Aujourd’hui samedi, repos ! On avait prévu de faire la grasse matinée mais malheureusement une panne d’électricité en a décidé autrement et les ventilateurs ont cessé de tourner vers 5h00 du matin, rendant vite la température dans nos chambres insupportable. J’ai fini ma nuit la porte ouverte (tant pis pour les moustiques. De toutes les façons, ils m’avaient tout pompé à Togbota). Ana a quand même réussi à ronfler (oui, ronfler !) jusqu’à 10h30 pendant que je lisais un assez mauvais roman d’espionnage de Ken Follet (Code Zéro).
Les coupures d’électricité ou d’eau sont très fréquentes à Cotonou et c’est pourquoi dans toutes les salles de bains, dans toutes les habitations, vous avez des seaux et des bassines remplies d’eau “au cas où“. Aurélie, une amie française d’Ana aux yeux verts émeraudes, qui travaille ici depuis 1 an, nous racontait qu’il y a un mois, il y a eu une panne d’eau d’une semaine dans sa rue. Une semaine sans eau… Aller au puits chercher de l’eau et monter ensuite les étages avec des jerricans, vous voyez le tableau ? Pour l’électricité, c’est identique. Le plus amusant est que lorsque vous cherchez à comprendre d’où vient le problème, personne n’est en mesure de vous l’expliquer. “C’est comme ça, Jeff !“ m’a répondu en éclatant de rire Wilfried, l’unique employé de l’hôtel “L’Ancrage de l’Océan“ à Cotonou. J’adore cet homme. C’est un esclave moderne comme il y en a tant dans le tiers-monde. Il travaille nuit et jour. Toujours présent sur son tabouret placé derrière le comptoir, parfois somnolant mais avec un large sourire barrant son visage quand il me voit arriver. “Jeff !“ dit-il toujours dans son accent si particulier. Je ne vois que ses dents dans le noir et Ana n’existe pas pour lui. Je lui donne chaque jour un Mars ou un Snickers que j’avais acheté à Casablanca en duty-free et il s’en délecte. “C’est bon !“ me dit-il et c’est souvent la seule chose qu’il mange de la journée. Pour Noël, il n’a pu rentrer que 3 heures chez lui, à 17 kilomètres de là pour voir ses 2 enfants que nous avons gâté pour les fêtes : habits, pâte à modeler, peluches… Il avait les larmes aux yeux car ce sont les seuls cadeaux qu’il avait à leur offrir cette année. Quand je lui demande naïvement pourquoi il travaille autant et pourquoi il ne s’arrête pas un peu pour les fêtes, il me répond gentiment : “mais je ne peux pas Jeff ! Je dois travailler sinon qui va nourrir la famille ?“ Il n’y a pas de congés pour lui et il se fait exploiter. Il a démissionné il y a quelques mois car son patron, le propriétaire, ne voulait pas lui accorder une augmentation alors que la femme chargée de l’entretien avait rendu son tablier et que Wilfried avait récupéré son labeur. Pas con le patron : 1 seul salaire pour faire le travail de 2 personnes. Alors Wilfried a quitté L’Ancrage et son patron a recruté une autre personne pour le remplacer. Puis une autre. Puis une autre. Après 5 démissions, il a rappelé Wilfried et lui a accordé son augmentation. Il n’évaluait pas le capital qu’il avait entre les mains avec ce type là comme “homme à tout faire“. Wilfried est une boule d’optimisme et de rire. Il rigole en permanence et c’est un vrai bonheur de le croiser tous les jours quand je suis à Cotonou et je voulais vous parler de lui.
Cet après-midi, nous avons fait les lézards avec Ana, sous un cocotier au bord d’une piscine. Nous avons mangé “normalement“ et bu “fraichement“ et cela m’a fait le plus grand bien de nager dans une eau presque trop chaude. Nous étions les seuls “yovos“ (blancs) de l’établissement et ce soir nous sommes invités à un apéro puis à une soirée sur la plage. Je sais que cette nuit, quand je rentrerai me coucher, un homme m’accueillera avec un beau sourire, quelle que soit l’heure : mon ami Wilfried.














