Quelle soirée ! Je n’ai pas pu m’empêcher de m’éloigner un peu, me mettre à l’écart de la fête car j’avais besoin de coucher mes émotions. Jusqu’à aujourd’hui, je dois vous avouer que j’étais un peu sur ma faim. Je me demandais ce que je faisais ici, à quoi “mon engagement“ (un mot trop grand pour moi) servait et je vous ai déjà fait un peu échos de ces doutes. Ce soir, j’ai compris. Imaginez-vous le 24 décembre, dans un village d’un pays lointain où il n’y a ni eau, ni électricité. Vous et quelques personnes de bonne volonté, avaient dressé une toile blanche sur le mur d’une école délabrée. Vous avez passé 3 heures sous une chaleur écrasante à convaincre un habitant de bien vouloir vous prêter, comme prévu, ses hauts parleurs et son amplificateur afin de pouvoir diffuser un film de Walt Disney à des enfants (et des grands) qui n’en ont jamais vu. Après avoir négocié avec l’un, demandé à un autre de vous louer ses enceintes, le premier revient sur sa décision et accepte finalement de vous les prêter. Mais un autre conflit éclate au sujet du lieu de la projection. Le chef du village voulait que ce soit dans son quartier et non à l’école, plus centrale : il bloque tout et on vient me réveiller pendant la sieste pour “discuter“. J’avance mes arguments : lieu plus central, plus pratique, capacité d’accueil plus grande… Quelques verres de Sodabi et les arguments plus posés que les miens d’Eugène arriveront à bout des négociations… C’est épuisant et tout est comme ça ic. Un “oui“ n’est jamais un oui. Jusqu’au dernier moment, vous ne savez pas… 17h30 les enceintes qui doivent arriver par pirogue ne sont toujours pas là et puis elles arrivent mais le groupe électrogène ne peut accepter les prises électriques “classiques“ (ne me demandez pas, je n’y comprends rien). On cherche une solution. On en trouve une. L’ampli qui m’ait présenté date de 1978 avec des connectiques que je n’avais pas vu depuis ma jeune enfance (“c’est très bon ampli ça Jeff !“ me dit-on quand ils aperçoivent mon regard consterné). On essaye de brancher un lecteur de DVD dessus : nous n’avons ni images, ni son. On branche alors mon ordinateur sur le video projecteur que j’ai amené avec moi : on a de l’image mais pas de son. Nous travaillons désormais à la lampe électrique et les moustiques nous dévorent. Le village commence à se rassembler autour de l’écran allumé. Je sors un câble de je ne sais où et David, un petit jeune à qui appartient ce matériel hétéroclite, mord dans le câble, réalise des soudures d’un autre monde avec ses mains et… le son crépite ! Une enceinte sur 2 marche ! On annonce à tout le monde que le film va commencer ce qui n’a aucun effet car les gens ne savent pas ce qu’est un film ! Le logo Disney apparaît, et la chanson du générique raisonne dans la forêt africaine… Je suis en Afrique et je projette à une population aborigène “Le Roi Lion“, vous imaginez le truc ? Tous les enfants s’assoient. Un calme, jamais entendu jusqu’ici, se fait dans l’assistance. Les grands, les vieux, tout ce que le village compte, font silence devant les images de Simba le lion. Tous les soucis techniques et humains s’évanouissent d’un coup et je surprends même une larme couler sur ma joue gauche quand je contemple toute cette assemblée. C’est putain de beau ! On emploie souvent le terme “émerveillé“ et bien il n’a jamais pris autant de sens que ce soir : la population est éblouie par le film. Tous ne comprennent pas le français mais qu’importe : ce qui est bien avec Disney, c’est que les images ont leur propre langage. Les gens rient et sont effrayés par les hyènes… Le film se termine dans le silence. On me demande alors de passer mon film sur le Bénin réalisé en avril dernier et que vous avez pu découvrir sur ce blog par petits bouts. J’hésite et puis je l’envoie sur l’écran et là… ce sont des éclats de rire ENORMES ! Ils se voient à l’écran ! S’appellent par leurs prénoms, hurlent, exultent, applaudissent ! De la joie pure et simple. Le film de Disney est oublié ! Ce sont eux les vedettes désormais. Le film qu’a fait François Volfin de mes pauvres images prend toute sa dimension sur cette toile blanche. Voilà, c’est terminé. Tous viennent me dire merci en français ou en fon. Je prends ! Ils sont heureux. Ils dansent maintenant sous les ballons de baudruche gonflés et installés par Ana. C’est la fête qui commence. J’étais trop ému et fatigué par les événements de la journée et je pensais à mes enfants, de qui j’étais bien loin, alors je me suis éclipsé discrètement comme je sais si bien le faire en France ! Je suis retourné de nuit dans ma case en évitant les crocodiles et les scorpions et je me suis retrouvé avec Isidore (un jeune élève à moi) qui m’a rejoint, à partager une bouteille de Coca-Cola et un paquet de chips au vinaigre. Voilà mon Noël 2009… En 2008, il était bien différent. Pas mieux ni moins bien. Juste différent. Je n’oublierai pas celui-ci. Eux non plus je l’espère. Il n’y avait ni huîtres, ni cadeaux, ni foie gras mais juste de la joie et du bonheur simple que nous nous sommes partagés.
Ah oui, j’oubliais : durant le film, 2 bébés sont nés au dispensaire. Noël et Innocent vous souhaitent un très joyeux Noël.














