Il y a des tournages “magiques“ et d’autres qui ne le sont pas. Il ne faut pas chercher à comprendre. Ce n’est pas la faute de l’équipe, du journaliste, du lieu, des personnes en face de vous… C’est inexplicable mais “rien“ ne se passe et la petite étincelle qui peut mettre le tournage sens dessus dessous ne vient pas. C’est ainsi. A Cucuron, tout était réuni pour que le tournage soit catastrophique et il demeurera un de mes meilleurs souvenir de TV pour la 3. A Martigues, tout était là pour faire un bon sujet mais tout s’est déroulé… comme prévu et je réalise que je préfère l’imprévu, l’improvisation à la trop grande préparation. On a tourné exactement, plan par plan tout ce que j’avais imaginé et lors du montage, je n’ai pas vu d’étincelle jaillir à l’écran.
Pourtant, tout avait commencé sur les chapeaux de roues (au sens propre) quand le preneur de son me proposa de m’emmener à Martigues en moto. Etant motard, je n’ai pas hésité une seconde : plus vite arrivé, plus vite reparti. Ce fut le cas.
Sur une moto de course qu’il avait débridée lui-même pour la pousser à 200 chevaux, on est en droit de parler de vitesse… Au départ, il m’a expliqué : “tu as des poignées pour te tenir“ ce qui en langage motard signifie : “tu ne me touches pas et je ne veux pas sentir tes grosses mains sur mes hanches, vu ?“. Je les ai tenues ces poignées ! Je les ai serrées… A chaque accélération de son engin, j’avais peur de tomber sur l’asphalte. A chaque virage, je sentais une de mes fesses dans le vide et il me fallait, précautionneusement, me repositionner sur la selle sans faire perdre l’équilibre à mon chauffeur/chauffard. Un rapide regard sur le compteur qui affiche 200 km/h et je replace ma tête casquée derrière la nuque du pilote en essayant de me souvenir d’une prière apprise au catéchisme.
J’ai les bras tétanisés à force de tenir la poignée du bolide et j’ai envie de serrer fort dans mes bras l’homme assis devant moi en pleurant. Le sang ne passe plus dans mes phalanges depuis un petit moment et je regarde avec dépit le panneau de sortie “Martigues centre“ nous passer sous le nez. Je tapote (en lâchant une main) l’épaule du monsieur et je hurle pour qu’il m’entende “C’ETAIT LA SORTIE !!!“. Il hoche la tête pour me signifier qu’il a compris. Je suis bon pour quelques kilomètres de plus…
Pendant ce rab de trajet, je me demande intérieurement ce qu’il arrive aux doigts lorsqu’ils ne sont plus irrigués ? Ils tombent ? Se nécrosent ? Pourrais-je un jour taper de nouveau sur le clavier d’un ordinateur ou devrais-je me servir d’un logiciel adapté aux polyhandicapés lourds qui me permettra de dicter à la machine mon texte ? Je pense à la mort aussi. Beaucoup. Y aura-t-il du monde à mes obsèques ? France 3 offrira-t-elle une couronne (après discussion au Comité d’Entreprise afin de savoir si, en tant que personnel extérieur à la chaîne, j’y ai droit) ? Mes amis seront-ils là ? Mes ex (la SNCF aura affrété un TGV spécial) seront-elles tristes ou bien satisfaites de ma misérable fin ? Les représentants de Kawasaki auront-ils eu la décence d’envoyer quelqu’un pour suivre le cortège ?
Alors que ces questions se bousculent dans ma tête, je sens le moteur se couper. Nous sommes arrivés sur le petit port de Martigues. Christophe descend le premier et entreprend ensuite de décrocher un par un les doigts incrustés dans sa machine. “Ça va ? T’es tout blanc ? Pourtant, j’ai fait gaffe à pas aller trop vite comme je te connais pas…“ Le pire a été de penser à ce moment-là… au retour. Maintenant qu’il me “connait“, va-t-il tenter de franchir le mur du son ?
Je repars jeudi à Berres-les-Alpes un petit village au dessus de Nice et je suis bien décidé à retrouver l’ambiance de tournage de Cucuron. Bien sûr, j’ai préparé mon passage mais je me laisserai guider par mon feeling et peut-être alors, qu’une étincelle mettra le feu aux poudre. Une chose est sûre : j’y vais en voiture de location.












