Je vais vous livrer aujourd’hui un de mes plus lourds secrets, vous faire rentrer dans mon intimité la plus profonde au risque de perdre quelques uns d’entre vous. Je n’en suis pas fier mais Nicole, la courageuse psychothérapeute qui me suit (de très près) depuis plus d’un an m’a encouragé à en parler à ma petite communauté (qui s’agrandit chaque jour un peu plus. Vous étiez 257 à venir il y a 2 jours visiter ce blog !) afin d’exorciser mes angoisses les plus mordantes. Alors voilà : j’aime “Columbo“. Enfin, j’aime regarder “Columbo“ (précision utile qui rassurera, je l’espère, la gente féminine). Depuis fort longtemps, cette série américaine mettant en scène un inspecteur coriace de la Brigade Criminelle de Los Angeles, est ma “madeleine de Proust“. C’est quoi au juste une “madeleine de Proust“ me demanderont ceux et celles qui ont arrêté leurs études en 5e à cause d’un système éducatif en faillite ? Je m’en vais vous l’expliquer avant de poursuivre mon propos sur le Lieutenant Columbo. Dans le roman de Marcel Proust “A la recherche du temps perdu“ le narrateur mange une madeleine et ceci déclenche chez lui un souvenir (en fait, plus qu’un souvenir) et il revit une scène de son enfance dans laquelle il mangeait des madeleines… La “madeleine de Proust“, c’est le détail qui rattache au passé et qui réveille les souvenirs. C’est le fil rouge d’une vie, la conscience d’un passé qui a façonné l’Homme que l’on est devenu. L’expression désigne un acte, apparemment négligeable, mais qui porte une charge émotionnelle et qui nous rappelle quelque chose du passé.
Y’en a pour qui ce sont les madeleines, d’autres un Doudou, une chanson ou bien un paysage… moi c’est “Columbo“. Le pire est que je ne sais pas d’où cela me vient. Je ne me rappelle pas avoir été “fan“ étant jeune. Je préférais regarder “Magnum“ ou “Les têtes brûlées“ mais ces séries ont très mal vieillies. Columbo, lui, a toujours été vieux, c’est peut-être la raison pour laquelle il ne s’est jamais démodé. Toujours est-il que lorsque je regarde un épisode de la série, j’ai soudain l’impression que rien ne peut m’arriver. Toutes les angoisses disparaissent instantanément. “Columbo“ est mon Lexomil à moi, mon Xanax personnel. Je ne “regarde“ pas à proprement parlé “Columbo“ puisque j’en connais toutes les intrigues mais je le mets plutôt en fond sonore pendant que j’écris. Il créé ainsi une bulle protectrice dans laquelle je me sens apaisé et serein. Parfois (souvent), je m’endors devant, bercé des phrases codifiées par des scénaristes de talent (“ma femme…“, “c’est étonnant cette coïncidence…“, “encore un petit détail qui me chagrine…“ ). Je sais qu’en disant cela, je ne vais pas améliorer l’image de ringard que certain(e)s me collent dessus mais qu’y puis-je ? Je ne vais pas regarder “Les Experts“ pour faire comme tout le monde, non ? Je ne regarde pas QUE “Columbo“ (j’adore aussi “Les Chiffres et les Lettres“) mais c’est la seule série qui me fait l’effet d’une “madeleine de Proust“.
Mon plus grand bonheur aura été de convertir Ninie à cette addiction. Hier, alors que nous étions allongés avec nos Mac respectifs sur le ventre, j’ai subrepticement inséré un DVD de “Columbo“ dans le lecteur et j’ai laissé opérer la magie. Il n’a pas fallu longtemps à Ninie pour abandonner son écran informatique et s’intéresser à l’enquête menée par le petit Lieutenant d’origine italienne. Je l’ai laissé finir l’épisode pour aller faire du sport et vous savez quoi ? Quand je suis rentré, elle était en train d’en regarder un autre ! 31 ans et accro à “Columbo“… Je suis trop fort…










