Il faut tout de même que je vous conte les conditions de tournage de cette superproduction… Elle s’est faite avec du public puisque nous avons tourné non loin d’un parking où les randonneurs parquent leurs véhicules avant d’emprunter les sentiers sur lesquels nous tournions.
Rémy, ma créature, a, une fois de plus, assuré grave en s’habillant de la sorte devant les yeux effarés des passants ne sachant pas très bien si nous tournions un documentaire sur les travestis ou bien un film pornographique à petit budget. Nous avons dû refaire des prises car je ne pouvais m’empêcher de rire à la vue de Rémy courant et escaladant les monticules de roche et de terre. A la fin, j’ai préféré m’éloigner pour laisser faire le cadreur…
Et moi qui hurlais à son attention : “Manon, je t’aime, je veux te marier !“… Mais jusqu’où ira-t-on ?! Et dire que c’est avec de l’argent public que nous commettons de tels crimes…
Quand je mets en scène Manon des Sources par BrokenArmsCompany
L’après-midi de cette même journée où j’avais croisé la route de ce couple d’origine maghrébine, j’avais rendez-vous avec Nicole, la psychologue qui accepte de m’écouter depuis maintenant… 9 ans ! J’ai fait des pauses ceci dit au cours de notre “relation de travail“. C’est d’ailleurs pendant une de ces longues pauses que ma vie a chancelé aussi je me suis promis de ne plus lui lâcher “complètement“ la main.
Au cours de cette séance (que je vois plus comme un entretien, une discussion entre 2 amis), je lui ai raconté mon désarroi de ne pas avoir pu aider ce couple. Je lui ai raconté par le menu détail, comme je le fais avec vous, le triste spectacle auquel j’avais assisté quelques heures auparavant et je lui ai parlé des 200 € que j’avais pensé donner à ces gens. Elle a posé un silence (elle est hyper balèze pour poser des silences qui sonnent comme des cloches, un lundi de Pâques) et elle m’a dit : “tu es vraiment tout petit. Ta vie est étriquée, que ce soit quand tu as des projets professionnels ou bien que tu veux aider ton prochain, c’est toujours trop petit.“ Je ne sais pas comment cela s’appelle en psychothérapie mais j’appelle cela une claque. La bougresse a poursuivi en essayant d’édulcorer ses propos car elle voyait bien que j’étais à 2 doigts de m’évanouir. “Pourquoi te contenter de les aider petitement ? Tu es fait pour accomplir de grandes choses ! Quand tu es amoureux, tu fais des choses folles, grandioses, tu escalades des montagnes alors pourquoi être si petit dans les autres pans de ta vie ?“ J’ai eu l’impression de comprendre un truc (ce qui est rare avec elle) et j’ai écourté ma séance pour traverser toute la ville, juché sur mon scooter afin de retrouver la trace de ce couple.
Je suis retourné à la banque mais le guichetier n’était pas là. Son remplaçant insistait pour me venir en aide mais je lui répondais qu’il fallait que je parle à son collègue et que j’attendrai le temps qu’il faudra. Mon cœur était en joie à l’idée de “rattraper“ ce que j’avais loupé le matin même. Nicole avait eu raison, il fallait que je sois “grand“ ! Ce n’était pas 200 € dont j’allais leur faire cadeau, mais beaucoup plus ! Me retrouver dans la peau du bon Samaritain est un sentiment difficilement explicable mais disons que cela fait énormément de bien.
Quand le guichetier du matin est revenu à son poste, je lui ai alors expliqué l’objet de ma visite : je cherchais à retrouver la trace d’un couple qu’il avait vu le matin même. A mon grand désespoir, il a été incapable de me fournir un nom. Il n’avait pas le droit de le communiquer. J’ai eu beau lui expliquer que c’était pour aider ces gens, il n’a pas pu/voulu se souvenir de leur nom. “J’en vois tellement des gens toute la journée !“ m’a-t-il répondu en guise de point final. Je lui ai précisé que ces gens là étaient particuliers : ils avaient des difficultés financières. Il a souri et a ajouté “si vous saviez le nombre de gens qui ont des difficultés financières en ce moment…“
J’étais battu. J’étais abattu. Je ne les avais pas retrouvés…
La morale de cette histoire (si toutefois on doit en trouver une) est qu’il ne faut pas réfléchir quand on veut faire le bien et aider son prochain. Je me suis persuadé qu’ils prendraient mal cet argent dont je voulais leur faire don et si… et s’ils les avaient pris en me remerciant 1000 fois de ce cadeau venu des cieux ?
J’y pense souvent et j’ai des remords de ne pas avoir agi. Si un jour, vous ressentez le besoin d’aider quelqu’un, comme ça, gratuitement, n’hésitez pas : foncez. Comme disait Sénèque, “nul châtiment n’est pire que le remords“ mais je terminerai avec cette citation de George Bernard Shaw que je mettrai en pratique dorénavant : “pour éteindre le remords, il n’est que de renouveler souvent l’acte qui l’a fait naître“.
Je vais vous raconter une histoire que j’ai vécue et que j’ai un peu hésité à vous conter car cela aurait pu être pris pour une mise en avant de mes bons sentiments, une publicité un peu tapageuse sur ma moralité et les bonnes actions que je tente de mener afin de compenser le côté obscur qui m’habite. Et puis, je me suis dit qu’en le racontant ici, peut-être inspirerai-je mes contemporains et que je les entraînerai dans un joli chemin nommé solidarité.
Je me trouvais l’autre jour dans le hall d’une banque avec un gros chèque à déposer à la main. J’étais fier et heureux à l’idée de déposer ce petit bout de papier sur mon compte bancaire. Il allait me permettre de solder mon prêt immobilier, oui mais voilà… tout ce bonheur fut gâché par un couple d’arabes qui se trouvait au guichet devant moi. Lui était grand, vêtu d’un bleu de travail, il portait des baskets tachées de plâtre et de peinture quant à elle, elle portait un voile qui lui couvrait les cheveux. Je ne voyais pas bien le visage de l’homme qui me faisait dos mais très bien celui de la jeune femme qui se tenait en biais par rapport à la banque d’accueil. Il parlait doucement mais on sentait de la détresse dans chacune de ses paroles. Il parlait calmement mais le guichetier, lui, parlait trop fort pour que je ne puisse pas me rendre compte de leur situation personnelle. Ils avaient de graves difficultés financières. Les mots “saisie sur salaire“, “huissier“ raisonnaient fort dans ce hall. Le guichetier n’était pas méchant ni agressif et il tentait d’expliquer à ce couple pourquoi leur carte bancaire avait été avalée et ce qui les attendait dans les jours qui allaient suivre s’ils ne déposaient pas rapidement de quoi alimenter leur compte.
Je me souviens très bien du visage de la jeune femme qui semblait toute petite à côté de ce grand homme : elle le regardait en levant la tête avec des yeux emplis d’inquiétude. L’homme s’exprimait fort bien et tentait d’apporter des solutions au banquier qui lui faisait face mais celui-ci ne semblait guère convaincu par les arguments déployés avec l’énergie du désespoir. La femme avait un de ses poings ramené devant sa bouche et elle tenait entre ses dents son index replié comme pour contenir la rage de se retrouver dans une telle situation.
Et moi… Moi je culpabilisais ou plutôt non, je réalisais que j’avais devant moi un échantillon des gens dont j’entends parler à la télévision, le soir au journal et de qui j’avais pris l’habitude de dire : “les médias exagèrent, il n’y en a pas tant que ça et puis, ils n’ont qu’à bosser ou moins dépenser d’argent en écran plasma et fringues de marque“. Je ne sais pas si ce couple possédait un écran plasma dans leur salon mais il ne portait rien de très élégant sur eux et je suis à peu près certain que leur frigo était vide.
J’ai eu envie de faire quelque chose. Retirer de l’argent et leur donner un peu de répit ? Combien ? 150 ? 200 € ? “Oui, il faut que je fasse ça“ me suis-je dit et puis… je n’ai pas osé. J’ai eu peur qu’ils prennent cela pour de la pitié et qu’ils réagissent avec véhémence, surtout que je n’étais pas le seul témoin de leur misère dans ce hall froid et impersonnel d’une agence du CIC.
Alors je n’ai rien fait et je les ai laissés sortir de la banque aussi pauvres qu’ils y étaient entrés. Et puis j’ai pu déposer mon gros chèque, solder mon prêt bancaire, et repartir de l’établissement financier plus riche que j’y étais entré.
J’ai peur d’avoir été trop long aussi je vous raconterai la suite demain. J’ai envie de prendre le temps de vous raconter cette histoire pour laquelle je souhaite être bavard.
J’aime beaucoup ce micro-trottoir que j’ai trafiqué. Je suis allé demander aux aixois pourquoi ils n’aimaient pas les marseillais… Enfin, ce n’est pas exactement la question que je leur ai posée ! La réponse à la fin.
Pourquoi les aixois n'aiment pas les marseillais ? par BrokenArmsCompany
Après le climat humide et polaire de la Normandie, je m’apprête à traverser la France entière pour aller à Cannes où une équipe de France 3 Lyon m’attend dans un hôtel de la ville. Je vais avoir une soirée avec eux pour les faire pénétrer dans mon étrange univers. J’ai essayé de les prévenir par téléphone que je n’étais pas un journaliste type “France 3“ et que ce que je faisais était très décalé mais je ne suis pas certain que mon interlocuteur ait saisi la nuance.
Au programme de Cannes, je vais me moquer des vieux, des riches, des gens de cinéma et des clients odieux fréquentant les grands hôtels. Retour mardi après-midi pour préparer mes prochains tournages à Cavaillon jeudi où je partirai avec la fille d’un ami qui a envie de voir comment se passe un tournage côté coulisse. Elle ne va pas être déçue…
Cette semaine, pas d’émissions en plateau car durant les vacances, ce sont des best of qui seront diffusés chaque jour à 13 heures. Hervé Lavigne est parti décompresser à New York et moi… je prends de l’avance en tournant des sujets qui seront diffusés dans les prochaines semaines. Dans quelques jours, je partirai en Corse faire le tour de l’île en moto et j’ai hâte d’y être pour souffler un peu. Même si je n’ai plus la responsabilité du journal qui m’enlève une lourde charge de travail, je ne chôme pas complètement et c’est tant mieux. J’ai horreur du vide et je ne supporte pas de rester sans projet.
Je viens d’ailleurs de finir de tourner un clip “rigolo“ pour le départ de mon ami Nicolas Chabert de la présidence du CJD. Il m’a demandé cela comme un service et c’est bien volontiers que nous nous y sommes mis avec Cyril Chauvin. Perruque, costumes, maquillage… nous avons interprété une galerie de personnages hauts en couleurs que Nicolas découvrira lors de sa “soirée prestige“ en présence de tous les édiles que compte la ville. Je serai heureux de ne pas être dans la salle ce soir là…
Aujourd’hui, alors que je me trouvais en villégiature à Trouville sous le crachin normand, j’ai reçu un appel ensoleillé de Gérard, un de mes anciens “élèves“ quand je me trouvais au Bénin. Il m’a rapidement expliqué dans un langage mélangeant le fon (dialecte local) et un français approximatif (visiblement, il a tout oublié des leçons que je lui ai patiemment apprises) que je devais le rappeler “urgemment“ (le forfait téléphonique est astronomique pour eux… pour moi aussi du reste, surtout depuis un portable).
Je l’ai donc rappelé et, en tendant l’oreille et en me concentrant au maximum de mes possibilités, j’ai compris qu’il m’avait téléphoné pour m’annoncer son passage en 3e ainsi qu’évoquer avec moi son plan de carrière, à savoir : devenir chanteur.
Après un blanc interminable pendant lequel j’ai pensé que nous avions été coupés, je l’ai entendu entonner un chant à ma gloire. Je ne peux pas vous le reproduire ici mais imaginez un instant un chant déclamé, une sorte de parole altérée monocorde qui tournerait en boucle comme un enfant récite ses tables de multiplication, vous voyez le genre ? N’imaginez pas de mélodie ou de refrain : il n’y en avait pas. Les paroles par contre étaient celles-ci :
“Jeff, tu es heureux. Jeff, tu es heureux. Tu es gentil quand tu m’apportes quelque chose. Jeff, tu es gentil quand tu me donnes des choses mais l’an dernier, je n’ai rien eu… Jeff, tu es bon… Tu es heureux (bis) etc.“ (retour à la case départ et cela pendant 4 bonnes minutes).
Suite à cette émouvante mélopée, il m’a révélé le véritable objet de son appel : que je lui envoie des instruments de musique dont notamment, une batterie et un piano. Je lui ai alors parlé de l’encombrement de ces objets à envoyer et j’ai tenté de l’orienter avec tact vers l’harmonica ou le triangle.
Je plaisante mais j’ai trouvé cela touchant qu’à l’autre bout de la planète, un enfant ait inventé une chanson pour moi même si je ne suis pas dupe. Mais comme je le dis souvent aux personnes qui râlent quand on leur parle de “ces africains qui mendient en permanence de l’aide“ : ils n’ont rien, nous avons tout ; il est donc bien normal qu’ils nous demandent de les aider, non ?
Si vous avez des instruments de musique qui ne vous servent pas chez vous, faites passer… Merci.
