déc 31

IMGP4112C’est la tendance du moment, tout le monde fait un bilan de l’année 2009 avant d’attaquer la nouvelle année 2010. Je voudrais, comme je l’ai écrit précédemment, faire un bilan de mon séjour béninois avant d’attaquer le chantier de mon bilan 2009. Je vous ai dressé un bilan financier la dernière fois de mon action et je voudrais maintenant, revenir sur un bilan plus humain. J’ai connu de grandes joies et le réveillon du 24 décembre restera un de mes plus beaux souvenirs. Je ne vous ai pas conté une anecdote qu’Aurélie m’a raconté il y a 2 jours alors que j’étais chez elle à Cotonou, invité pour un apéro. Elle me racontait qu’elle était à Togbota, assise par terre devant l’écran de cinéma composé d’un drap blanc que nous avions tendu sur le mur de l’école. A ses côtés, une fillette était subjuguée par le spectacle du “Roi Lion“ qui se déroulait sous ses yeux. Elle s’est penchée à un moment vers Aurélie et elle lui a posé la question suivante : “comment ont-il fait pour apprendre à parler aux animaux ?“. J’ai trouvé cette réflexion touchante de naïveté. Aurélie entreprit de lui expliquer que c’était un dessin animé et que les animaux n’étaient pas réels mais la fillette n’a pas semblé comprendre. C’est quoi un dessin animé quand on a jamais vu la télévision de sa vie ? Sa réflexion révèle l’écart qui sépare nos cultures. Il existe encore des havres de paix sur Terre où l’homme occidental n’a pas encore exporté sa culture. Faut-il s’en réjouir et être heureux, assez égoïstement, de disposer encore de “réserves d’émerveillement“ pour nous les blancs en vacances ou bien conviendrait-il mieux de leur apporter le progrès industriel ? Je n’ai pas de réponse à cette question mais ils semblaient tellement heureux d’assister à un tel spectacle que je me demande si, finalement, un peu de “technologie contrôlée“ ne leur ferait pas de mal. Il y a aussi les partisans du “ne touchons pas à leur culture et laissons les vivre à l’âge de pierre, ainsi, les touristes pourront toujours rapporter de leurs voyages des souvenirs atypiques et farouchement drôles dont ils pourront parler à table avec leurs amis“… ou sur leur blog comme je suis en train de le faire. Cas de conscience intéressant, non ?

Ce voyage a été épuisant pour moi. Bizarrement, je me suis reposé la tête et je me sens prêt à être créatif pour l’année 2010, mais dans le même temps, je ressens une grande lassitude physique. J’ai des courbatures de partout et hier après-midi, je suis sorti pour aller faire des courses au Monoprix et ce simple geste m’a paru pendant quelques instants bien étrange. J’avais la sensation d’être un étranger dans ma ville. Je dévisageais mes concitoyens et je me suis même demandé ce que je faisais là, dans les rayons débordant d’offres promotionnelles et de victuailles pour “le réveillon du nouvel an“. Le contraste était intense. Contraste météorologique d’abord car je suis passé de 35 C° à 12 C° en 48 heures et contraste commercial ensuite où je suis passé de la petite épicerie vendant 5 articles (toujours les mêmes : boîtes de sardines, Vache qui Rit, lait concentré etc.) à une surface commerciale sur 2 étages avec 17 marques de dentifrices différentes. Retour brutal et il me faudra quelques jours encore pour “atterrir“ dans ce monde auquel j’appartiens.
Je ne suis pas revenu qu’avec de bons souvenirs du Bénin. Certaines images hantent mes nuits : que va devenir le petit David qui souffre de malnutrition (voir photo) ? Son père va-t-il continuer à le maltraiter ? Comment va se passer la prochaine distribution de vêtements et de livres scolaires ? Y aura-t-il ces mêmes scènes de guerre civile ? Les 2 enfants nés le soir du 24 décembre survivront-ils à leurs 5 ans (beaucoup meurent avant) ? Voilà mes questions, mes angoisses. Je sais qu’elles s’atténueront avec le temps. Le temps efface tout et il panse les plaies les plus infectées alors je vais me donner du temps. Il y avait un écriteau sur le mur d’un hôtel à Cotonou qui disait qu’il fallait “accepter les décisions du Seigneur, quelles qu’elles soient, bonnes ou mauvaises car de toutes les façons, seul le Très Haut savait ce qui était bon pour nous et que les malheurs du jour pouvaient être les graines des bonheurs de demain“. Accepter son destin en quelque sorte. C’est leur philosophie de vie. A un chauffeur de zem à qui je demandais ce qu’il allait demander à Dieu pour 2010, il m’a répondu : “je vais le remercier de m’avoir donné une année de plus à vivre“. Que rajouter à cela ?

Je vous souhaite, à tous qui lirez ces lignes, de vivre une année de plus en 2010. Vivez la intensément, vivez là à fond, sans perdre de temps et sans vous poser de questions. C’est pas facile et je dois confesser que je ne suis jamais arrivé à faire mienne cette philosophie mais je vais essayer en 2010. Vous m’aiderez ?

déc 29

IMGP4132

Aujourd’hui, nous avons eu l’honneur d’être l’invité d’Eugène chez lui. Il ne le fait jamais d’ordinaire avec des “yovos“ (blancs) et c’est donc dans nos petits souliers que nous nous sommes rendus chez lui à 25 minutes de zem de notre logement. Sur place, sa fiancée, Romaine, et sa sœur, la ravissante Véronique, nous attendaient dans le modeste logis occupé par notre hôte. Son habitation est composée d’un petit salon où une TV était allumée, une chambre unique avec  matelas et au fond, une cuisine/salle de bain. 30 mètres carrés à vue de nez. Il vit ici avec sa sœur, étudiante en psychologie et Romaine vient de temps en temps lui rendre visite. On rentre chez lui par un portail métallique qui découvre une étroite allée bétonnée de 3 mètres de large, bordée de chaque côté par des portes d’entrée, toutes ouvertes. Une sorte de lotissement où chacun vit côte à côte. Des enfants jouaient dans cette allée et entraient librement chez les uns et les autres (mais surtout chez nous, vu que l’arrivée de “yovos“ a été vécu comme un événement). Véronique et Romaine avait préparé de la graine avec des légumes et du lapin et c’était délicieux. Nous avons arrosé tout cela de “sucrerie“ (le soda est appelé ainsi ici) puis nous avons pris congé. Peut-être que ce soir, elles nous retrouveront au restaurant où nous avons prévu de prendre notre dernier repas avec toute l’équipe d’Urgence Bénin, avant le décollage à 3h00 du matin vers Casablanca puis Marseille. Pas d’escale au Togo cette fois-ci !

Je voudrais faire le bilan de notre action avant de rentrer : Ana a dépensé 150 €, sur 270 € de dons, en médicaments pour le dispensaire. Moi, j’en suis à 918 € dépensés sur 1 115 € de dons. Le reste, le solde, servira à envoyer les affaires que nous n’avons pas pu prendre avec nous, soit 317 € (environ 5 cartons). Nous avons préféré ne pas “trop“ acheter et distribuer d’un seul coup mais étaler dans le temps car je pense qu’il y a déjà eu “overdose“ avec tout ce que nous avons offert. Ils n’ont rien pour vivre la plupart du temps et tout d’un coup, nous sommes arrivés les bras chargés de cadeaux, ce qui n’est peut-être pas la meilleure des choses pour eux. Une personne comme Eugène, qui est salarié d’une ONG, qui a fait des études et qui gagne bien sa vie, a un salaire de 250 €/mois donc, imaginez ce que les 1000 € que nous avons dépensé sur place, représentent ! C’est colossal mais c’est une bonne chose d’avoir aidé l’économie du pays en “consommant“ et en “achetant“ sur places des biens manufacturés.

Je ferai un bilan plus “humain“ dans l’avion car il y a beaucoup à dire.

Je voudrais vous remercier, tous. Ceux qui m’ont aidé dans mon entreprise et tous ceux qui ont suivi mes “aventures“ sur ce blog (100 personnes en moyenne par jour !). Je voulais juste vous rendre compte de la vie d’ici et vous livrer, souvent de façon “brut“, mes impressions et mes émotions telles que je les ressentais. Je reviendrai ici avec mes enfants sans doute cet été. Je leurs avais promis et je pense que cela leur fera le plus grand bien de voir un pays du tiers-monde où il n’y a pas de cinéma (pas un seul dans tout le Bénin !), ni supermarché, ni Toys’r Us. Je me suis même déjà renseigné sur la capacité d’accueil à l’hôtel et j’ai hâte de leur présenter Wilfried !

déc 28

IMG_0447Ce matin, je ne me suis pas levé trop tard et je suis sorti sur la terrasse de l’Ancrage, sous un auvent où Wilfried s’affairait déjà, un balai à la main. “Donne moi ton tee-shirt, je vais faire une lessive“ m’intima-t-il avec un large sourire. “Tu sais, merci pour le tissu. Je suis allé chez le couturier ce matin et il va me faire une chemise que je mettrai pour le 31“. Il était déjà allé chez le couturier, à la première heure, pour lui commander sa chemise dans le tissu qu’Ana et moi lui avons offert hier en revenant du marché.

Je lui ai tendu mon tee-shirt alors qu’il m’amenait un bon jus d’ananas et je me suis mis à écrire mon prochain portrait pour l’émission de France 3. Cette coupure m’a fait un bien fou. Grâce à Ana (hommage lui soit rendu), je n’ai eu à penser à rien durant mon séjour et je n’ai fait que suivre ses directives (ses ordres ?) sans jamais me soucier de rien. Cela m’a fait du bien d’être “pris en charge“ et je suis gonflé à bloc pour démarrer 2010.

Vers 11h00, croyant qu’elle était décédée durant son sommeil, je suis allé la contempler dans son lit. La cage thoracique se soulevait avec la régularité d’un RER : ouf, elle n’était pas morte. Tant mieux car j’en ai encore besoin. J’ai pris mon appareil photo afin d’immortaliser l’instant et ce n’est qu’au bout de 5 clichés pris à bout portant avec le flash, qu’elle a ouvert un œil en râlant d’une voix pâteuse “mais qu’est-ce tu fous !? Il est quelle heure ?“. Après une (nécessaire) douche et le maquillage quotidien (nécessaire lui aussi) qu’elle inflige à sa peau, nous étions prêts à nous rendre à la grande librairie pour acheter des dictionnaires aux enfants de Togbota qui n’en avaient pas eu. A ce propos, j’ai reçu un mail touchant de mon ami Niaquoué hier soir dans lequel il proposait de me faire un deuxième virement bancaire. Je sais que le chinois est fourbe par nature et qu’ils finiront tous un jour par nous faire frire dans de l’huile impropre à la consommation, mais j’ai trouvé son attention très gentille. J’ai néanmoins décliné son offre généreuse. Il a déjà offert 90 dictionnaires aux enfants de Togbota et il faudrait encore des dizaines de virements bancaires pour arriver à bout de la faim de tout qu’ont les habitants de là-bas. Merci mon ami Niaquoué mais si tu veux m’aider un peu plus tard pour financer l’envoi de cartons de France, je ne dis pas non, par contre !

Nous avons dévalisé la boutique de ses dictionnaires “français/anglais“ et puis nous sommes allés au bureau d’Urgence Bénin d’où je vous écris. Ce midi, nous avons grignoté du pain avec du thon et de la Vache qui Rit et pour tout vous dire, je commence à en avoir PLEIN LES COUILLES (pardonnez cet écart de langage inhabituel sur ces pages) de bouffer de la Vache qui Rit. Le bovidé souriant me sort par les yeux (entre autre) et j’ai hâte de déguster les huîtres que m’a promis ma maman à mon retour, avec un verre de Pouilly Fuissé que mon père aura (après négociation) accepté d’ouvrir pour moi.

Vous savez quoi ? Vous me manquez.

déc 27

DSCN0377

Hello les amis ! Aujourd’hui c’est dimanche à Cotonou comme partout dans le monde du reste. Ils ont beau être en retard, faut pas pousser. Je vous devine avides d’informations quant au programme de ma journée qui fut des plus intéressantes. Réveil matinal, douche froide (il n’y a pas d’eau chaude au Bénin) puis départ pour le marché de l’artisanat où j’ai acheté de magnifiques bijoux en argent que j’ai – enfin que nous, avec Ana – avons lourdement négocié. Le vendeur, Rodolphe, était inflexible sur le prix. Nous nous sommes quittés en se disant qu’il allait faire comme tous et qu’il allait nous courir après en nous priant de revenir. Nous avons fait 5, 10, 15 mètres puis après 50 mètres, nous nous sommes dits que c’était foutu et que nous avions peut-être été trop durs en négociation. C’est le jeu : on ne gagne pas à chaque fois. Nous avons déjeuné dans le marché (délicieux ! Un petit restaurant tenu par un grand-père niçois qui possédait des bars à Nice avant de décamper il y a 20 ans pour s’installer ici. A mon avis, il devait avoir de gros problèmes sur la Riviera…). Ensuite, nous avons assisté à un événement : Eugène nous a rejoint afin de nous présenter sa fiancée, Romaine, une ravissante étudiante en droit aussi timide que lui. Je crois qu’il était fier et anxieux de nous présenter sa promise (les relations hommes/femmes avant mariage sont très compliquées ici. On doit se constituer une dote, garder une certaine forme de distance avec la femme etc. Rien à voir avec la France où on a un préservatif dans la poche dès le premier rendez-vous). Nous sommes retournés avec eux dans l’échoppe du marchand où après 30 minutes de palabres en fon et français, il a consenti de nous céder les bijoux pratiquement au prix que nous souhaitions. Ensuite, nous avons filé tous ensemble au marché au tissu afin de ramener à Nicole Sarradon (ma psychologue. Oui, c’est incroyable mais je consulte ! Une femme admirable, mélange de Marguerite Yourcenar et de Mamie Nova pour le physique et de Freud et Mireille Dumas pour l’intellect. Je vous parlerai d’elle un jour prochain car c’est grâce à Nicole que je ne mouille plus mes draps). Vous verriez ce capharnaüm dans lequel nous avons pénétré, c’était incroyable : imaginez un immense labyrinthe sur 3 étages, éclairé par de petites lumières. Côte à côte se dresse des piles de tissus de toutes les couleurs sur des mètres et des mètres. Des vendeuses, pour la plupart, font la sieste sur un tabouret, par terre ou sur une table en attendant le client. Et nous revoilà partis pour négocier à nouveau… Nous avons regardé les femmes s’activer alors qu’avec Eugène, nous sirotions un soda au citron qu’un vendeur ambulant nous avait vendu dans l’étroite allée qui circule comme un serpent dans cette immense entrepôt. Nous avons également pris du tissu pour Wilfried et sa famille afin que sa femme confectionne des vêtements pour eux tous. Il était une fois de plus ému de notre cadeau et il nous a dit en nous remerciant chaleureusement “mais je suis… je suis… dépassé !“. Après le marché, nous sommes allés à Porto-Novo en “zem“ pour rendre visite à 2 petites filles (voir photo) Julie et Sabine, qui ont quitté Togbota l’an dernier pour vivre avec leur mère à Cotonou. Leurs progrès scolaires sont stupéfiants (preuve, s’il en fallait une, qu’il vaut mieux étudier dans les grandes villes que dans l’école de la brousse) et cela a fait grandement plaisir à Ana de les retrouver. Les petites lui ont sauté au cou et elles ont eu droit à des cadeaux qu’elle leurs avait apporté : crayons de couleurs, livres pour enfants, peluches… Elles étaient toutes intimidées et avouez qu’elles sont craquantes, non ?
Nous avons passé un long moment à jouer et rire avec elle et à “palabrer“ avec leur grand-mère qui riait à chaque fois que j’essayais de m’exprimer en fon. J’ai appris une nouvelle expression d’ailleurs : “bonne assise“. Vous le dites aux amis qui sont venus vous rendre visite pour leur signifier votre joie de les voir chez vous… “bien assis“.
Ce soir, nous sommes à nouveau invités chez Aurélie pour un apéro. Que de mondanités !

déc 26

DSCN0372Aujourd’hui samedi, repos ! On avait prévu de faire la grasse matinée mais malheureusement une panne d’électricité en a décidé autrement et les ventilateurs ont cessé de tourner vers 5h00 du matin, rendant vite la température dans nos chambres insupportable. J’ai fini ma nuit la porte ouverte (tant pis pour les moustiques. De toutes les façons, ils m’avaient tout pompé à Togbota). Ana a quand même réussi à ronfler (oui, ronfler !) jusqu’à 10h30 pendant que je lisais un assez mauvais roman d’espionnage de Ken Follet (Code Zéro).
Les coupures d’électricité ou d’eau sont très fréquentes à Cotonou et c’est pourquoi dans toutes les salles de bains, dans toutes les habitations, vous avez des seaux et des bassines remplies d’eau “au cas où“. Aurélie, une amie française d’Ana aux yeux verts émeraudes, qui travaille ici depuis 1 an, nous racontait qu’il y a un mois, il y a eu une panne d’eau d’une semaine dans sa rue. Une semaine sans eau… Aller au puits chercher de l’eau et monter ensuite les étages avec des jerricans, vous voyez le tableau ? Pour l’électricité, c’est identique. Le plus amusant est que lorsque vous cherchez à comprendre d’où vient le problème, personne n’est en mesure de vous l’expliquer. “C’est comme ça, Jeff !“ m’a répondu en éclatant de rire Wilfried, l’unique employé de l’hôtel “L’Ancrage de l’Océan“ à Cotonou. J’adore cet homme. C’est un esclave moderne comme il y en a tant dans le tiers-monde. Il travaille nuit et jour. Toujours présent sur son tabouret placé derrière le comptoir, parfois somnolant mais avec un large sourire barrant son visage quand il me voit arriver. “Jeff !“ dit-il toujours dans son accent si particulier. Je ne vois que ses dents dans le noir et Ana n’existe pas pour lui. Je lui donne chaque jour un Mars ou un Snickers que j’avais acheté à Casablanca en duty-free et il s’en délecte. “C’est bon !“ me dit-il et c’est souvent la seule chose qu’il mange de la journée. Pour Noël, il n’a pu rentrer que 3 heures chez lui, à 17 kilomètres de là pour voir ses 2 enfants que nous avons gâté pour les fêtes : habits, pâte à modeler, peluches… Il avait les larmes aux yeux car ce sont les seuls cadeaux qu’il avait à leur offrir cette année. Quand je lui demande naïvement pourquoi il travaille autant et pourquoi il ne s’arrête pas un peu pour les fêtes, il me répond gentiment : “mais je ne peux pas Jeff ! Je dois travailler sinon qui va nourrir la famille ?“ Il n’y a pas de congés pour lui et il se fait exploiter. Il a démissionné il y a quelques mois car son patron, le propriétaire, ne voulait pas lui accorder une augmentation alors que la femme chargée de l’entretien avait rendu son tablier et que Wilfried avait récupéré son labeur. Pas con le patron : 1 seul salaire pour faire le travail de 2 personnes. Alors Wilfried a quitté L’Ancrage et son patron a recruté une autre personne pour le remplacer. Puis une autre. Puis une autre. Après 5 démissions, il a rappelé Wilfried et lui a accordé son augmentation. Il n’évaluait pas le capital qu’il avait entre les mains avec ce type là comme “homme à tout faire“. Wilfried est une boule d’optimisme et de rire. Il rigole en permanence et c’est un vrai bonheur de le croiser tous les jours quand je suis à Cotonou et je voulais vous parler de lui.

Cet après-midi, nous avons fait les lézards avec Ana, sous un cocotier au bord d’une piscine. Nous avons mangé “normalement“ et bu “fraichement“ et cela m’a fait le plus grand bien de nager dans une eau presque trop chaude. Nous étions les seuls “yovos“ (blancs) de l’établissement et ce soir nous sommes invités à un apéro puis à une soirée sur la plage. Je sais que cette nuit, quand je rentrerai me coucher, un homme m’accueillera avec un beau sourire, quelle que soit l’heure : mon ami Wilfried.

déc 25

DSCN0360Matinée difficile. Après encore une nuit difficile pour moi (mon dos avec ce putain de nerf qui ne veut pas se remettre en place !), nous nous retrouvons dans la case des enfants pour distribuer les jouets restants, des vêtements, les dictionnaires et les baskets achetés à Cotonou avec vos dons. Tout avait encore bien commencé et puis, tout a dégénéré de nouveau. J’ai des images qui me resteront gravées longtemps en mémoire. Ana ne voulait pas que j’en parle car elle a peur que vous ne “donniez plus“ mais il faut vous raconter et relativiser, chercher à comprendre. J’ai des images de mères qui me tendent leurs enfants à bout de bras, hurlant de peur et de douleur, pour que je m’en saisisse et que je les habille. Leurs traits sont déformés par l’inquiétude, la peur de manquer, la crainte qu’il n’y ait plus rien pour habiller leurs petits… C’était de la folie. Le mot n’est pas exagéré. Désespérant par moment. Après que chaque enfant ait pénètré dans la pièce, on était obligé de fermer la porte avec le verrou. Ils étaient déboussolés, content d’être arrivés là pour certains… On choisissait des habits pour eux, on leur passait rapidement un tee-shirt, un short, un pantalon ; nous ajoutions un jouet parfois et puis c’était vite la sortie… Je devais les évacuer par la fenêtre car la porte était prise d’assaut. Ils ne pouvaient plus sortir. Je les laissais glisser le long du mur… j’en pleure encore quand je vous écris cela. Les nerfs lâchent mais c’est bon signe ! J’ai fait des photos et même de cela, j’ai honte. Je les prenais en photo en train de hurler, de crier “moi moi ! Jeff, Jeff !!! Prends mon enfant !!“. Je n’ai pas fait ces photos pour décorer les murs de ma chambre mais pour me souvenir et vous dire qu’il faut continuer. On peut parfois avoir l’impression que l’Afrique est un puits sans fond mais il y a bien un moment où on y arrivera, non ? Je veux y croire. Après, cela a été la distribution des dictionnaires et des baskets… Cela a été pire que pour les vêtements car là, nous avions à faire à des grands. Eugène et Ana voulaient arrêter mais je leur ai dit qu’on y était et qu’il fallait aller jusqu’au bout, que je ne recommencerai pas tout cela plus tard. Je crois que c’est à ce moment là que je me suis dit intérieurement que je ne viendrai plus à Togbota. J’ai su à cet instant que j’aurai du mal à effacer ces images. Je ne sais pas comment font les gens dont c’est le métier. Ceux qui distribuent du riz au Darfour à des populations qui crèvent de faim… On a finit la distribution et bien évidemment, il en manquait des dizaines et des dizaines… Je n’ai entendu alors que plaintes et complaintes : “Jeff ! Jeff ! Je n’ai pas eu de crêpes (baskets) !“, “Je n’ai pas eu de dictionnaire ! Pourquoi ?“ Pourquoi ? Bonne question fiston. Je n’ai pas la réponse. La vie est injuste, ce doit être ça petit, mais tu le savais déjà en naissant au Bénin, non ? A la fin, je jetais par la fenêtre ce qui me restait : des livres pour enfants, des vêtements, à des personnes, des mères ou des enfants que je montrais du doigt en comptant que les autres acceptent mes choix arbitraires, mais à chaque fois, c’était la ruée… Des petites filles, des mères, devaient se battre pour conserver un bas de pyjama, un short, une peluche… J’ai eu l’impression d’être au zoo et de lancer de la viande à des fauves. Elle est pas terrible cette image mais c’est celle qui me vient alors désolé…

Nous avons baissé le volet en bois et je me suis effondré contre le mur de la case. Figé. Cherchant à comprendre ce qui venait de se passer.

Je ne retournerai pas à Togbota lundi. Je l’ai annoncé aux enfants. Je suis fatigué. Physiquement et moralement. Peut-être qu’un jour j’y reviendrai. Peut-être. En attendant, je vais continuer mon action. Je continuerai d’envoyer des cartons de vêtements et de jouets que d’autres plus courageux que moi distribueront, alors aidez-moi, s’il vous plaît. J’ai besoin de vous et j’ai vraiment compris aujourd’hui, qu’eux aussi comptaient sur nous.

déc 24

DSCN0329Quelle soirée ! Je n’ai pas pu m’empêcher de m’éloigner un peu, me mettre à l’écart de la fête car j’avais besoin de coucher mes émotions. Jusqu’à aujourd’hui, je dois vous avouer que j’étais un peu sur ma faim. Je me demandais ce que je faisais ici, à quoi “mon engagement“ (un mot trop grand pour moi) servait et je vous ai déjà fait un peu échos de ces doutes. Ce soir, j’ai compris. Imaginez-vous le 24 décembre, dans un village d’un pays lointain où il n’y a ni eau, ni électricité. Vous et quelques personnes de bonne volonté, avaient dressé une toile blanche sur le mur d’une école délabrée. Vous avez passé 3 heures sous une chaleur écrasante à convaincre un habitant de bien vouloir vous prêter, comme prévu, ses hauts parleurs et son amplificateur afin de pouvoir diffuser un film de Walt Disney à des enfants (et des grands) qui n’en ont jamais vu. Après avoir négocié avec l’un, demandé à un autre de vous louer ses enceintes, le premier revient sur sa décision et accepte finalement de vous les prêter. Mais un autre conflit éclate au sujet du lieu de la projection. Le chef du village voulait que ce soit dans son quartier et non à l’école, plus centrale : il bloque tout et on vient me réveiller pendant la sieste pour “discuter“. J’avance mes arguments : lieu plus central, plus pratique, capacité d’accueil plus grande… Quelques verres de Sodabi et les arguments plus posés que les miens d’Eugène arriveront à bout des négociations… C’est épuisant et tout est comme ça ic. Un “oui“ n’est jamais un oui. Jusqu’au dernier moment, vous ne savez pas… 17h30 les enceintes qui doivent arriver par pirogue ne sont toujours pas là et puis elles arrivent mais le groupe électrogène ne peut accepter les prises électriques “classiques“ (ne me demandez pas, je n’y comprends rien). On cherche une solution. On en trouve une. L’ampli qui m’ait présenté date de 1978 avec des connectiques que je n’avais pas vu depuis ma jeune enfance (“c’est très bon ampli ça Jeff !“ me dit-on quand ils aperçoivent mon regard consterné). On essaye de brancher un lecteur de DVD dessus : nous n’avons ni images, ni son. On branche alors mon ordinateur sur le video projecteur que j’ai amené avec moi : on a de l’image mais pas de son. Nous travaillons désormais à la lampe électrique et les moustiques nous dévorent. Le village commence à se rassembler autour de l’écran allumé. Je sors un câble de je ne sais où et David, un petit jeune à qui appartient ce matériel hétéroclite, mord dans le câble, réalise des soudures d’un autre monde avec ses mains et… le son crépite ! Une enceinte sur 2 marche ! On annonce à tout le monde que le film va commencer ce qui n’a aucun effet car les gens ne savent pas ce qu’est un film ! Le logo Disney apparaît, et la chanson du générique raisonne dans la forêt africaine… Je suis en Afrique et je projette à une population aborigène “Le Roi Lion“, vous imaginez le truc ? Tous les enfants s’assoient. Un calme, jamais entendu jusqu’ici, se fait dans l’assistance. Les grands, les vieux, tout ce que le village compte, font silence devant les images de Simba le lion. Tous les soucis techniques et humains s’évanouissent d’un coup et je surprends même une larme couler sur ma joue gauche quand je contemple toute cette assemblée. C’est putain de beau ! On emploie souvent le terme “émerveillé“ et bien il n’a jamais pris autant de sens que ce soir : la population est éblouie par le film. Tous ne comprennent pas le français mais qu’importe : ce qui est bien avec Disney, c’est que les images ont leur propre langage. Les gens rient et sont effrayés par les hyènes… Le film se termine dans le silence. On me demande alors de passer mon film sur le Bénin réalisé en avril dernier et que vous avez pu découvrir sur ce blog par petits bouts. J’hésite et puis je l’envoie sur l’écran et là… ce sont des éclats de rire ENORMES ! Ils se voient à l’écran ! S’appellent par leurs prénoms, hurlent, exultent, applaudissent ! De la joie pure et simple. Le film de Disney est oublié ! Ce sont eux les vedettes désormais. Le film qu’a fait François Volfin de mes pauvres images prend toute sa dimension sur cette toile blanche. Voilà, c’est terminé. Tous viennent me dire merci en français ou en fon. Je prends ! Ils sont heureux. Ils dansent maintenant sous les ballons de baudruche gonflés et installés par Ana. C’est la fête qui commence. J’étais trop ému et fatigué par les événements de la journée et je pensais à mes enfants, de qui j’étais bien loin, alors je me suis éclipsé discrètement comme je sais si bien le faire en France ! Je suis retourné de nuit dans ma case en évitant les crocodiles et les scorpions et je me suis retrouvé avec Isidore (un jeune élève à moi) qui m’a rejoint, à partager une bouteille de Coca-Cola et un paquet de chips au vinaigre. Voilà mon Noël 2009… En 2008, il était bien différent. Pas mieux ni moins bien. Juste différent. Je n’oublierai pas celui-ci. Eux non plus je l’espère. Il n’y avait ni huîtres, ni cadeaux, ni foie gras mais juste de la joie et du bonheur simple que nous nous sommes partagés.

Ah oui, j’oubliais : durant le film, 2 bébés sont nés au dispensaire. Noël et Innocent vous souhaitent un très joyeux Noël.

déc 23

flicripoux

Hier après-midi, nous sommes allés au marché pour acheter des chaussures pour les enfants. Nous sommes tombés sur des vendeurs qui nous ont vont vu arriver de très loin… 5000 Francs la paire : “de vrais Converse Missieurs ! De la qualité !“ Sauf que les vrais Converse ne portaient pas le bon logo et qu’il y avait marqué “made in China“ sous les semelles. Après 1/2 heure de palabres, avec fausses sorties et une interprétation parfaite de la gentille acheteuse (Ana) et le méchant acheteur (moi), nous avons réussi à les faire tomber à 3500 FCFA. Ensuite, nous avons hélés un “zem“ (mobylette-taxi) qui nous a emmené à deux sur sa selle vers la librairie centrale. Un policier s’approche de nous à un feu rouge (voir photo) et arrache les clefs du véhicule sans rien dire et s’éloigne. Ana va lui demander des explications mais l’homme de Loi ne veut rien savoir et exige que le chauffeur vienne s’expliquer avec lui. Le problème est que la “Loi“ interdit le transport de 2 passagers par mobylette. L’homme est effondré : sans son “zem“, il est au chômage. Ana essaye de convaincre le policier que ce n’est pas de la faute du pauvre chauffeur mais de la nôtre qui avons insisté pour qu’il nous prenne ensemble car elle lui raconte “avoir peur seule sur un zem“. Le policier est inflexible et il bloque le 2 roues en disant que cela se règlera au commissariat. Ana rajoute que c’est Noël et qu’il pourrait avoir un geste de pardon. Le policier répond qu’il n’y a pas de Noël chez les policiers… Nous sommes tombés sur Docteur Justice. Un incorruptible au pays de la corruption. Nous aurions pu partir et poursuivre notre chemin mais la vu de ce pauvre chauffeur de zem privé de son outil de travail nous a fendu le cœur et tels “Avocats sans frontières“, nous nous sommes donnés comme mission de récupérer ses clefs. Je vais alors discuter avec Mister Inflexible. Je lui parle de Dieu, de la mission humanitaire que nous menons pour sauver des enfants pauvres, je lui parle d’espoir et de lumière céleste auquel il aura droit s’il se montre magnanime et, en conclusion, je lui demande quel est le montant de l’amende que le pauvre homme devrait acquitter pour récupérer ses clefs. Le policier me répond 7500 FCFA. Je lui rétorque que cet homme a une famille à nourrir et un travail à faire et que lui demander 3 jours de salaires était exorbitant. Je poursuis en lui disant que, par un heureux hasard, nous avons 5000 FCFA sur nous. Le policier s’est éloigné lentement, l’air de réfléchir à ma proposition. Je l’ai suivi et c’est derrière un panneau publicitaire que l’échange s’est déroulé : un billet vert contre les clefs du véhicule que nous avons remis à son propriétaire qui avait les larmes aux yeux. Il nous a conduit à la grande librairie (avec un ami à lui chauffeur de zem) et il ne nous a rien demandé pour cette course. Il m’a regardé et m’a demandé combien j’avais payé. Je lui ai répondu “5000 FCFA“. Il répétait “ce n’est pas normal“. Je crois qu’il avait honte que nous ayons assistés à ce genre de pratique et il était ému de voir que 2 “yovos“ (blancs) s’intéressent à sa condition de chauffeur de taxi. Il m’a dit, l’air grave, ses yeux plantés dans les miens, “que Dieu vous bénisse et vous garde éternellement“. C’est drôle mais je suis certain que je n’oublierai jamais son regard. De toutes nos “bonnes actions“, c’est celle là qui m’a le plus marqué jusqu’à présent.

Nous avons acheté 40 dictionnaires : 20 français et 20 français/anglais et nous amenons tout ça aujourd’hui à Togbota en “zem“. C’est reparti pour 2 heures de route dans la brousse en mobylettes. Mes cervicales vont encore déguster. Je vous raconterai vendredi quand nous reviendrons. J’aurais des choses à vous conter sur un Noël dans la forêt…

déc 22

IMG_0415

Hummm… la bonne viande de la Boucherie “La Confiance“… Qui en veut ?

Les préparatifs pour la veillée de Noël se poursuivent. Aujourd’hui, on doit veiller à ce qu’un drap blanc puisse servir d’écran pour la “Dernière Séance“ organisée sur le terrain de l’école mercredi soir, avant la célébration religieuse (de 20 h à minuit). Certains n’iront pas à la messe car ils sont vaudous. Jacques, la personne chez qui nous allons dormir demain est un adepte du vaudou. Il nous a expliqué que c’était mieux que le Christ car quand il avait mal quelque part ou qu’il souhaitait qu’une femme l’aime, le vaudou était très puissant. Les enfants ont rajouté que, parfois, les vaudous mangeaient des gens, mais Jacques ne semblait pas d’accord et leurs a exprimé son mécontentement en leur hurlant dessus.

Nous devons également trouver aujourd’hui un ampli et des enceintes pour que tous les spectateurs entendent bien et nous devons nous rendre à la grande librairie centrale pour acheter des dictionnaires pour les enfants. C’est notre job de la journée.

Hier soir, je suis allé nager dans un hôtel et les médicaments (des calmants principalement) commencent à me faire du bien. Pas si con que ça ce belge, le Docteur Lebourgeois de Cotonou. Si vous êtes dans le coin et que vous avez mal au dos, passez le voir de ma part. Il est obstétricien (véridique) mais il m’a guérit ! En plus de ça, il m’a dit que tout se présentait bien pour moi et que normalement, j’allais avoir un garçon (c’est pour Avril).

Le soir, nous sommes allés avec Ana rendre visite aux bénévoles d’Urgence Bénin : 3 jeunes femmes dont je pourrais être le père mais qui ne le savent pas, tellement je fais jeune… enfin, il n’y a que la musique qui me trahisse à chaque fois. C’est toujours pareil : je subjugue l’assistance, mettant en transe des demoiselles qui n’ont pas vu de blanc aussi beau que moi depuis le dernier épisode de “Derrick“ sur TV Bénin et puis voilà que tout dérape… Je suis installé chez elles, confortablement assis entre 1 blonde et 1 brune, occupé à siroter une bière qu’elles se sont battues pour aller me chercher dans la cuisine et voilà que bêtement je leur propose : “tiens, j’ai amené un CD. Si on mettait un peu de musique ?“. Elles hurlent à l’unisson “oh oui !“ abasourdies par tant d’imagination et d’à propos tout en espérant que le moment où tout va basculer dans une sorte d’orgie moyenâgeuse est arrivé. Leurs pieds trépignent, leurs sourires se crispent, leurs mains serrent avidement des gobelets en plastique déjà vidées et puis… la voix de Richard Gotainer retentit dans le poste à piles. Je comprends alors que mes 40 ans sont bels et bien là et que je peux “faire jeune“ tant que je veux, mes goûts musicaux eux, me rattraperont toujours sur leur fauteuil roulant. Les filles se regardent atterrées. Un mythe s’effondre. Leur désir s’évanouit aussi vite que la fumée de leurs cigarettes. J’ai beau tenter de rattraper le coup en leur disant “si vous voulez, j’ai du rock&roll ! Je vais vous mettre le best of des “Martins Circus“ “, le charme est rompus et rien n’y fait. Elles reprennent leurs conversations alors que Richard attaque le deuxième couplet du “Youki“. Je ne suis plus qu’un ringard, un vieux con entouré de 4 créatures de 20 ans… La vieillesse est un naufrage…

déc 21

DSCN0272

Aujourd’hui, réveil à Cotonou après une nuit sous somnifère car mon mal de dos n’a pas disparu après mes 2 heures de mobylettes dans la brousse (voir photo). Voire, il s’est empiré. Direction le CHU où il est intéressant là-encore de voir à quoi ressemble le système de santé local. Des centaines de gens attendent dans des patios en plein air avec leur famille, de la vaisselle, des poules… On m’explique que ces personnes viennent de très loin pour consulter un spécialiste et qu’ils dorment sur place. Je tombe sur un médecin très sympa qui m’oriente vers une clinique ou qui m’invite à revenir dans 2 heures afin de consulter un kinésithérapeute. Actuellement, je vendrais mes enfants pour une consultation avec Patrick Lantheaume, mon ostéopathe marseillais. Nous repartons avec Ana, en “zem“ (mobylettes taxi) vers une clinique où un médecin belge nous reçoit. Verdict : plus de mouvements, un repos total pendant 3 jours avec radio, 3 séances de massage et médicaments d’une puissance faramineuse. Interdiction de retourner dans le village et il me recommande également des séances de natation. Ils sont cons ces belges !

J’ai acquiescé en sachant qu’à part les médicaments, je ne ferai rien de ce qu’il m’a dit. Je n’ai pas fait 5000 bornes pour aller à la piscine et bouquiner dans un transat. Que dirais-je aux enfants de Togbota qui m’attendent tous mardi ? Je vais aller à la piscine cet après-midi afin de faire des étirements du dos et les cachets (anti-inflammatoires) me font déjà du bien. Nous avons décidé avec Ana de repousser notre départ à Togbota de mardi à mercredi afin de gagner une “bonne nuit“ de sommeil et donner à mon dos le temps de se remettre. Nous mettrons à profit notre séjour à Cotonou pour acheter dictionnaires et livres scolaires. Nous avons déballé ce matin la caisse livrée vendredi à Urgence Bénin et j’étais heureux de voir tout ce que j’y avais mis au mois de septembre, s’étaler sous mes yeux. Mon action prenait un tour concret. Merci encore à tous ceux qui ont rempli cette caisse et qui m’ont permis de financer son envoi. Mon seul regret est que je n’assisterai pas à la distribution aux familles qui est programmée pour mardi.Tant pis, le principal n’est pas là. J’ai confié mon camescope à Mélanie et c’est elle qui fera des images que je vous montrerai.

Il fait 32 C° et je pense à vous tous. Merci de vos messages d’encouragements. Il est vrai que j’ai connu des petites baisses de régime mais entre mon mal de dos qui ne me quitte pas et qui m’envoie une douleur lancinante permanente et la souffrance que je dois affronter quotidiennement, vous me pardonnerez de ne pas jouer les bout-en-train !

déc 20

DSCN0203

Réveil à 7h00 par les enfants… comme d’habitude ! Cela commence toujours par des “Ana !“, “Jeff !“ pendant une demi-heure, puis ils s’arrêtent afin de reprendre leurs forces ou en attendant les renforts d’autres enfants au réveil plus tardif et cela recommence, amplifié : “Ana !“, “Jeff !“. Alors, je me lève en premier et j’écris dehors afin de laisser dormir Anne-Laure qui a la chance de posséder des boules Quiés. J’ai une vingtaine d’enfants qui m’entourent et qui me donnent chaud. Ce matin, j’ai demandé au chef du village s’il existait un “guérisseur“ car mon mal de dos me fait toujours autant souffrir. Il existe un certain Lourabi qui habite de l’autre côté du fleuve et nous partons en expédition avec une demi-douzaine d’enfants. Ana voulait me laisser y aller seul mais je lui ai demandé d’être là car ma confiance dans le système de santé Béninois n’est pas totale…

Arrivés sur la berge, nous sommes accueillis par un homme titubant, habillé en costume local, parlant un charabia incompréhensible et visiblement saoul. “Pourvu que ce ne soit pas lui“, glissais-je à Ana. Nous le suivons alors qu’il marche en titubant et en exécutant quelques pas de danse en chantant. Nous nous arrêtons enfin devant une case fermée. Jacques, le chef du quartier frappe à la porte et parle assez violemment à la femme qui lui ouvre sans que l’on comprenne bien pourquoi. Ana me demande alors doucement si je suis toujours sûr de vouloir tenter l’expérience. J’avoue que je m’interroge mais la curiosité l’emporte sur la peur et puis j’ai trop mal au dos. Jacques me fait signe d’entrer dans une case poussiéreuse et sombre. Je ne distingue rien dans un premier temps et puis, dans un réduit, un homme est assis sur la terre sèche. Il a l’air d’avoir 150 ans et n’arrive pas à se dresser debout. Il est visiblement saoul lui aussi et je comprends pourquoi, lorsque j’avais demandé à Jacques le prix de la consultation, ce dernier m’avait répondu : “tu lui donneras quelque chose pour acheter du Sodabi“ (alcool fort, proche des 90 C°). Le vieil homme m’a demandé de me mettre face à lui, assis sur un petit tabouret puis il a saupoudré mon dos de terre en psalmodiant quelques incantations vaudous. Il a ensuite enfoncé (“planté“ serait plus juste) ses mains (et ses ongles !) dans mon dos en les essuyant de temps en temps le long d’une tige de bambou et en les retrempant dans la terre. Au bout de 10 minutes de ce manège incompréhensible, j’avais encore plus mal qu’en arrivant. Je transpirais à grosses gouttes tellement il faisait chaud sous sa cahutte alors j’ai dit stop (en fait, j’ai hurlé un grand “aïe“ compréhensible dans toutes les langues), j’ai remercié le carabin et je lui ai remis de quoi continuer sa formation au bar du coin.

Nous sommes rentrés sur Cotonou dans l’après-midi en mobylettes avec tous nos bagages ! Je ne l’avais jamais fait. 2h00 de route dans la brousse en 2 roues avec, en plein milieu, un arrêt soudain car un de nos pilotes n’était plus d’accord pour nous emmener au prix convenu. Palabres, discussion pendant de longues minutes au milieu de nul part, sous un soleil de plomb, puis nous sommes enfin repartis après que le tarif ait augmenté. Nous sommes arrivés couverts de terre rouge, fourbus, mon dos encore plus en compote qu’avant. Je me suis couché et j’ai dormi 2 heures avant que l’on aille dîner avec Eugène pour lui faire un compte-rendu de notre séjour à Togbota. Demain matin, je vais aller à l’hôpital pour voir un kiné local très doué afin qu’il me remettre la vertèbre en place… Suite au prochain numéro.

déc 19

caseenfants

Nous sommes arrivés hier soir au village perdu dans la “forêt des singes“ après 2 heures et demi de taxi-brousse (une 504 GTI, année modèle 1983). Nous n’avons pas pu attendre la caisse qui est arrivée au final 40 minutes après notre départ, soit 4 heures de retard, sur le délai prévu…

Quand nous sommes arrivés sur la berge du fleuve Togbo et que les habitants de l’autre côté du fleuve nous ont aperçus, ils ont agité leur bras en criant des “Ana“ (surnom d’Anne-Laure au Bénin), véritable star locale (ce qui m’a vexé au plus haut point). Et moi ? Personne ne m’accueille comme un roi ? Et puis si… un “Jeff !“ a fusé, puis 2, puis 3… Nous avons accosté avec la pirogue que conduisait Fémi, un de mes anciens élèves qui m’a expliqué qu’il nous attendait depuis 9h00 du matin sur la berge. Se relayant jusqu’à la tombée du jour avec Blaise et d’autres pour ne pas nous manquer.

Arrivés sur place, nous nous sommes installés dans la nouvelle case qui vient d’être terminée et qui est destinée à être “un centre aéré“ pour les enfants à partir du 11 janvier. Nous dormons sur de vrais matelas, disposons d’une poche d’eau qui fait douche et c’est presque le Hilton. Nous avons immédiatement filé au dispensaire afin de voir les infirmières pour leur remettre tous les médicaments que l’on m’avait donné en France (merci Christine). J’ai été surpris par leurs connaissances médicales : à part un médicament pour le cœur (pour lequel nous avons appelé la France), elles connaissaient tous les médicaments amenés ainsi que leur posologie !

Au dispensaire, un enfant de 4 ans, David, était hospitalisé car il souffre de malnutrition et de maltraitance de la part de son père, divorcé d’avec la maman et qui utilise son fils comme moyen de rétorsion. Chaque week-end, il a le droit de le récupérer pour le priver de nourriture et pour lui confisquer jouets et vêtements qu’on lui donne. Vous auriez vu l’état de détresse et le regard hagard du petit… j’en avais les larmes aux yeux. Une soudaine envie de casser la tête du père (qui habite à 20 mètres du dispensaire) et devant qui nous sommes passés m’a pris et puis… cela n’aurait fait qu’empirer les choses. Les problèmes ne se règlent pas de cette manière ici et d’une certaine façon, tant mieux. Nous l’avons bien nourri ce matin (lait concentré sucré, gâteaux) avant qu’il ne parte chez son père. Nous avons caché ses jouets et vêtements que nous lui avons offert et que nous lui rendrons dimanche quand il reviendra au dispensaire. Cet enfant de 4 ans pesait 8 kilos quand il est arrivé. Il en fait 11 aujourd’hui alors que le poids normal d’un enfant de son âge est de 20 kilos. Voilà… J’ai mal dormi.

Au réveil (7h00 du matin), 40 enfants nous attendaient bruyamment devant la porte en chantant “allez l’OM“. Je me maudissais intérieurement de leur avoir appris ce chant !  Nous n’avons pas réussi à les semer de toute la journée et à l’heure où je tape ce texte sur la terrasse de la case, face au magnifique fleuve, j’en ai 14 qui lisent par dessus mon épaule, le reste est avec Ana qui a entrepris une tournée du village.


Ce matin, nous avons entrepris de distribuer les jouets que j’avais emmené avec moi. Tout s’est bien passé au début et puis, cela a vite viré à l’émeute. Tout le monde se refilait le mot et le village entier s’est retrouvé sur nos marches d’escaliers. Il a fallu l’aide des 2 infirmières qui distribuaient des coups de bâtons pour calmer les esprits mais nous avons du arrêter la distribution car les enfants se mettaient en danger. Sur le moment, j’ai été choqué et déçu. Je me faisais une fête de cette distribution mais comme tout ici, les besoins sont tellement gigantesques que la raison passe après.

Ce que je peux dire à tous ceux qui m’ont offert des jouets : Margaux et Gauthier Guiselin, Andreï Chabert, Thomas et Fanny Hughes et Avi Assouly, c’est que les enfants étaient EMERVEILLES. Le mot est l’exact reflet de ce que j’ai vu. Ils pénétraient un à un dans notre case et là, ils contemplaient tous les jouets, poupées, livres, peluches au sol, rangés par catégorie et ils ne savaient pas quoi faire de leurs mains. Ils regardaient avec des yeux grands ouverts, ne sachant pas quoi prendre, se saisissant d’une figurine avant de la lâcher pour une voiture ou une peluche. Ils n’avaient jamais vécu cela. On nous a expliqué qu’à Noël, ils ne recevaient pas de cadeaux car les familles étaient trop pauvres et que la célébration de Noël prenait la forme d’une grande messe de 20h00 à minuit afin de prier Dieu et le remercier “de leur avoir accordé une année supplémentaire“.

A midi, Anne-Laure a eu la bonne idée de proposer aux enfants de jouer au foot avec moi… 37 C° (je me suis mis gardien de but après avoir tenté d’être attaquant) mais je suis sorti du terrain “rincé“. Même Femi, m’a dit qu’il arrêtait de jouer car il faisait trop chaud ! J’ai bien essayé de positionner les cages à l’ombre d’un arbre mais cela n’a pas suffit. Je me suis couché direct sans déjeuner et je me lève à l’instant. Il est 15h00 et ce soir, nous sommes invités chez les parents de Blaise, un de mes anciens élèves. J’ai réglé les soucis financiers de Gérard, un autre de mes élèves qui ne pouvait plus suivre les cours car il n’avait pas de quoi payer l’école, ni acheter les livres scolaires. Je lui ai remis 40 €, ce qui lui permettra de finir l’année et d’acheter ses livres scolaires. Il a baissé la tête en me disant merci du bout des lèvres. Pudeur extrême chez celui qui portait toujours aux pieds les baskets que je lui avais offerts en avril.

Le soir, visite chez les parents de Blaise chez qui nous avons été accueilli comme des rois : ils avaient acheté pour l’occasion 2 bouteilles de Fanta et une de Mountain Dew (une sorte de Gini) ce qui leur avait coûté 750 Francs CFA, une fortune. Ana voulait refuser au début, par gêne, mais je lui ai expliqué que le refus serait la pire des choses pour eux. Une vexation. Je l’avais expérimenté en avril ; alors nous avons bu face à 25 petits enfants noirs qui nous regardaient, l’air curieux. L’un d’eux m’a demandé d’imiter le cri du porc (que je fais très bien) et j’ai commencé un spectacle qui a fait rire tout le monde (je tiens mon idée pour ma prochaine tournée !) : cochon, chien, chat, vache, singe, chèvre, à chaque nouveau cri, les enfants éclataient de rire. Un vrai rire, bruyant, aigu, naturel qui vous chavire le cœur. Au bout de 10 minutes, j’ai arrêté car je ne sentais plus ma gorge mais il y a fort à parier qu’ils me redemanderont mon “Best Of“ prochainement ! Et si je faisais un DVD ?

On meurt de chaud, vraiment, et je dois dire que cela va faire du bien de retrouver Cotonou demain afin de prendre une bonne douche.

déc 18

IMG_0407

Je vous écris un peu en colère aujourd’hui. Nous avons repassé une partie de la matinée chez une sorte de transitaire/intermédiaire qui s’occupe de la caisse pour nous et j’ai eu la désagréable surprise d’apprendre que finalement, c’est plus du double du prix qui était convenu qu’il me fallait payer pour récupérer la caisse (400 € !). Les palabres ont commencé et j’ai fait comme on doit faire ici : j’ai cessé les négociations en disant que c’était tous des voleurs et des profiteurs et que c’était scandaleux de faire du racket pour une caisse remplie de fournitures scolaires. J’ai ajouté que dans ces conditions, je leur laissais la caisse sur les bras et que j’allais consacrer mon budget à acheter des affaires dans un magasin. Le gros homme assis face à moi m’a alors demandé : “combien tu es prêt à payer ?“. J’ai donné mon prix (300 €) et il m’a dit ok. C’est tout de même plus du double de ce qui m’avait été annoncé mais je trouvais regrettable de tout arrêter si près du but. 2 mois qu’Eugène et Mélanie (une bénévole française) se battent pour récupérer cette caisse. J’avais déjà réglé hier les frais de gardiennage alors, bon… j’ai payé. J’ai ajouté aux dons de Boucher et Marie-Laure, les dons de Nicole et de Gil Buti mais j’étais passablement énervé de voir que la corruption est partout. Cela est révoltant quand il s’agit d’humanitaire. Qu’ils cherchent à m’arnaquer sur le prix d’une valise (180 € ce matin sur un marché !), je veux bien. Qu’ils cherchent à me vendre 2 fois plus cher une canette de Coca qu’à un local, je veux bien, mais là… A l’heure où je vous écris, nous sommes toujours dans les locaux d’Urgence Bénin à attendre la livraison de la caisse qui devait être là à 13h15 (il est 14h25).

Il fait toujours aussi chaud ici et hier, un noir m’a demandé si cela était vrai qu’il faisait froid en France et que les gens mourraient dans la rue. Je lui ai répondu que, oui, il était exact que certaines personnes n’avaient pas de quoi se loger et que certains mourraient de froid. Il m’a regardé, l’air interloqué et m’a dit cette phrase : “pourquoi les Français, vous venez au Bénin aider les enfants d’un village alors que des gens meurent dans votre pays ? Il faut réparer la maison avant de réparer sa clôture.“ Je n’ai pas su quoi répondre.

Nous partons pour Togbota cet après-midi et nous rentrerons dimanche pour acheter des livres et dictionnaires avant d’y retourner mardi prochain. Je ne posterai donc pas d’articles avant lundi prochain. J’ai appris par Eugène que mes élèves qui sont en 6e désormais devaient faire 3 heures de marche pour aller au collège tous les dimanches et revenir au village les vendredis. Ils sont en pension là-bas et ont un budget de… 500 Francs CFA (0,80 centimes d’euro) pour manger toute une semaine sur place… Pour vous donner une idée de ce que cela représente, une canette de Fanta Citron coûte 350 Francs CFA. Ils meurent de faim ces minots et cela aussi me révolte. Je me dis que je vais leur faire plaisir un instant. Que je vais les gaver de nourriture, pendant quelques jours et après ? Tout recommencera comme avant… Je ne sais pas pourquoi mais, aujourd’hui, je ne vois pas beaucoup d’espoir dans ce que je fais. A quoi cela sert finalement ? A se sentir bien dans sa peau ? A se dire qu’on est quelqu’un de bien ? J’avais d’autres objectifs un peu plus ambitieux. Ça ira mieux demain…

déc 17

eugène

Je ne sais pas si vous étiez inquiets mais je suis bien arrivé ! Je n’ai pas fait le calcul des heures passées dans l’avion et les aéroports mais vu l’état de fatigue dans lequel je suis arrivé, je pense que c’était pas mal ! Décollage à 12h40, arrivée à 2h30. Couché à 3h45 grâce à un contrôle draconien de la Douane qui se demandait ce que je trimballais dans mes énormes sacs Tati ET contrôle de police sur la route de l’aéroport. Yalla !

Quand je suis arrivé à l’hôtel “L’Anchrage“ où j’avais séjourné en avril, l’employé m’a reconnu immédiatement et a hurlé “Hey !! Jeff !!“ dans le hall de l’hôtel pendant 3 bonnes minutes. Il ne cessait de répéter mon nom en riant et en me donnant de grands coups dans le dos ! Il était heureux et cela m’a fait chaud au cœur. Je pensais dormir jusqu’à midi mais à 8h30, j’avais les yeux ouverts. Nous avons passé la journée avec Eugène à essayer de sortir cette fameuse caisse bloquée au Port depuis 2 mois mais nous n’y sommes pas arrivés. J’ai payé les frais de gardiennage (16 €), nous avons rempli un tas de paperasse mais la caisse n’a pas encore été visée par le “Contrôleur“. Demain, peut-être, si tout le monde veut bien… Je ne sais toujours pas précisément combien cela va coûter. J’ai peur d’un surplus mais rien de dramatique. Ce contre-temps repousse mon départ pour Togbota de 24 heures. J’ai eu des échos comme quoi tout le village attendait ma venue et que la question qui se posait en ce moment était “quand est-ce qu’il arrive ?“. J’espère demain ! J’ai profité d’êre bloqué à Cotonou pour acheter un poste radio/CD à piles (avec une partie du budget offert par mes parents) pour laisser dans la Case des Enfants. Cela nous permettra de fêter Noël en musique le 24 au soir (j’ai gravé du Michael Jackson et croyez-moi qu’ils vont en bouffer !). J’ai également remis à Eugène son ordinateur (merci les Biraud !) et vous le voyez radieux sur cette photo (chemise africaine au premier plan) pendant que le responsable informatique lui installe un anti-virus (qui sont nombreux ici) dans les locaux d’Urgence Bénin. Il est RAVI d’avoir un ordinateur et je lui ai amené également un tas de films, ce qui l’a également comblé. La jeune fille que vous voyez à l’arrière plan s’appelle Audrey et elle est la jeune maman d’un garçon de 4 ans. J’ai tenté une visio-conférence avec mon ami Nicolas Chabert qui m’a remis un tas de peluches et de livres de son fils Andréï. Elle voulait le remercier de vive voix car je lui ai donné une des peluches d’Andreï pour son fils Eymeric mais la connexion n’a pas marché. C’est l’Afrique !

Je voulais également remercier le Niaquoué qui m’a fait un TRES GROS virement afin que j’achète des livres et des dictionnaires. Je vais pouvoir acheter des dictionnaires à TOUS les enfants et je filmerai tout cela. Merci à lui. Demain, j’utiliserai le budget offert par Marie-Laure Trumel et mon ami Boucher (Jean-Marc Espinasse) pour dédouaner la caisse. Je tiens à ce que vous preniez conscience que chaque euro remis est utilisé à 100% pour les enfants. C’est aussi l’avantage de ne pas avoir d’association. J’agis seul, avec mes propres fonds et je peux consacrer tout les dons à du concret, sans d’autres comptes à rendre qu’à vous même.

Ce soir, il y a une fête où je suis invité. On va boire du Sodabi, un alcool local qui sert également de détachant dans l’industrie… J’ai déjà mal aux cheveux rien que d’y penser (si, si, j’ai bien dit les cheveux !).

Je vous embrasse. Ah, oui, j’oubliais : on meurt de chaud, et vous ? Ah ah ah ah !