Edito du 25 janvier 2012 pour News of Marseille
J’ai adoré vivre la semaine qui vient de s’écouler. Nous avons eu enfin de l’actu à se mettre sous la dent ! De l’info comme j’aime, de quoi ouvrir des débats et des discussions à n’en plus finir : on a découvert une bombe enterrée et on l’a fait péter au large. Fantastique !
Je n’avais pas ressenti de telles émotions depuis l’interview du chien d’Eric Gerets, entraîneur de l’Olympique de Marseille, en Une de La Provence en 2008 (je vous jure que c’est vrai).
La ville n’a parlé que de ça et tous les médias étaient partagés entre deux sujets de fond : une vieille bombe découverte sur un chantier et les rescapés du Concordia qui ont tous déclaré à peu près les mêmes choses aux micros qu’on leur tendait et qui ont ensuite été diffusées en boucle sur les différents canaux d’information que notre ville compte.
Mais la bombe… ah ça ! C’était un sujet en or pour relancer des ventes qui s’essoufflaient malgré les efforts conséquents de la pègre qui fait ce qu’elle peut pour fournir hebdomadairement nos médias en macchabées et autres règlements de compte sanglants. Y’a bien un moment où il faut laisser reposer les kalachnikovs et prendre un peu de repos avant de se lancer à nouveau dans des braquages de bijouteries qui sont à Marseille ce que les Bêtises sont à Cambrai ou les andouillettes à la ville de Vire.
Je n’ai pas compté les unes et les ouvertures de nos journaux télévisés consacrées à cette bombe made in USA qui attendait depuis 70 ans de jouer les vedettes (américaines). Tout a été dit, tout a été fait sur “comment on allait l’enlever“, “où on allait la mettre“, “les RISQUES encourus par la population“, “les risques pour la faune“…
Jean-Claude Gaudin (que l’on voit si peu lorsqu’il s’agit d’évoquer des explosifs plus récents comme le Semtex ou le C4 qui servent aux attaques de fourgons blindés) était PARTOUT, expliquant à qui veut l’entendre que “toutes les précautions ont été prises pour que la population ne soit pas exposée à un quelconque danger“. Ouf… Cela m’a rassuré. Surtout que, depuis qu’il est présent dans la vie politique marseillaise, on peut supposer qu’il l’a vu tomber cet obus et que donc il maîtrise le dossier. Je l’ai même vu décrire comment les autorités allaient s’y prendre pour que les poissons ne soient pas importunés (et éventuellement éventrés) par l’explosion de cette machine infernale.
Dès mercredi matin, alors que je pratiquais mon jogging bi-hebdomadaire, je voyais des journalistes positionnés sur la Corniche pour signer des images qui allaient peut-être faire le tour du monde (uniquement si les choses tournaient mal). Ils se gelaient dans ce froid mordant des petits matins de bord de mer mais il fallait obéir au rédacteur en chef qui leur avait demandé d’être les témoins d’un événement comme la ville n’en connaît que trop rarement et qui sait… avec un peu de chance, la bombe ferait sauter le bateau la transportant et alors là… CNN, Fox News, Chasse&Pêche, iTélé… la gloire !
La bombe a sauté à “exactement 15h40“ nous a rapporté un grand quotidien comme si l’horaire avait une grande importance ici. C’était indiqué en gros caractères gras en Une du journal. Il n’était pas 14h15, 15h42 ou même 16h10, non ! Il était 15h40 ! (enfin, à la montre du journaliste. Si ça se trouve il était 15h38, et là, ça change tout).
J’ai alors pensé à cette jolie journaliste brune qui se reconnaîtra et qui était debout à côté du pied sur lequel était fixée sa caméra. Elle tentait de se réchauffer dans sa parka en discutant avec des photographes qui eux aussi se tenaient debout devant leurs appareils. Ils ont dû attendre jusqu’à 15h40 pour filmer au loin un bateau de la Marine faisant exploser à l’aide d’un gros pétard une bombe vieille de 70 ans à 80 mètres de profondeur…
J’espère qu’elle n’aura pas attrapé froid et qu’elle sera d’attaque demain pour aller interviewer le hamster de Didier Deschamps.














