Aujourd’hui, j’avais la première journée de ma grosse prise de vue dont je vous ai parlé hier. Le genre de prise de vue qui coûte (très) cher et qui peut valoir mon job. Sur ce cliché flou (que j’ai pris moi-même et dont je suis très fier), vous voyez une partie de l’équipe en plein travail. La jolie personne (même floue, elle est jolie) avec la chemise bleue est la styliste, Linda. Un charme dingue et des compétences qui ne le sont pas moins. Je n’ai jamais travaillé avec autant de pros autour de moi depuis 15 ans que je fais ce métier ; comme quoi, tout est une histoire d’argent. Je me sentais vraiment très mauvais au milieu de tous ces talents pointus. Heureusement, cela ne s’est pas vu car je vais vous donner un truc pour briller en société : faites toujours semblant de comprendre ce qu’on vous dit. Pour cela, c’est très simple : il suffit de jouer le mec taiseux, qui parle peu parce qu’il réfléchit. En fait, vous captez que dalle mais les gens pensent “putain, il dit rien le mec, il doit être vachement balaise“. Le silence inquiète. Les gens détestent ça. Un exemple justement avec la jolie Linda qui est venue me trouver dès mon arrivée pour se présenter à moi et me saluer : “bonjour, c’est toi le Directeur de Création ? Enchantée, Linda, styliste. Je te montre ce que j’ai pris pour que tu me donnes ton avis ?“. Mon avis ? Sur les fringues ? Moi ? Bien entendu, je l’ai regardé d’un air hautain en répondant, l’air cool mais distant “ok“. Elle a passé ensuite 20 minutes à me montrer TOUTES les tenues pour les différents mannequins en me citant des marques, des matières et des coupes dont je n’avais jamais entendu parler. De temps en temps, elle me demandait mon avis. “Pour le blouson du conducteur, j’ai pensé à un stretch satiné assez trendy pour pas être complètement out of fashion. J’ai fait tout Marseille pour le trouver. C’est un American Fabrik, tu connais ? Il est bleu comme ça, ça fera un rappel de couleur avec la robe cintrée de sa femme. J’aime bien travailler les rappels de couleurs. Qu’est-ce que tu en penses ?“. Là, moi, j’avais pas la moindre idée de ce dont elle parlait alors j’ai fait comme je vous l’ai expliqué plus haut : j’ai tout intériorisé puis je l’ai regardé et j’ai jeté un œil sur le blouson. Elle guettait mon avis. Elle était pendue à mes lèvres, pensant que j’étais celui qui pouvait, d’une phrase, ruiner la somme d’un travail de plusieurs jours ; anéantir d’une simple grimace des heures et des heures de recherches stylistiques. J’ai fait une moue dubitative en lâchant un “tu l’as pas en vert ?“. Bingo ! Elle m’a répondu qu’elle l’avait cherché en vert mais qu’elle ne l’avait pas trouvé ! Je prenais une autre dimension à ses yeux : j’étais hype. Au top. J’avais dit vert comme j’aurais pu dire jaune ou violet mais vert, c’était la bonne réponse ! Elle m’a avoué alors dans un soupir de soulagement : “je suis contente qu’on soit en phase ! Je sens qu’on va faire du bon travail ensemble“. T’as raison. J’ai fait pareil tout le reste du temps où elle m’a fait visiter sa garde robe : jamais d’enthousiasme, surtout pas. De temps en temps, je la gratifiais d’un “ça j’aime bien“ qui me donnait une certaine consistance et puis je reprenais bien vite ma tête des mauvais jours. Le genre “pro qui n’a pas de temps à perdre“. Pour le reste, c’est la même technique : le chef opérateur qui me pose la question des lumières ? “Mouais, c’est pas mal. J’aurais bien vu un peu plus de lumière… là“ et j’accompagne ma sentence d’un mouvement du doigt en pointant un endroit du studio (au hasard, c’est encore mieux). Le photographe ? Ne surtout pas parler technique avec lui, vous seriez vite démasqué. Quand il vous parle de focal, de profondeur de champs et de vitesse d’ouverture, contentez-vous d’un “j’aime bien Canon mais rien ne vaut un Nikon“ (s’il a un Canon bien sûr sinon, vous inversez. Ne jamais dire “j’aime bien Canon mais rien ne vaut un Xerox“, car vous auriez l’air con). La maquilleuse ? Dites-lui de forcer un peu sur les yeux : ça marche toujours et ça ne mange pas de pain. La coiffeuse ? “Tu peux remettre la mèche un peu à gauche ? Je préfère“. Dites n’importe quoi mais dites quelque chose sinon, vous passez pour un naze qui ne sait pas ce qu’il veut. A un moment, j’ai dit à la mannequin (un bloc de 2 mètres de haut avec des jambes interminables et des yeux à tomber à la renverse) : “mets voir ton petit doigt dans la bouche“ et alors les réactions en plateau ont été extatiques : “c’est génial avec le doigt dans la bouche ! On va en faire toute une série.“ Si j’avais su, je lui aurai demandé de le mettre ailleurs…
Voilà mes amis, futurs publicitaires : je vous ai donné 2/3 trucs pour réussir dans le métier. C’est valable pour à peu prés toutes les professions à part peut-être médecin. Ne dites jamais : “je vais enlever le rein droit pour équilibrer un peu l’ensemble et puis je vais virer les intestins pour faire plus joli.“ Cela pourrait avoir de graves conséquences.















1 Commentaire
Bien joue pour le vert. T’avais d’ailleurs pas mis ta veste verte pour l’occasion? Bon, elle a l’air jolie Linda, mais la vraie question est, comment peut-on s’appeler Linda? c’est un prenom qui suinte banalite et vulgarite, un peu comme si Azzo s’appelait Jerome.
Demain, quand tu la recroises, essaye de te montrer desagreable, tu lui en metttras plein la vue (ho! la pouffe, ramene tes fesses 2 minutes…), c’est garanti, tu conclues dans l’heure, ca ne loupe jamais.