C’est la tendance du moment, tout le monde fait un bilan de l’année 2009 avant d’attaquer la nouvelle année 2010. Je voudrais, comme je l’ai écrit précédemment, faire un bilan de mon séjour béninois avant d’attaquer le chantier de mon bilan 2009. Je vous ai dressé un bilan financier la dernière fois de mon action et je voudrais maintenant, revenir sur un bilan plus humain. J’ai connu de grandes joies et le réveillon du 24 décembre restera un de mes plus beaux souvenirs. Je ne vous ai pas conté une anecdote qu’Aurélie m’a raconté il y a 2 jours alors que j’étais chez elle à Cotonou, invité pour un apéro. Elle me racontait qu’elle était à Togbota, assise par terre devant l’écran de cinéma composé d’un drap blanc que nous avions tendu sur le mur de l’école. A ses côtés, une fillette était subjuguée par le spectacle du “Roi Lion“ qui se déroulait sous ses yeux. Elle s’est penchée à un moment vers Aurélie et elle lui a posé la question suivante : “comment ont-il fait pour apprendre à parler aux animaux ?“. J’ai trouvé cette réflexion touchante de naïveté. Aurélie entreprit de lui expliquer que c’était un dessin animé et que les animaux n’étaient pas réels mais la fillette n’a pas semblé comprendre. C’est quoi un dessin animé quand on a jamais vu la télévision de sa vie ? Sa réflexion révèle l’écart qui sépare nos cultures. Il existe encore des havres de paix sur Terre où l’homme occidental n’a pas encore exporté sa culture. Faut-il s’en réjouir et être heureux, assez égoïstement, de disposer encore de “réserves d’émerveillement“ pour nous les blancs en vacances ou bien conviendrait-il mieux de leur apporter le progrès industriel ? Je n’ai pas de réponse à cette question mais ils semblaient tellement heureux d’assister à un tel spectacle que je me demande si, finalement, un peu de “technologie contrôlée“ ne leur ferait pas de mal. Il y a aussi les partisans du “ne touchons pas à leur culture et laissons les vivre à l’âge de pierre, ainsi, les touristes pourront toujours rapporter de leurs voyages des souvenirs atypiques et farouchement drôles dont ils pourront parler à table avec leurs amis“… ou sur leur blog comme je suis en train de le faire. Cas de conscience intéressant, non ?
Ce voyage a été épuisant pour moi. Bizarrement, je me suis reposé la tête et je me sens prêt à être créatif pour l’année 2010, mais dans le même temps, je ressens une grande lassitude physique. J’ai des courbatures de partout et hier après-midi, je suis sorti pour aller faire des courses au Monoprix et ce simple geste m’a paru pendant quelques instants bien étrange. J’avais la sensation d’être un étranger dans ma ville. Je dévisageais mes concitoyens et je me suis même demandé ce que je faisais là, dans les rayons débordant d’offres promotionnelles et de victuailles pour “le réveillon du nouvel an“. Le contraste était intense. Contraste météorologique d’abord car je suis passé de 35 C° à 12 C° en 48 heures et contraste commercial ensuite où je suis passé de la petite épicerie vendant 5 articles (toujours les mêmes : boîtes de sardines, Vache qui Rit, lait concentré etc.) à une surface commerciale sur 2 étages avec 17 marques de dentifrices différentes. Retour brutal et il me faudra quelques jours encore pour “atterrir“ dans ce monde auquel j’appartiens.
Je ne suis pas revenu qu’avec de bons souvenirs du Bénin. Certaines images hantent mes nuits : que va devenir le petit David qui souffre de malnutrition (voir photo) ? Son père va-t-il continuer à le maltraiter ? Comment va se passer la prochaine distribution de vêtements et de livres scolaires ? Y aura-t-il ces mêmes scènes de guerre civile ? Les 2 enfants nés le soir du 24 décembre survivront-ils à leurs 5 ans (beaucoup meurent avant) ? Voilà mes questions, mes angoisses. Je sais qu’elles s’atténueront avec le temps. Le temps efface tout et il panse les plaies les plus infectées alors je vais me donner du temps. Il y avait un écriteau sur le mur d’un hôtel à Cotonou qui disait qu’il fallait “accepter les décisions du Seigneur, quelles qu’elles soient, bonnes ou mauvaises car de toutes les façons, seul le Très Haut savait ce qui était bon pour nous et que les malheurs du jour pouvaient être les graines des bonheurs de demain“. Accepter son destin en quelque sorte. C’est leur philosophie de vie. A un chauffeur de zem à qui je demandais ce qu’il allait demander à Dieu pour 2010, il m’a répondu : “je vais le remercier de m’avoir donné une année de plus à vivre“. Que rajouter à cela ?
Je vous souhaite, à tous qui lirez ces lignes, de vivre une année de plus en 2010. Vivez la intensément, vivez là à fond, sans perdre de temps et sans vous poser de questions. C’est pas facile et je dois confesser que je ne suis jamais arrivé à faire mienne cette philosophie mais je vais essayer en 2010. Vous m’aiderez ?










