Ce matin, je ne me suis pas levé trop tard et je suis sorti sur la terrasse de l’Ancrage, sous un auvent où Wilfried s’affairait déjà, un balai à la main. “Donne moi ton tee-shirt, je vais faire une lessive“ m’intima-t-il avec un large sourire. “Tu sais, merci pour le tissu. Je suis allé chez le couturier ce matin et il va me faire une chemise que je mettrai pour le 31“. Il était déjà allé chez le couturier, à la première heure, pour lui commander sa chemise dans le tissu qu’Ana et moi lui avons offert hier en revenant du marché.
Je lui ai tendu mon tee-shirt alors qu’il m’amenait un bon jus d’ananas et je me suis mis à écrire mon prochain portrait pour l’émission de France 3. Cette coupure m’a fait un bien fou. Grâce à Ana (hommage lui soit rendu), je n’ai eu à penser à rien durant mon séjour et je n’ai fait que suivre ses directives (ses ordres ?) sans jamais me soucier de rien. Cela m’a fait du bien d’être “pris en charge“ et je suis gonflé à bloc pour démarrer 2010.
Vers 11h00, croyant qu’elle était décédée durant son sommeil, je suis allé la contempler dans son lit. La cage thoracique se soulevait avec la régularité d’un RER : ouf, elle n’était pas morte. Tant mieux car j’en ai encore besoin. J’ai pris mon appareil photo afin d’immortaliser l’instant et ce n’est qu’au bout de 5 clichés pris à bout portant avec le flash, qu’elle a ouvert un œil en râlant d’une voix pâteuse “mais qu’est-ce tu fous !? Il est quelle heure ?“. Après une (nécessaire) douche et le maquillage quotidien (nécessaire lui aussi) qu’elle inflige à sa peau, nous étions prêts à nous rendre à la grande librairie pour acheter des dictionnaires aux enfants de Togbota qui n’en avaient pas eu. A ce propos, j’ai reçu un mail touchant de mon ami Niaquoué hier soir dans lequel il proposait de me faire un deuxième virement bancaire. Je sais que le chinois est fourbe par nature et qu’ils finiront tous un jour par nous faire frire dans de l’huile impropre à la consommation, mais j’ai trouvé son attention très gentille. J’ai néanmoins décliné son offre généreuse. Il a déjà offert 90 dictionnaires aux enfants de Togbota et il faudrait encore des dizaines de virements bancaires pour arriver à bout de la faim de tout qu’ont les habitants de là-bas. Merci mon ami Niaquoué mais si tu veux m’aider un peu plus tard pour financer l’envoi de cartons de France, je ne dis pas non, par contre !
Nous avons dévalisé la boutique de ses dictionnaires “français/anglais“ et puis nous sommes allés au bureau d’Urgence Bénin d’où je vous écris. Ce midi, nous avons grignoté du pain avec du thon et de la Vache qui Rit et pour tout vous dire, je commence à en avoir PLEIN LES COUILLES (pardonnez cet écart de langage inhabituel sur ces pages) de bouffer de la Vache qui Rit. Le bovidé souriant me sort par les yeux (entre autre) et j’ai hâte de déguster les huîtres que m’a promis ma maman à mon retour, avec un verre de Pouilly Fuissé que mon père aura (après négociation) accepté d’ouvrir pour moi.
Vous savez quoi ? Vous me manquez.
