Nous sommes arrivés hier soir au village perdu dans la “forêt des singes“ après 2 heures et demi de taxi-brousse (une 504 GTI, année modèle 1983). Nous n’avons pas pu attendre la caisse qui est arrivée au final 40 minutes après notre départ, soit 4 heures de retard, sur le délai prévu…
Quand nous sommes arrivés sur la berge du fleuve Togbo et que les habitants de l’autre côté du fleuve nous ont aperçus, ils ont agité leur bras en criant des “Ana“ (surnom d’Anne-Laure au Bénin), véritable star locale (ce qui m’a vexé au plus haut point). Et moi ? Personne ne m’accueille comme un roi ? Et puis si… un “Jeff !“ a fusé, puis 2, puis 3… Nous avons accosté avec la pirogue que conduisait Fémi, un de mes anciens élèves qui m’a expliqué qu’il nous attendait depuis 9h00 du matin sur la berge. Se relayant jusqu’à la tombée du jour avec Blaise et d’autres pour ne pas nous manquer.
Arrivés sur place, nous nous sommes installés dans la nouvelle case qui vient d’être terminée et qui est destinée à être “un centre aéré“ pour les enfants à partir du 11 janvier. Nous dormons sur de vrais matelas, disposons d’une poche d’eau qui fait douche et c’est presque le Hilton. Nous avons immédiatement filé au dispensaire afin de voir les infirmières pour leur remettre tous les médicaments que l’on m’avait donné en France (merci Christine). J’ai été surpris par leurs connaissances médicales : à part un médicament pour le cœur (pour lequel nous avons appelé la France), elles connaissaient tous les médicaments amenés ainsi que leur posologie !
Au dispensaire, un enfant de 4 ans, David, était hospitalisé car il souffre de malnutrition et de maltraitance de la part de son père, divorcé d’avec la maman et qui utilise son fils comme moyen de rétorsion. Chaque week-end, il a le droit de le récupérer pour le priver de nourriture et pour lui confisquer jouets et vêtements qu’on lui donne. Vous auriez vu l’état de détresse et le regard hagard du petit… j’en avais les larmes aux yeux. Une soudaine envie de casser la tête du père (qui habite à 20 mètres du dispensaire) et devant qui nous sommes passés m’a pris et puis… cela n’aurait fait qu’empirer les choses. Les problèmes ne se règlent pas de cette manière ici et d’une certaine façon, tant mieux. Nous l’avons bien nourri ce matin (lait concentré sucré, gâteaux) avant qu’il ne parte chez son père. Nous avons caché ses jouets et vêtements que nous lui avons offert et que nous lui rendrons dimanche quand il reviendra au dispensaire. Cet enfant de 4 ans pesait 8 kilos quand il est arrivé. Il en fait 11 aujourd’hui alors que le poids normal d’un enfant de son âge est de 20 kilos. Voilà… J’ai mal dormi.
Au réveil (7h00 du matin), 40 enfants nous attendaient bruyamment devant la porte en chantant “allez l’OM“. Je me maudissais intérieurement de leur avoir appris ce chant ! Nous n’avons pas réussi à les semer de toute la journée et à l’heure où je tape ce texte sur la terrasse de la case, face au magnifique fleuve, j’en ai 14 qui lisent par dessus mon épaule, le reste est avec Ana qui a entrepris une tournée du village.
Ce matin, nous avons entrepris de distribuer les jouets que j’avais emmené avec moi. Tout s’est bien passé au début et puis, cela a vite viré à l’émeute. Tout le monde se refilait le mot et le village entier s’est retrouvé sur nos marches d’escaliers. Il a fallu l’aide des 2 infirmières qui distribuaient des coups de bâtons pour calmer les esprits mais nous avons du arrêter la distribution car les enfants se mettaient en danger. Sur le moment, j’ai été choqué et déçu. Je me faisais une fête de cette distribution mais comme tout ici, les besoins sont tellement gigantesques que la raison passe après.
Ce que je peux dire à tous ceux qui m’ont offert des jouets : Margaux et Gauthier Guiselin, Andreï Chabert, Thomas et Fanny Hughes et Avi Assouly, c’est que les enfants étaient EMERVEILLES. Le mot est l’exact reflet de ce que j’ai vu. Ils pénétraient un à un dans notre case et là, ils contemplaient tous les jouets, poupées, livres, peluches au sol, rangés par catégorie et ils ne savaient pas quoi faire de leurs mains. Ils regardaient avec des yeux grands ouverts, ne sachant pas quoi prendre, se saisissant d’une figurine avant de la lâcher pour une voiture ou une peluche. Ils n’avaient jamais vécu cela. On nous a expliqué qu’à Noël, ils ne recevaient pas de cadeaux car les familles étaient trop pauvres et que la célébration de Noël prenait la forme d’une grande messe de 20h00 à minuit afin de prier Dieu et le remercier “de leur avoir accordé une année supplémentaire“.
A midi, Anne-Laure a eu la bonne idée de proposer aux enfants de jouer au foot avec moi… 37 C° (je me suis mis gardien de but après avoir tenté d’être attaquant) mais je suis sorti du terrain “rincé“. Même Femi, m’a dit qu’il arrêtait de jouer car il faisait trop chaud ! J’ai bien essayé de positionner les cages à l’ombre d’un arbre mais cela n’a pas suffit. Je me suis couché direct sans déjeuner et je me lève à l’instant. Il est 15h00 et ce soir, nous sommes invités chez les parents de Blaise, un de mes anciens élèves. J’ai réglé les soucis financiers de Gérard, un autre de mes élèves qui ne pouvait plus suivre les cours car il n’avait pas de quoi payer l’école, ni acheter les livres scolaires. Je lui ai remis 40 €, ce qui lui permettra de finir l’année et d’acheter ses livres scolaires. Il a baissé la tête en me disant merci du bout des lèvres. Pudeur extrême chez celui qui portait toujours aux pieds les baskets que je lui avais offerts en avril.
Le soir, visite chez les parents de Blaise chez qui nous avons été accueilli comme des rois : ils avaient acheté pour l’occasion 2 bouteilles de Fanta et une de Mountain Dew (une sorte de Gini) ce qui leur avait coûté 750 Francs CFA, une fortune. Ana voulait refuser au début, par gêne, mais je lui ai expliqué que le refus serait la pire des choses pour eux. Une vexation. Je l’avais expérimenté en avril ; alors nous avons bu face à 25 petits enfants noirs qui nous regardaient, l’air curieux. L’un d’eux m’a demandé d’imiter le cri du porc (que je fais très bien) et j’ai commencé un spectacle qui a fait rire tout le monde (je tiens mon idée pour ma prochaine tournée !) : cochon, chien, chat, vache, singe, chèvre, à chaque nouveau cri, les enfants éclataient de rire. Un vrai rire, bruyant, aigu, naturel qui vous chavire le cœur. Au bout de 10 minutes, j’ai arrêté car je ne sentais plus ma gorge mais il y a fort à parier qu’ils me redemanderont mon “Best Of“ prochainement ! Et si je faisais un DVD ?
On meurt de chaud, vraiment, et je dois dire que cela va faire du bien de retrouver Cotonou demain afin de prendre une bonne douche.
















5 Commentaires
rien qu’un petit mot pour te dire que tes articles et tes vidéos de togbota m’ont beaucoup touchée! je suis tombée sur ton blog par hazard en surfant sur la toile à la recherche de quelques images de ce village dans lequel je me rendrais en novembre prochain pour donner un coup de main au dispensaire…
alors merci!
Merci Julie. Tu passeras le bonjour à Charles pour moi. Si tu pars de Marseille, je pourrais te donner quelques médicaments à emporter avec toi si tu n’es pas trop chargée.
J’essaierais de me souvenir de ton bonjour à passer jusque là!
Pour ce qui est des médicaments, je pense que cela devrait pouvoir s’organiser, peux-tu me dire de quoi comme médicaments il s’agit et de quelle quantitée? J’attends les prochains rapports de mission des volontaires du dispensaire pour pouvoir me faire une idée des besoins et de pouvoir ainsi organiser ce que nous pourrons emporter, sachant que nous n’avons pour ce faire que 4paires de petits bras!
De plus je suis de Strasbourg mais il est possible que je sois de passage dans le sud cet été, je pourrais alors en profiter pour récupérer les médicaments parce que notre départ se fera probablement de Paris…
Autre question d’un tout autre ordre, il m’a été dit qu’il n’y a sur place ni eau courante, ni éléctricité et sur ton blog j’ai pu voir que tu as pu projeter le Roi Lion à Togbota, comment cela a-t-il été possible?
Il y avait un groupe électrogène Julie. Désormais, ils ont installé une douche amovible alimentée par des jerricanes d’eau puisée dans un puits. C’est presque le Ritz !
wow la classe!
j’ai vraiment hate d’y être!