Réveil à 7h00 par les enfants… comme d’habitude ! Cela commence toujours par des “Ana !“, “Jeff !“ pendant une demi-heure, puis ils s’arrêtent afin de reprendre leurs forces ou en attendant les renforts d’autres enfants au réveil plus tardif et cela recommence, amplifié : “Ana !“, “Jeff !“. Alors, je me lève en premier et j’écris dehors afin de laisser dormir Anne-Laure qui a la chance de posséder des boules Quiés. J’ai une vingtaine d’enfants qui m’entourent et qui me donnent chaud. Ce matin, j’ai demandé au chef du village s’il existait un “guérisseur“ car mon mal de dos me fait toujours autant souffrir. Il existe un certain Lourabi qui habite de l’autre côté du fleuve et nous partons en expédition avec une demi-douzaine d’enfants. Ana voulait me laisser y aller seul mais je lui ai demandé d’être là car ma confiance dans le système de santé Béninois n’est pas totale…
Arrivés sur la berge, nous sommes accueillis par un homme titubant, habillé en costume local, parlant un charabia incompréhensible et visiblement saoul. “Pourvu que ce ne soit pas lui“, glissais-je à Ana. Nous le suivons alors qu’il marche en titubant et en exécutant quelques pas de danse en chantant. Nous nous arrêtons enfin devant une case fermée. Jacques, le chef du quartier frappe à la porte et parle assez violemment à la femme qui lui ouvre sans que l’on comprenne bien pourquoi. Ana me demande alors doucement si je suis toujours sûr de vouloir tenter l’expérience. J’avoue que je m’interroge mais la curiosité l’emporte sur la peur et puis j’ai trop mal au dos. Jacques me fait signe d’entrer dans une case poussiéreuse et sombre. Je ne distingue rien dans un premier temps et puis, dans un réduit, un homme est assis sur la terre sèche. Il a l’air d’avoir 150 ans et n’arrive pas à se dresser debout. Il est visiblement saoul lui aussi et je comprends pourquoi, lorsque j’avais demandé à Jacques le prix de la consultation, ce dernier m’avait répondu : “tu lui donneras quelque chose pour acheter du Sodabi“ (alcool fort, proche des 90 C°). Le vieil homme m’a demandé de me mettre face à lui, assis sur un petit tabouret puis il a saupoudré mon dos de terre en psalmodiant quelques incantations vaudous. Il a ensuite enfoncé (“planté“ serait plus juste) ses mains (et ses ongles !) dans mon dos en les essuyant de temps en temps le long d’une tige de bambou et en les retrempant dans la terre. Au bout de 10 minutes de ce manège incompréhensible, j’avais encore plus mal qu’en arrivant. Je transpirais à grosses gouttes tellement il faisait chaud sous sa cahutte alors j’ai dit stop (en fait, j’ai hurlé un grand “aïe“ compréhensible dans toutes les langues), j’ai remercié le carabin et je lui ai remis de quoi continuer sa formation au bar du coin.
Nous sommes rentrés sur Cotonou dans l’après-midi en mobylettes avec tous nos bagages ! Je ne l’avais jamais fait. 2h00 de route dans la brousse en 2 roues avec, en plein milieu, un arrêt soudain car un de nos pilotes n’était plus d’accord pour nous emmener au prix convenu. Palabres, discussion pendant de longues minutes au milieu de nul part, sous un soleil de plomb, puis nous sommes enfin repartis après que le tarif ait augmenté. Nous sommes arrivés couverts de terre rouge, fourbus, mon dos encore plus en compote qu’avant. Je me suis couché et j’ai dormi 2 heures avant que l’on aille dîner avec Eugène pour lui faire un compte-rendu de notre séjour à Togbota. Demain matin, je vais aller à l’hôpital pour voir un kiné local très doué afin qu’il me remettre la vertèbre en place… Suite au prochain numéro.















