Le départ est fixé à demain. Dernier jour à l’hôtel Colossos que nous avons rebaptisé avec les enfants, l’hôtel Colesthéros. Si la graisse humaine servait un jour à fournir de l’énergie, Rhodes pourrait se passer de centrales thermiques pour l’éternité. J’avais appris, lors de mes cours de géographie, que la Russie (l’Union Soviétique à mon époque) était riche en énergies mais je n’avais pas idée à quel point. Ses habitants ont sur eux quelques petites fortunes le jour où l’on saura transformer la peau d’orange en billets de banque.
Nous avons passé tout notre séjour sans voir un français ni même parler anglais à un touriste. Autarcie totale. Nous étions une île à nous 3. Une île au milieu d’une autre.
Les enfants ont essayé de bâtir des ponts mais ce n’est pas facile de communiquer et de s’amuser avec des petits enfants russes ou polonais qui ne comprennent pas un traître mot de ce que vous essayez de dire dans un mauvais anglais et qui, de toutes les façons, ne peuvent pas vous répondre car ils ont un beignet dans la bouche. Quant à moi, je me suis réfugié dans la lecture de 2 livres : “L’homme qui voulait être heureux“, offert par Sylvie, une amie, et “Quand souffle le vent du Nord“ offert par Cyril Chauvin, mon compagnon de route. Le premier m’a appris quelques petites choses, même si la philosophie qui se dégageait de l’ensemble était un peu trop facile. Sous la forme d’un roman, l’auteur, philosophe de son état, essaye de faire passer tous les messages possibles (et surtout connus), pour nous livrer sa recette du bonheur : “connais toi toi-même, tes problèmes sont dans ta tête, relativise tes échecs, n’abandonne jamais tes objectifs etc“. Bien, mais finalement assez frustrant quand on referme la couverture et que l’on regarde autour de soi : rien n’a changé ! Mais là, l’auteur me répondrait, dans son immense plénitude (et platitude) : “le changement ne vient que du changement. Commence par changer ta vie avant de changer celles des autres. T’as compris ducon ou faut que je recommence avec des crayons de couleurs ?“. Il n’aurait pas dit exactement cela comme ça, mais j’interprète quoi…
Le deuxième livre m’a littéralement bouleversé. Cyril me l’avait offert en me disant, l’air de rien (il a souvent l’air de rien quand il offre des trucs. Même quand il n’offre rien d’ailleurs) : “tiens, lis ce bouquin, il m’a fait penser à toi“. T’as raison mon neveu ! Quelle belle histoire d’amour ! Que c’est bien écrit ! Je ne conserve habituellement pas les livres mais je garderai celui-là. Il rejoindra “Le Chevalier à l’armure rouillée“ et “Refuge pour temps d’orage“ qui m’ont beaucoup touché. J’ai corné un nombre incalculable de pages pour me souvenir de quelques phrases très belles et très vraies. Ou plus exactement, qui ont raisonné en moi, y trouvant un écho particulier. Une phrase résume tout : “écrire, c’est comme embrasser, mais sans les lèvres. Ecrire, c’est embrasser avec l’esprit“. Je dédicace cette citation à toutes celles et à tous ceux qui pensent que rien ne vaut la rencontre physique, l’échange verbal, la discussion “entre 4 yeux“. Il y en a d’autres pour qui c’est différent et comme le héros de ce beau roman, je préfère la vérité de mon clavier à l’hypocrisie de certaines paroles.














