Je vous écris un peu en colère aujourd’hui. Nous avons repassé une partie de la matinée chez une sorte de transitaire/intermédiaire qui s’occupe de la caisse pour nous et j’ai eu la désagréable surprise d’apprendre que finalement, c’est plus du double du prix qui était convenu qu’il me fallait payer pour récupérer la caisse (400 € !). Les palabres ont commencé et j’ai fait comme on doit faire ici : j’ai cessé les négociations en disant que c’était tous des voleurs et des profiteurs et que c’était scandaleux de faire du racket pour une caisse remplie de fournitures scolaires. J’ai ajouté que dans ces conditions, je leur laissais la caisse sur les bras et que j’allais consacrer mon budget à acheter des affaires dans un magasin. Le gros homme assis face à moi m’a alors demandé : “combien tu es prêt à payer ?“. J’ai donné mon prix (300 €) et il m’a dit ok. C’est tout de même plus du double de ce qui m’avait été annoncé mais je trouvais regrettable de tout arrêter si près du but. 2 mois qu’Eugène et Mélanie (une bénévole française) se battent pour récupérer cette caisse. J’avais déjà réglé hier les frais de gardiennage alors, bon… j’ai payé. J’ai ajouté aux dons de Boucher et Marie-Laure, les dons de Nicole et de Gil Buti mais j’étais passablement énervé de voir que la corruption est partout. Cela est révoltant quand il s’agit d’humanitaire. Qu’ils cherchent à m’arnaquer sur le prix d’une valise (180 € ce matin sur un marché !), je veux bien. Qu’ils cherchent à me vendre 2 fois plus cher une canette de Coca qu’à un local, je veux bien, mais là… A l’heure où je vous écris, nous sommes toujours dans les locaux d’Urgence Bénin à attendre la livraison de la caisse qui devait être là à 13h15 (il est 14h25).
Il fait toujours aussi chaud ici et hier, un noir m’a demandé si cela était vrai qu’il faisait froid en France et que les gens mourraient dans la rue. Je lui ai répondu que, oui, il était exact que certaines personnes n’avaient pas de quoi se loger et que certains mourraient de froid. Il m’a regardé, l’air interloqué et m’a dit cette phrase : “pourquoi les Français, vous venez au Bénin aider les enfants d’un village alors que des gens meurent dans votre pays ? Il faut réparer la maison avant de réparer sa clôture.“ Je n’ai pas su quoi répondre.
Nous partons pour Togbota cet après-midi et nous rentrerons dimanche pour acheter des livres et dictionnaires avant d’y retourner mardi prochain. Je ne posterai donc pas d’articles avant lundi prochain. J’ai appris par Eugène que mes élèves qui sont en 6e désormais devaient faire 3 heures de marche pour aller au collège tous les dimanches et revenir au village les vendredis. Ils sont en pension là-bas et ont un budget de… 500 Francs CFA (0,80 centimes d’euro) pour manger toute une semaine sur place… Pour vous donner une idée de ce que cela représente, une canette de Fanta Citron coûte 350 Francs CFA. Ils meurent de faim ces minots et cela aussi me révolte. Je me dis que je vais leur faire plaisir un instant. Que je vais les gaver de nourriture, pendant quelques jours et après ? Tout recommencera comme avant… Je ne sais pas pourquoi mais, aujourd’hui, je ne vois pas beaucoup d’espoir dans ce que je fais. A quoi cela sert finalement ? A se sentir bien dans sa peau ? A se dire qu’on est quelqu’un de bien ? J’avais d’autres objectifs un peu plus ambitieux. Ça ira mieux demain…
















10 Commentaires
Bon courage Jeff.
Continue a nous tenir informe
Jean-Marc
Vas-y continue mon frère, déjà tu fais beaucoup plus que ce que tu crois faire toi-même. Et continue bien sûr à nous tenir informés !
Bon courage Jeff, tu n’es pas homme a baisser les bras si vite. Il y a des combats qui durent une vie voir plusieurs générations… leurs résultats est le fruit de chacun. Toi tu pourras dire j’y ai participé, et je te souhaite en cette période de vœux que la réussite de ce combat voit le jour très vite .
Bises.
T’as mis le doigt dans un drôle de truc là mon Jeff… Tu ne vas pas pouvoir régler le problème à toi tout seul. Le problème il s’appelle « La condition humaine ». Les riches,les pauvres, la maladie, la mort, etc… Prendre déjà conscience de tout ça, c’est déjà une grosse partie du travail…
Comment avancer sans colère, sans désespérer, au moins quelques moments.
Il faut être branché sur son petit nombril bien astiqué de frais pour ne pas éprouver grande lassitude dans les conditions que tu décris.
J’espère que ça te permettra de porter désespoir et colère avec plus de force.
Pour continuer à ouvrir des fenêtres.
Chaleureusement et bises
Merci Nicole, mon frère et mes amis. Ça me donne de la pêche tout ça et je vais continuer à ouvrir des fenêtres car c’est le seul moyen d’avoir un peu d’air.
Que dire de plus ? Je te « maile » du courage, de la force, de la patience et toute mon amitié. Tu est dans l’action et nous sommes fiers de toi. Tu es celui qui se déplace vers ceux que tu veux aider… C’est déjà énorme. Ne l’oublies pas.
Bises. Caro.
Message reçu Carole. J’ai tout bien réceptionné : courage, force, patience et amitié et c’est mon plus beau cadeau de Noël. Je te laisse, le room service du Hilton est là et je déteste manger mon homard froid. Bises.
Tu te doutais que la route serait dure, mais que ce soit ton corps d’athlète qui te lâche! T’as raison, c’est pas que tes goûts musicaux qui commencent à prendre un coup de vieux!
Trouve donc, un bon vaudou pour te redonner force… puisque le toubib Belge te prédit une grande lignée!
Je te souhaite beaucoup de courage pour le combat, pour les fenêtres à ouvrir,et les routes à tracer, et te dire de continuer, coûte que coûte, et d’aussi loin que nous sommes t’accompagner par la pensée.
PS : n’oublies pas de regarder le ciel…
Je regarde le ciel mais j’ai mal quand je lève ma tête ! Le courage, c’est un peu vous tous qui me le donnez en ce moment et je pars dans 30 minutes pour le village. 3 jours difficiles mais distribution de jouets et vêtements pour tous alors j’espère que cela sera de beaux moments que je vous raconterai.