château de la Tourette ?
Gérard : non, pas loin de la Crumière.
la majorette : sur la route de Bruzac, en passant par le col de la Mure ?
Gérard : attendez que je me souvienne… Jeannine (sa femme), on est passé par le col de la Mure ?
Jeannine : je sais pas mais il faisait froid.
Gérard : c’est pas ce qu’on te demande ! (“pauvre conne, tu me fais honte devant tout le monde et arrête de te gaver de gras de porc !“)
La majorette : en haut de Roumezoux, vous avez pris à gauche ?
Gérard : peut-être… ben on a marché une demi-heure et on est tombé sur une table d’orientation… C’était magnifique.
La majorette : qui veut des patates ?
Gérard s’en est allé interroger un autre couple encore vierge de ces passionnantes questions et qui ne demandait qu’à bouffer tranquille… “Vous connaissez Saint Fortunat ? Hein ? Hé, Monsieur ! Vous connaissez ? Non, parce qu’on a marché une demi-heure et…“
Un enfer. Et je passe sur la majorité silencieuse : une retraitée avec son mari à qui il fallait répéter tout 2 fois (“JE DISAIS, VOUS CONNAISSEZ SAINT FORTUNAT ? HEIN ? NON PARCE QUE VOUS MARCHEZ UNE DEMI HEURE ET…“).
J’ai évité tant que j’ai pu de me mêler à leurs conversations, me concentrant sur le gras de porc qui s’étalait dans mon assiette mais je n’ai pu empêcher une gaffe. Le négociant en bétail m’a pris en traître. Pendant que ma bouche malaxait tant bien que mal, mon gras de porc avec sa couenne, il m’a demandé d’où je venais. J’ai bêtement répondu : “Marseille“ après avoir dégluti précipitamment un morceau viande qui glissa comme un bobsleigh dans mon œsophage. Dès le nom de “Marseille“ prononcé, il a immédiatement embrayé sur la série des “Taxi“ en me demandant si “Marseille était vraiment comme ça“. “Oui, oui“ ai-je répondu. “Sauf que les taxis sont moins rapides et les policiers moins cons“. Il a répondu en souriant quelque chose comme “ah oui, bien sûr…“ (silence de 15 secondes qu’il mit à profit pour chercher un nouveau sujet de conversation… bingo !) Et l’OM ?“. 21h30, je capitulais et je les priais de m’excuser. “La route a été longue vous savez… la moto, tout ça… je suis vanné moi… hein… bon ben à demain ?“ Gérard semblait sincèrement navré de voir son voisin de gauche abandonner la partie. Chez les bavards, on vit comme un échec le départ d’un convive. Comme le comique qui ne provoque par le rire ou la prostituée qui ne donne pas de plaisir, le jacasseur n’aime pas les taiseux. Je le vis du coin de l’oeil se tourner alors vers sa voisine de droite en lui demandant machinalement “Vous connaissez Saint Fortunat ?“ avant de réaliser que c’était sa femme…
J’ai hâte de voir ce film dont la bande annonce est un petit chef d’œuvre d’humour. Jean-Claude Van Damme y joue son propre rôle et c’est vraiment très drôle de le voir se moquer de son image, preuve qu’il n’est pas aussi con qu’on le pensait et qu’il est plutôt bon acteur. Sortie le 4 juin de cette année.

Ça y est, je suis de retour. Au niveau climat… non, nous n’allons pas en parler. Au niveau de mon rendez-vous dans une multinationale leader sur son marché, ça s’est plutôt bien passé. Quand je lui ai lu le script du spot, elle a éclaté de rire. Au sens propre du terme. Elle s’est même excusée de sa réaction. Elle était gênée et semblait même avoir honte de s’être “lâchée“ devant des “visiteurs“. Une parisienne bossant dans une multinationale, quoi… Cependant, je ne pense pas que mon scénario passera l’étape suivante : la validation par le conseil d’administration. Elle a avoué que ce que je lui proposais était un (trop ?) grand pas pour la société, plus habituée aux films “plan-plan“ au ton institutionnel. Sur les murs de la salle de réunion étaient affichées des publicités et j’ai compris ce qu’elle voulait dire… J’ai assumé mon choix et je lui ai expliqué qu’il fallait arrêter de regarder passer les trains en tentant de lui ouvrir les yeux sur la communication d’aujourd’hui : des sociétés comme Cap Gemini ou Accor se mettent à faire des films très drôles et ont adopté le “buzz marketing“ comme un des modes de leur communication. J’ai même osé critiquer leurs publicités en lui expliquant que si c’était pour faire “ça“, en pointant du doigt une de leurs affiches, ils n’avaient pas besoin de mes services.
C’est étonnant les efforts qu’il faut fournir pour vendre l’évidence. Le client vous explique longuement lors du premier rendez-vous, qu’il souhaite un film avec un ton décalé et humoristique qui fasse passer un message et atteigne un objectif. Il éclate de rire à une simple lecture du scénario (ce qui est assez rare) que vous lui proposez de réaliser mais au dernier moment, il prend peur. Je vous fiche mon billet qu’elle va me rappeler dans la semaine pour me demander une version édulcorée, donc sans décalage, donc plan-plan… Ce que j’aimerais un jour avoir en face de moi les gens de Volskwagen, Neuf Telecom, Free etc. qui ont compris depuis longtemps, qu’un message publicitaire se retient mieux s’il créer une émotion. Et quelle émotion est plus positive que le rire ?
