Je ne m’énerve pas souvent mais quand cela arrive, ça a tout de suite de sérieuses conséquences ! Lundi soir, alors que nous rentrions à l’hôtel, son patron, Monsieur Koffi (l’ancien patron de Wilfried, vous suivez ?) m’a encore demandé à me voir pour parler “facture“. Du matin au soir, ce type ne pense qu’à une chose : à son argent. Cela fait pourtant 3 ans que je viens dans son hôtel et que des liens “amicaux“ se sont tissés entre lui et moi mais c’est plus fort que lui : dès qu’il vous voit, il vous demande si vous restez bien le soir et il ajoute “il faudra que l’on se voit pour régler les problèmes de facture car mon comptable me court après“. C’est sa grande phrase : “mon comptable me court après“. En fait, Wilfried (qui a démissionné suite à une entourloupe de Monsieur Koffi et qui a été suivi par 20 remplaçants qui ont, eux aussi, tous démissionnés) nous a expliqué qu’il n’avait pas de comptable mais que c’était un artifice vocabulaire pour réclamer son argent à ses clients.
Bref, je ne vais pas vous la faire dans le détail mais je m’assois face à lui et je commence à lui demander pourquoi, du matin au soir, il n’avait qu’une obsession : nous réclamer son argent alors que nous restons 1 semaine chez lui et que nos bagages et mon précieux ordinateur sont dans la chambre. Il me dit que “c’est mon comptable qui me court après mais tant pis, je ferai l’avance de ma poche et vous me rembourserez plus tard…“. Je décide de me le payer. Je suis à bout. Cela a commencé de m’agacer au cours du diner que j’avais passé la veille avec Wilfried. Il m’avait conté dans le détail les conditions d’esclave dans lequel son patron l’avait tenu et cela n’avait pas arrangé mon opinion sur le personnage. Wilfried travaillait du matin au soir et dormait sur place ; pas dans une chambre, grand Dieu non ! Mais sur une paillasse disposée à même le sol derrière le bar. Demandant en permanence à Wilfried si les clients lui avait donné des pourboires (qu’il comptait bien déduire alors de son salaire), Monsieur Koffi n’était rien d’autre qu’un négrier moderne. Un nègre négrier, le comble.
Je lui demande de quel comptable il parle et de la raison pour laquelle il le “poursuit“. C’était bien lui le patron de l’hôtel et son comptable n’était donc qu’un employé, non ?
- “Pourquoi vous demande-t-il de l’argent, le mien en l’occurrence Monsieur Koffi ? Qu’est-ce que vous me racontez ?“
- “Ce sont mes affaires et cela ne vous regarde pas !“ me répondit-il alors sèchement, acculé qu’il était et surpris par mes questions, légitimes.
- “Je veux bien Monsieur Koffi mais il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles. Pourquoi me demandez-vous de régler 3 nuits d’avance alors qu’habituellement, vous exigez d’être payé jour par jour ? Il n’est pas question que je vous règle 3 nuits d’avance. Qui plus est est, vous avez oublié de noter que je vous avais déjà réglé la première…“
- “Non ! Non ! Vous n’avez rien réglé du tout ! C’était une avance !“
La mauvaise foi de cet homme était telle que tout est parti en brioche à partir de là. Je lui ai vidé mon sac, le traitant de malhonnête (il coupe la clim volontairement pour faire des économies et prétexte ensuite une panne d’électricité et des problèmes de tensions alors que la lumière fonctionne. Comme par miracle, la clim remarche à partir de 20h30 ! J’ai compris le truc quand j’ai vu la télécommande de l’appareil disparaitre de la chambre. Je m’en suis inquiété et il m’a répondu que nous n’en avions pas besoin !). Bref, à la fin de notre engueulade, il me dit :
- “Si vous n’êtes pas content, vous pouvez partir !“
- “Ah oui ? Et bien je fais mes valises immédiatement. Mais à ce rythme là, il ne va plus rester beaucoup de clients (nous étions les seuls de l’établissement) ! Il faudrait être un peu plus généreux et commerçant si vous voulez être hôtelier“.
Et me voilà à 20h00 annonçant à mes enfants que nous quittions l’hôtel. “On va où ?“ me demanda mon fils ? “Je n’en sais rien…“
J’ai appelé mon ami Wilfried (j’ai des amis partout, c’est pas beau ça ? Même perdu le soir dans un pays du Tiers Monde, j’ai encore de la ressource !) qui m’a dit (trop content que j’ai réglé son compte à son ancien tourmenteur) : “j’arrive dans 10 minutes !“. 1 heure après (l’équivalent de 10 minutes en Afrique), il est arrivé avec son grand sourire pour me venir en aide.
Nous avons atterri dans une “auberge“ où je n’aurais jamais accepté de dormir si je n’avais pas été dans la panade : je ne vais pas vous la décrire par le menu détail. Les portes des chambres (voir photo) sont en fait des portails géant en métal qui se ferment avec deux gros loquets. Il n’y a pas d’eau et on se lave à l’aide d’un seau, les portes ne ferment pas mais… il y a la clim ! Qui fait le bruit d’une moissonneuse batteuse en plein travail mais cela suffit : je suis trop content d’avoir trouvé une solution à mon problème grâce à Wilfried. La patronne de l’établissement n’en revenait pas : 3 blancs dans son établissements, du jamais vu !
Nous nous sommes endormis en 5 mn après nous être lavés les dents près d’un robinet sortant d’un mur. C’est l’Afrique ! Pleine de surprise !














