Je reviens d’une soirée lunaire. J’ai voulu encore essayer de sortir mais, comme à chaque fois, je rentre en me disant que je ne dois pas être tout à fait comme les autres, voire anormal.
Je suis allé tout d’abord sur le Vieux Port afin de rencontrer Jean-Charles Gil, le chorégraphe et patron des Ballets de l’Europe. Un type très sympa, très accessible… et très affectueux. Nous avons bavardé et échangé sur la soirée que je vais animer demain soir. A ce sujet, j’ai les foies car les organisateurs attendent 5 000 personnes ! Je croyais qu’il y en aurait une centaine tout au plus mais quand j’ai vu la taille de la scène située devant la Mairie, j’ai pris peur ! Il va falloir que j’assure GRAVE demain soir. Néanmoins, ce n’est pas cette entrevue avec l’ancien danseur étoile qui m’a déstabilisé mais le vernissage auquel je me suis rendu par la suite. J’y ai été convié dans l’après-midi pour assister à une exposition d’une artiste roumaine (très connue, comme toutes les artistes roumaines) dans une galerie interlope située près du Palais Longchamps. Je me gare devant une porte où aucune enseigne n’indiquait l’emplacement d’une galerie d’art. Seule une poignée de fumeurs me mit sur la voie. Je passais devant eux et pénétrais dans l’enceinte artistique dédiée à l’art contemporain d’origine transylvanienne. Je tombe alors sur un corridor étroit où, sur un banc, sont assises 4 personnes fixant un mur face à eux. Sur celui-ci défilent des videos d’une femme se promenant au Corbusier (le fameux immeuble marseillais classé au Patrimoine de l’Unesco) avec un décamètre blanc dans les mains. Elle le pose sur des escaliers, contre un mur ou une porte d’ascenseur. La video est sans son et les 4 spectateurs semblent fascinés par le spectacle offert. Je passe devant eux et je tombe sur une petite pièce de 8 mètres carrés où s’entassent une vingtaine de personnes avec des gobelets en plastique blanc dans les mains. Un micro jardin, bondé également de monde, donne sur cette pièce où je me trouve bloqué. Je cherche du regard la personne qui m’a invité à la rejoindre mais elle n’est point là. Je suis donc totalement seul au milieu de gens que je ne connais pas.
Alors que je me sentais perdu au milieu de cette foule d’inconnus, un homme vient m’aborder et s’adresse à moi dans un anglais hésitant. “Hello, welcome. My name is …, I am the owner of the place… if you want to see Catalina’s work…“ Je vous fais grâce du reste car je n’écoutais pas vraiment. Je ne pensais qu’à une chose à cet instant précis : pourquoi ce type que je ne connais pas, me parle en anglais alors qu’il s’adresse aux autres convives dans un français fortement teinté d’accent marseillais ? Je secouais la tête de temps en temps, ne sachant pas comment me sortir de cette situation absurde où un individu marseillais s’adressait à moi en anglais. Je songeais bien à interrompre son flot laborieux de locutions shakespeariennes, mais pour lui dire quoi ? “Pourquoi me parlez-vous en anglais ?“. Non. J’y ai songé pourtant mais je préférais conclure notre échange sur un mot qui pouvait se traduire dans nos 2 langues : “ah… ok“. Il m’invita, toujours en anglais, à “take a drink and some food“ mais je préférai rejoindre les 4 spectateurs qui continuaient à fixer le mur où la dame du Castorama de Bucarest continuait, avec sérieux et application, à mesurer un tas de trucs au Corbusier. Je restais 5 minutes à essayer de comprendre ce que je contemplais et je dévisageais du coin de l’œil les personnes venues assister à ce spectacle. Je ne fus pas déçu. Je me souviens notamment d’un homme édenté, avec une crinière grise façon “le Doc“ dans “Retour vers le Futur“, vêtu d’une sorte de costume en velour noir, une chemise à jabot blanche et un sac en plastique blanc soutenu par une main gantée de cuir noir. Adidas aux pieds, il parlait très fort et souriait souvent, ce qui m’a permis de constater qu’il lui manquait pas mal de dents du haut. Il avait dû mordre dans un sandwich en béton armé ou croquer une pomme en kevlar et il postillonnait énormément. Son interlocuteur essayait, tant bien que mal, d’éviter la pluie de postillons que sa bouche orpheline lui déversait dessus en grande quantité.
Je sortis discrètement de ce lieu où j’étais aussi à l’aise qu’un footballeur français sur un terrain d’Afrique du Sud et je suis rentré me renfermer dans ma bulle. You know what ? I am going to watch a Columbo !















3 Commentaires
Mon Jeff,
je te sens un peu….seul pour aller te perdre, la nuit, dans des galeries incertaines où visiblement tes seuls rencards sont l’abstrait, les décamètres et chèquecespire à la sauce 51? la trépidante vie marseillaise n’aurait-elle plus que cela à t’offrir…? Au plaisir de te revoir un de ces 4, ou même t’entendre ( en dehors du cadre des studios de la téloch) quand même,… merde !!! Jacco of St sat ( Luberon).
Voilà une apparition fort requinquante mon Jacco. Merci de me secouer les prunes en me mettant le nez dans les déjections nauséabondes que produit mon existence. Tu as raison, merde ! Qu’est-ce que je fous ?! Non mais ! Y’en a marre de toute cette médiocrité et de ce monde underground aussi stérile qu’une ukrainienne habitant à côté d’une centrale nucléaire. Vive le Lubéron ! Vive la campagne avec les mouches, les taons et les guêpes qui vous emmerdent en plein melon ! Quand est-ce que je peux venir (j’ai déjà tous les vaccins) ?
Merci, Jeff, de ton accueil… à prendre au premier ou troisième degré… ?
En tout cas, la route reste la même pour aller aller à St Sat ( ou à Marseille), à nous de ne pas nous perdre, toi sur les chemins crottés de nos campagnes primaires et moi sur les autoroutes brillantes qui mènent à la Ville. Impatients de nous revoir, nous nous échangerons nos gps pour ne pas nous égarer; tu me prêteras ton ailfaune et je te confierai à mon Garmin etrex legend, spécial sentiers.
Bises, et à très bientôt, Jacco.