Une carte postale de la Foire de Marseille avec… par BrokenArmsCompany
Edito du 27 septembre, rédigé pour News Of Marseille
Le changement dans la vie permet de s’aérer la tête, de prendre du recul, de se poser les bonnes questions en adoptant un nouvel angle de vue. Le statut quo, l’immobilisme ou tout simplement les habitudes ne facilitent généralement pas la réflexion et la remise à plat.
Avoir toujours le même canapé dans son salon avec les mêmes cadres fixés au-dessus ne favorise pas la sérénité ni la régénérescence des idées. On a vite l’impression de vivre dans un musée – Ikea ou d’art moderne suivant nos niveaux de vie – et on s’enferme alors dans un morne quotidien qui ne peut que ternir avec le temps et favoriser le développement de l’oligophrénie. Il en est de la décoration intérieure comme de la politique et les « longues carrières » comme les « longs mandats » ne favorisent pas l’éclosion d’idées nouvelles.
Que le Sénat ait basculé à gauche dimanche dernier doit être vu comme un bienfait pour la démocratie. Que l’on soit de droite ou de gauche, ce qui est décrit comme un séisme politique par des médias manquant cruellement de vocabulaire, devrait nous placer dans un état d’alacrité et de fierté rare.
Il n’est pas normal, en effet, qu’une Chambre aussi importante que le Sénat, n’ait JAMAIS, dans l’histoire de la Ve république été gouvernée par la gauche. Ce ne peut être sain pour le bon fonctionnement de nos institutions. Ce qui est vrai pour le Sénat l’est pour certaines villes ou collectivités qui n’ont jamais connu l’alternance. Certaines villes historiquement communistes, socialistes ou de droite gagneraient à connaître l’alternance afin de renouveler les équipes, expérimenter d’autres territoires, défricher de nouvelles idées.
Comment imaginer qu’une entreprise ou une équipe de football puisse continuer à gagner des marchés ou des matches avec les mêmes joueurs, les mêmes cadres dirigeants, la même stratégie pendant des années ? Au bout d’un certain temps, vous verriez les joueurs ralentir leur course, les ouvriers perdre leur motivation pour se lever le matin et la productivité sur le terrain ou derrière les machines-outils péricliterait durement. Le FC Barcelone qui aligne la plus belle époque de football de tous les temps ne gagnera plus de titres si elle ne se renouvelle pas dans le futur. C’est à ce prix qu’elle dénichera le successeur de Lionel Messi ou de David Villa. Il en va de même pour la politique. Comment imaginer un maire en poste depuis 20 ans, un président de conseil régional, de communauté urbaine ou de conseil général entasser les mandats tout en s’inscrivant dans une dynamique ? Il est obvie que non.
C’est ainsi qu’il est à féliciter une personnalité comme Bertrand Delanoë à Paris qui a décidé de limiter le nombre de ses mandats à la tête de la ville de Paris à deux. Courageux quand on sait que le Maire de Paris serait donné largement gagnant s’il était candidat à sa propre succession en 2014.
Le pouvoir est quelque chose d’ardu à appréhender lorsqu’on ne le détient pas. Avec le temps, il vous déconnecte de la réalité et vous pouvez alors imaginer qu’une ville, un département, une région, un pays, vous appartient.
George Frêche était persuadé que Montpellier et la région Languedoc-Roussillon étaient à lui. Paris a longtemps été le pré carré de Jacques Chirac, et plus près de chez nous, George Rosso est le maire communiste du Rove depuis… 40 ans. C’est – pardonnez-moi cette diatribe qui ne vise point l’action d’un des derniers communistes locaux – une aberration que de voir des villes ne faire qu’un avec leurs édiles. Comment peut-on encore prétendre qu’on est au service de ses concitoyens après 40 ans de présence sur le trône ? Á 81 ans, pensez-vous que l’on peut préparer de manière claire et lucide, une ville aux défis du futur ? Il existe des tas de Monsieur Rosso en France. Tous n’ont pas 81 ans, mais beaucoup ont perdu la flamme qui les avait portés sur la plus haute marche du podium et ils contribuent par leur présence inextinguible à abâtardir la vie politique française.
Personne n’est propriétaire de son mandat et nos hommes politiques, de tout bord, gagneraient à comprendre que la France irait mieux si les cartes étaient plus fréquemment redistribuées.
Chaque année, au mois de septembre, nous nous réunissons avec d’anciens camarades de l’école de commerce, à Castries, dans le Languedoc, pour célébrer la mémoire d’un des nôtres aujourd’hui disparu. Pas loin de 20 ans que François Durand de Fontmagne s’est bêtement noyé à Yellowstone, un parc national américain. On a jamais retrouvé son corps mais sa mémoire est en chacun de nous. Bon vivant, amoureux de ses copains avec qui il ne faisait qu’un, c’est tout naturellement que nous lui rendons hommage chaque fin d’été dans la propriété de ses parents autour de sa famille qui nous accueille pour LA partie de foot de l’année que nous disputons après avoir dégusté une grande paella avec nos familles. L’ambiance est festive, la météo au beau fixe, les sourires barrent tous les visages, heureux de se retrouver année après année. Les enfants jouent entre eux, profitent de la piscine, grandissent ensemble… On se croirait dans un film de Claude Sautet.
On parle de révolution pour expliquer la rotation de la Terre autour du Soleil tous les 365 jours. Notre révolution à nous, est ce rendez-vous entre copains. Je ne prends pas un an de plus à la date de mon anniversaire au mois de juillet mais chaque début du mois de septembre, au milieu de mes amis.
C’est Philippe Leca qui se charge d’organiser et de planifier cette réunion de dinosaures venus avec femelles et petits célébrer le sport préféré de “Fonfon“, comme on l’avait surnommé. Quelle partie ! Chaque année, nous composons les mêmes équipes afin qu’on ne puisse pas parler de déséquilibre ou de tricherie. Pas de transfert chez nous ! A charge pour chacun de nous de conserver la forme afin de ne pas désavantager son équipe.
Cette année, pour la première fois depuis que ce cérémonial a lieu, nos enfants ont joué avec nous. Cela n’a l’air de rien mais ce petit changement m’a bousculé intérieurement. Sur le terrain, on entendait des “papa, passe-moi la balle !“, des “bien joué mon fils !“ qui n’ont fait que rajouter des rides à nos existences.
Comprenez qu’on ne se voit jamais vieillir : Jean-Charles a toujours eu du bide, David et Jérôme ont toujours eu des physiques d’athlètes, les Philippe ont toujours eu cet aspect adipeux qu’ils promènent sur le champs de patate qui nous sert de terrain alors quoi ? Alors, cette année, nos enfants nous ont renvoyé l’image de ce que nous étions vraiment : des quarantenaires à la recherche de nos souffles après d’intenses courses de 10 mètres. Cette partie a donné lieu également à des conversations cocasses sur le terrain :
Jean : “ça va mon chéri, tu ne t’es pas fait mal ?“
Moi : “pourquoi tu lui parles ? Il est pas avec nous !“
Jean : “oui mais c’est mon fils !“
Moi : “et alors ??? Il N’EST PAS AVEC NOUS !!“
Jean : “c’est vrai, t’as raison. Débrouille toi fiston !“
2 mi-temps de 20 minutes ont suffi à nous placer sur les rotules alors que les “jeunes“ demandaient à prolonger une partie que mon équipe a finalement perdu 2/1.
Au retour, alors que nous roulions dans la voiture, ma fille a fini d’achever mes illusions. Alors que je chantais à tue-tête sur “Banana Split“ de Lio (ce qui, avouons-le, ne contribue pas à mon rajeunissement), elle m’a suggéré un loisir d’une façon bien particulière. “Papa… Puisque tu aimes chanter, pourquoi tu ne t’inscris pas dans une chorale de vieux ?“
Je l’ai puni de TV.
Cet article n’existe que dans le seul but de remonter le moral des trop nombreuses personnes que je croise et qui me disent toutes “pfff… j’en ai marre d’être seul(e)“. Allons les ami(e)s ! Hauts les cœurs ! Battez-vous ! Ne perdez pas espoir ! Regardez autour de vous et vous verrez des choses qui auront le même effet qu’un cachet d’ecstasy. Des couples qui ont autant de choses à se dire que 2 candidats à la primaire socialiste ou bien des couples improbables (voir photo) qui attireront irrémédiablement cette question “mais qu’est-ce qu’elles lui trouvent ?“.
Quand on voit ce monsieur, mi-homme, mi-gorille, lever généreusement le bras dont l’extrémité tient un gobelet rempli d’une boisson sans nul doute alcoolisée, entouré de 4 jeunes filles à la plastique parfaite, on se prend à rêver. Tout devient possible comme disait Nicolas Sarkozy durant sa campagne de 2007. Il avait donc raison, le petit ! TOUT devient possible : on peut être petit, vieux, gras, velu, chauve avec des restes de cheveux gras, avoir de la poitrine et emballer 4 jeunes femmes délicieuses et possédant ce qu’il faut d’esprit.
Certains, plus ouverts d’esprit, ne comprendront pas notre étonnement. “L’amour n’est-il pas aveugle ?“ nous interpelleront-ils en adoptant l’attitude de ceux qui aiment à donner des leçons à leurs semblables. Oui, l’amour est aveugle mais je ne savais pas qu’il était atteint d’anosmie. Car qui peut nier le fait que ce monsieur en maillot de bain/jogging vert olive, dont la ceinture abdominale recouvre généreusement la partie supérieure, sente le chien mouillé et la transpiration ? Cette photo le prouve de manière évidente : les deux jeunes femmes sur la gauche ne se sont pas écroulées pour rien sur le sol et il y a un lien évident à tracer avec le fait que l’oran-outang a levé son bras en découvrant une aisselle chargée. Les sinus des demoiselles ont été alors victime d’un traumatisme violent qui ont provoqué ce que l’on appelle communément des polyposes sinusiennes. Un peu comme le gaz moutarde pendant la Grande Guerre, mais en beaucoup plus foudroyant.
Regardez attentivement la jeune femme brune au regarde coquin qui se trouve au premier plan et qui offre son séant à celui que nous appellerons Greystoke. N’a-t-elle pas l’air épanouie et joviale ? Heureuse à l’idée que, peut-être, l’homme singe lui fera cadeau d’un enfant dont elle fera don à son tour à une animalerie ou un laboratoire afin que la recherche avance. La belle âme que voilà…
Et la jeune personne qui se trouve debout dans un magnifique maillot de bain panthère, affichant un sourire mutin : n’a-t-elle pas l’air fière de poser à côté de celui que nous appellerons King Kong ? Elle visualise le visage radieux de ses parents, qui se font tant de soucis à son égard depuis qu’elle a arrêté ses études en 5e, quand ils découvriront cette photo. Elle imagine son vieux père tendre le cliché à sa femme en lui glissant : “tiens, regarde maman… On a reçu une photo de TA fille… Je crois qu’elle est sur la bonne voie et qu’elle a trouvé un bon mari. Je descends au bistrot…“
Elle est heureuse car elle sait que, jusqu’à maintenant, ses parents ne cautionnaient guère sa vie de patachon et qu’ils nourrissaient de sérieux doutes quant à sa capacité de se tenir en société. Ah la belle revanche que voici ! Elle sourit à cette vie qui l’a mise sur la route d’un bel homme plein d’entrain et de savoir vivre. On sent sur cette photo qu’elle réalise enfin son rêve de petite fille : trouver le prince charmant et rester à ses côtés le reste de sa vie.
Voilà, j’espère que cette information vous aidera à voir le bon côté des choses et que vous sourirez, vous aussi, à la vie et que vous la croquerez à pleine dent.
Edito du 21 septembre pour News Of Marseille
Ça craint comme titre quand on est rédacteur en chef d’un magazine qui donne la parole chaque semaine à des hommes et des femmes qui font de la politique. Le peu de crédibilité que je détenais vient de s’envoler mais vous commencez à me connaître, non ? Crains degun ! Et puis je n’arrive pas à faire semblant aussi je vous le dis sans ambages : je ne comprends plus rien à la politique. Du reste, j’ai l’impression de ne pas être le seul dans ce cas puisqu’un récent sondage indique que 44% des français ne croient plus ni en la droite, ni en la gauche pour les sortir de la situation dans laquelle nous sommes coincés. Pas loin d’un français sur 2…
Il faut dire que les politiques ne nous aident pas beaucoup à y voir clair. Il y a 6 candidats chez les socialistes avec des personnalités aux profils et programmes radicalement différents. Entre un Arnaud Montebourg qui aurait pu prendre sa carte du Parti de Gauche, Manuel Valls qui aurait pu prendre celle de l’UMP, Jean-Michel Baylet qui aurait mieux fait de se présenter à la présidence de la Fédération Française de Rugby, Ségolène Royal et ses “visions“ quasi christiques pour la France, Martine Aubry et François Hollande qui semblent aussi copains que les frères Gallagher, avouez qu’il y a de quoi y perdre ses chatons.
Ajoutez à cette gauche dispersée, la probable candidature de Jean-Pierre Chevènement pour le MRC (dont je ne suis pas certain qu’il ait récupéré toutes ses facultés mentales suite à son accident anesthésique), Jean-Luc Mélanchon et les communistes réunis sous une bannière commune (alors que Mélanchon a passé toute sa carrière politique au PS) et vous conviendrez qu’il y a de quoi y perdre ses chiots.
A droite, tout le monde sait que Sarkozy est en campagne mais personne n’ose dire qu’il sera candidat à sa propre succession. Cela en est risible et sur les plateaux de télévision, les ministres rivalisent de subtilités et de contorsions pour éviter de tomber dans le piège que tous les journalistes leurs tendent. Une sorte de jeu du “ni oui/ni non“ mais adapté à la présidentielle : celui qui dira que Monsieur Sarkozy est candidat perdra son portefeuille au prochain remaniement (ce qui ne devrait pas tarder au rythme où s’enchaînent les scandales financiers). Mais vous avez aussi à droite d’autres candidats qui se présentent pour ennuyer le président ou bien pour négocier quelques sièges de députés ici et là. Dans ces rôles, on retrouve le bagagiste Dominique de Villepin, Sainte Christine de Boutin ou bien encore Nicolas Dupont Aignan qui pourrait organiser son université d’été dans une chambre de bonne.
Mais je crois que c’est au centre, que j’y comprends le moins : j’avais appris en géométrie qu’il ne pouvait y avoir qu’un seul centre mais je découvre que c’est faux. Vous avez le vrai centre de Bayrou, le faux centre de Borloo, le Nouveau Centre d’Hervé Maurin et le centre gauche de Jean-Marie Bockel (qui était au PS auparavant)… Au secours !!
Et ce n’est pas fini. Chez les Verts (que l’on dénomme EELV car aucun des 2 partis le composant n’a voulu se mettre d’accord pour trouver un nom qui sonne bien), vous avez Eva Joly qui a gagné les primaires de son parti mais vous continuez d’entendre Nicolas Hulot qui est encore plus bruyant depuis qu’il les a perdues. Et puis vous avez aussi un type qui s’appelle Jean-Marc Governatori qui représente… lui-même et quelques copains au sein de l’Alliance Ecologiste Indépendante. Il a pourtant un nom de famille qui sonne bien quand on souhaite occuper un poste à responsabilité mais malheureusement, il y a fort à craindre qu’il n’arrive pas à obtenir ses 500 signatures.
Heureusement qu’il y a le Front National et le NPA pour qu’on retrouve ses repères (ses chatons et ses chiots). Quoique le NPA a corsé les choses en virant Olivier Besançenot que tout le monde connaissait et appréciait médiatiquement pour le remplacer par…Philippe Poutou… ben voyons… Cela aurait été trop simple !
Je ne voudrais pas oublier un candidat qui contribue à la clarté des débats : Frédéric Nihous du CPNT (Chasse, Pêche, Nature et Tradition) dont tout le programme tient dans son appellation mais aussi Gérard Shivardi (Parti Ouvrier Indépendant) qui “réfléchit“ à sa possible candidature (ça risque de prendre du temps) et Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière) qui est à Arlette Laguiller, ce que Gignac est à Mamadou Niang.
Voilà, je crois n’avoir oublié personne et si c’était le cas, je m’en fous. Je n’y comprends déjà rien et le simple fait d’avoir rédigé ce papier m’a filé un mal de crâne à peu près équivalent à celui d’un candidat de Secret Story à qui l’on demanderait d’avoir un avis sur la crise de la dette.
Les médias ne nous aident pas beaucoup non plus : désormais, il est de bon ton d’interroger les candidats potentiels sur leurs velléités de candidatures pour… 2017 ! Et les sondages pleuvent avec des noms comme Fillon, Coppé, Bertrand… Tout cela vient s’ajouter au gloubiboulga déjà peu digeste que les cuisines des partis nous préparent pour 2012.
Enlevez tous les candidats qui ne se présentent QUE pour négocier quelques avantages personnels (un poste à l’Unesco, une circonscription, un rôle d’ambassadeur pour l’ONU etc.) et ne gardez que ceux qui ont VRAIMENT envie de faire bouger la France et vous vous retrouverez avec pas plus de candidats que de doigts sur la main d’Homer Simpson. Oh punaise !!!
Immobilisé par mon claquage au mollet pour lequel je me suis résolu à consulter un praticien lundi prochain, j’ai pensé m’inscrire dans une salle de sport afin de ne pas rester inactif et profiter de ce repos forcé pour renforcer une musculature abdominale en RTT depuis des années. J’ai donc recherché les différentes salles de sport qui se trouvaient non loin de mon domicile et je suis même allé en “essayer“ une jeudi dernier.
Je fus accueilli par 2 accortes jeunes filles manucurées, piercées de (faux) diamants et chaussées de talons hauts. Je croyais m’être trompé et avoir pénétré dans un salon de coiffure mais je fus rassuré quand l’une des deux jeunes filles dégaina un sourire Ultra Brite qui m’immobilisa dans le hall. A l’entendre s’exprimer, j’ai tout de suite saisi que j’avais affaire à une “locale“. Son accent sentait bon la garrigue, la farrigoule et le chewing gum à la chlorophylle qu’elle mâchait généreusement en battant des paupières enveloppées de faux-cils.
Je ne me sentais pas à l’aise malgré l’accueil courtois qui me fut réservé. Trop de sourire, trop de maquillage et trop de parfum bon marché : cela ne signifiait rien de bon. Je demandais à la jeune femme qui pourrait servir de définition au mot “cagole“, à visiter les installations tout en lui expliquant le plus simplement du monde afin qu’elle me comprenne bien, que je m’étais blessé à la course à pied et que je désirais pratiquer la musculation afin de ne pas laisser mon corps à la dérive sur une mer de beurre et d’huile de friture.
“On va s’assoir d’abord ?“ me lança l’impétrante en m’invitant à prendre place sur une banquette en skaï orange. “Je n’ai pas beaucoup de temps“ tenais-je à préciser afin de ne pas me retrouver à passer une plombe à écouter l’argumentaire commerciale qu’elle s’apprêtait à dérouler. Bingo. Elle a démarré fort la bougresse ! Au quart de tour et sans que je ne comprenne d’où elle la sortait, elle a posé sur la table nous séparant une feuille d’adhésion ! J’avais affaire à une disciple de Gérard Majax.
Elle tenta de piéger le renard que je suis en m’expliquant que “justement, ça tombe bien que vous veniez aujourd’hui car c’est le dernier jour pour bénéficier d’une promotion incroyable si vous vous abonnez pour un an“… A moi… Elle me sort cela, à moi… J’ai inventé cette technique il y a des années quand j’étais stagiaire chez Nasa Electronics (une enseigne qui a mystérieusement fait faillite après mon passage parmi le personnel non rémunéré)… La fameuse technique du “aujourd’hui, c’est le dernier jour pour vous faire bénéficier de cette offre“ que l’on peut aussi trouver sous cette variante “justement, il y a aujourd’hui notre directeur général qui est EXCEPTIONNELLEMENT présent et à qui je vais demander s’il peut vous faire une remise EXCEPTIONNELLE“.
Je demandais à la charmante (mais gonflante brunasse) à visiter les locaux en lui précisant que je ne signerai rien aujourd’hui. Cela ne sembla pas ravir la créature qui fut soudainement moins charmante et plus économe en sourires. Et c’est alors qu’elle me fit pénétrer dans la salle de muscu… Des appareils d’un autre âge attendaient que l’on mette en mouvement leur mécanique hydraulique. 4 hommes démesurément musclés s’entraînaient à soulever des altères. Le short était menu et moulait un appareil reproductif tout aussi menu. Un tee-shirt que j’ai cru déchiré avant de me rendre compte qu’il était juste échancré, tentait de faire paravent aux muscles saillants qui s’agitaient sous la fine couche de textile. Ils étaient bronzés, ils étaient beaux et ils me dévisageaient d’un regard que je n’arrivais pas à déchiffrer tant il était abscons. Je suppose qu’ils ne comprenaient pas la présence d’un homme en costume avec le physique d’un joueur de ping-pong, dans LEUR espace de musculation.
Je me suis imaginé m’entraîner à leur côté. Ma petite serviette éponge autour du cou, mon tee-shirt “NYPD“ trempé de sueur, essayant de tirer avec mes bras flasques une barre métallique chargée de poids sous leurs yeux intrigués et moqueurs. J’ai renoncé. Je suis sorti de la salle à reculons, vaincu par la peur du ridicule, anéanti par la vision de ces corps musculeux qui triomphaient de ma lâcheté.
Je sortis la tête basse de l’établissement non sans glisser benoîtement à Miss Marseille que “je repasserai car il faut que j’y aille“…
Je suis rentré chez moi et j’ai rebranché la Wii Fit qui m’a salué d’un “bonjour Jeff, tu ne t’es pas entraîné depuis 458 jours“… Même la console de jeux se moque de moi… Foutu mollet.
