Je suis rentré de Rennes hier soir sans rhume, ni angine. Il n’a pas fait très beau comme vous pouvez l’imaginer. Enfin, l’autochtone vous dira que pour lui “il a fait un très beau temps“. Vous portez un pull et lui un tee-shirt, mais il n’a pas froid. 20 C° est pour lui une température estivale très agréable. Il ferait limite chaud pour le Breton, voyez-vous ? En tout cas, ce séjour aura fait parler certains d’entre vous. Quand j’ai dit que je partais à Rennes, j’ai eu l’impression d’annoncer mon départ pour Falloujah afin de me battre contre Al Qaïda. Extrait d’une conversation surréaliste :
- tu as tes enfants ce week-end ?
- non.
- tu veux faire un truc ?
- non, je pars en week-end.
- où ça ?
- à Rennes.
- (silence) A Rennes ?… En Bretagne ?!
- oui.
- (affolée) Mais qu’est-ce que tu vas foutre en Bretagne ?
- visiter.
- visiter ? Toi ? Toi, tu vas visiter ???????
- oui.
- mais… pourquoi ????
- ta gueule.
Je ne regrette pas une seconde mon séjour breton. J’y ai découvert une ville qui m’a fait penser au Vieux Lille. Propre, silencieuse, avec des commerçants polis et serviables : un rêve que nous ne connaîtrons jamais à Marseille. Une ville bien agréable où il fait bon vivre (couvert). Mais ce qui m’a le plus marqué ce week-end est la conversation que j’ai tenu avec un réfugié Croate lors d’un dîner. Passionnant.
Il a connu la guerre qui a frappé son pays il y a 15 ans. Il en avait 18 à l’époque. J’ai réalisé, au cours de ce dîner convivial et sympathique, l’horreur qu’avait été le conflit des Balkans. Bien sûr, on sait tous qu’il y a eu une guerre violente qui a touché l’ex-Yougoslavie mais discuter avec une personne qui a été témoin et victime du conflit du simple fait qu’il était d’obédience musulmane est une autre chose. Il m’a tout raconté. Le réveil, un matin, par des voisins serbes avec qui il jouait et sortait en boîte de nuit quelques semaines auparavant. Accusés de “terrorisme“ parce qu’ils étaient musulmans, toute sa famille a été priée de quitter la maison familiale où elle habitait depuis des années. Alors qu’ils tentaient de négocier avec les militaires qui étaient tous d’anciens amis, ils entendirent un crépitement dans leur dos : leur maison était en train de partir en fumée. Brûlée par les soldats. Il en fût ainsi de toutes les maisons du village mais ils ont eu de la chance dans leur malheur. Ils n’étaient ni riches, ni “intellectuels“. 3000 habitant de leur petit village furent fusillés au titre de leur statut social. Il était insupportable pour les serbes que des musulmans possèdent plus de richesses qu’eux ou qu’ils soient mieux éduqués. Ils ont fait monter dans des trains (cela ne vous rappelle rien ?) les survivants, direction un camp de concentration où les femmes et les hommes furent séparés. Entassés dans des cellules de 30 mètres carrés à 80 ou 100 personnes, ils travaillaient dur dans les champs la journée sans grand chose à manger (il pesait 45 kilos à la libération pour 1,80 m) et certains soirs, leurs geôliers pénétraient dans la cellule pour désigner, au hasard, 2 ou 3 prisonniers qu’ils emmenaient. Les crépitements de mitraillettes raisonnaient quelques instants plus tard et on ne revoyait jamais les malheureux. Tous les 2 ou 3 jours, ce macabre “tirage au sort“ avait lieu. Mon conteur y a perdu son beau-frère.
Il m’a également raconté le massacre de Srebrenica : 7 000 personnes fusillées. Tous des “hommes“ âgés de 7 à 70 ans pour que les musulmans ne puissent pas se reproduire (aujourd’hui en Croatie et en Bosnie, le déficit démographique causé par ce massacre fait qu’il y a 4 femmes pour 1 homme). Ce conflit “aux portes de l’Europe“ a causé la mort de 250 000 croates et bosniaques. C’était en 1995, pas loin de chez nous.
C’est étrange la vie. On part découvrir la Bretagne et on revient avec des souvenirs de Bosnie…














