Mon billet de (mauvaise) humeur sera aujourd’hui consacré à la dénonciation haute et forte du principe stupide du “all inclusive“ que j’ai découvert durant mes congés. “All inclusive“ signifie “tout compris, tout gratuit, à volonté“ dans la langue de Shakespeare et croyez bien que certains en profitent au maximum. C’en est écœurant. Ici, dans l’hôtel-club où je séjourne avec mes enfants, on dirait que les vacanciers n’ont rien mangé de l’année quand vous les croisez avec des assiettes contenant assez de nourritures pour nourrir un village africain. L’essentiel est de “prendre“, de “consommer“ afin d’éprouver la sensation suave d’en “avoir pour son argent“. “J’ai payé donc j’ai le droit de gâcher“ semble être le cri de ralliement des touristes qui m’entourent. J’observais hier une employée grecque navrée de devoir débarrasser une assiette pleine de raisins frais dont l’indélicat consommateur n’avait picoré qu’un ou deux grains.
Je lutte comme je peux, avec mes petits moyens pour éduquer mes enfants au milieu de cette orgie calorique. Je leur rappelle quotidiennement que “ce qu’ils mettent dans leurs assiettes, doit aller dans leurs estomacs sous peine de sanction“ mais c’est dur. Toute la journée, des restaurants sont ouverts et servent glaces, friandises, pains, crêpes à des métabolismes saturés en graisse et sucre.
Les touristes font la queue aux distributeurs de boissons (gratuites) et boivent debout leur bière avant de vite s’en resservir une. Sitôt un plat vidé, la foule attend, anxieuse, qu’une employée arrive à se frayer un chemin parmi eux pour en déposer un autre plein de victuailles, afin de se jeter dessus. Cela m’a rappelé une image : quand j’étais petit, j’étais garçon de ferme l’été (et oui… qui l’eût cru !) et il y avait un moment que je redoutais par dessus tout, c’était celui où il fallait que je pénètre dans le poulailler avec un seau plein de grains pour ré-approvisionner les mangeoires des poules. Dès qu’elle me voyait apparaître, ces connes de volailles “savaient“ et alors elles se regroupaient toutes autour de moi dans un nuage de plumes et de poussières, se battant toutes griffes dehors et à coups de becs pour défendre leur place devant la mangeoire. Et bien, ici, 3 fois par jour, j’assiste au même spectacle mais les gallinacés sont interprétés par des êtres humains.
Pourtant, nombre d’entre eux pourraient se passer de manger pendant plusieurs jours vu la taille de leur abdomen. C’est le royaume du cholestérol à l’Hôtel Kolossos et si les russes ont, par le passé, soufferts de malnutrition, ils sont en train de combler à grands coups de fourchettes le fossé gastrique qui les sépare de leurs anciens ennemis américains.
Ajoutez à cette gabegie quotidienne, le fait qu’ils mangent torses nus et vous devinerez que je ne m’alimente que très peu… Hier midi, j’ai rebroussé le chemin qui m’emmenait au stand de poulets rôtis car je me suis retrouvé derrière un slave qui était torse nu, le dos couvert de cicatrices violacées et de gros poils sortant de son slip de bain encore humide. Il sentait la crème solaire au karité et j’ai l’estomac qui s’est soulevé. Tant pis pour le poulet rôti…















