Youpi ! Je suis fier de moi ! J’ai été choisi par le premier fabricant mondial d’hélicoptères pour animer l’événement de la rentrée : les 20 ans d’Eurocopter où sont attendues… 80 000 personnes !
Je suis trop content de remonter sur scène devant autant de monde pour essayer de les faire sourire et de tout mettre en œuvre pour qu’ils ne s’ennuient pas. Rendez-vous mercredi matin au siège d’High Co, l’agence de communication qui a été désignée pour organiser cet événement magistral !
Tout se remet en place après ce voyage que j’ai adoré faire à Hong-Kong et qui était le point de conjonction de l’amitié, de la découverte et du repos. Je dois avouer que j’ai vécu un gros coup de mou suite au décalage qu’il y a avec la France et à la relative période de calme qu’offre l’été et qui me file des angoisses nocturnes.
Heureusement, mes petits vieux des “Petits Frères des Pauvres“ m’ont fait retrouver le sourire et la pêche. J’ai effectué des visites chez deux d’entre eux, fait les courses de l’un (son frigo était rempli… d’une bouteille d’eau et d’une plaque de beurre) et animé une délicieuse journée hier dans la bâtisse que l’association possède dans le 14e arrondissement. Je me suis promis d’emmener à l’opéra une assistée qui est passionnée d’opéra depuis toute petite et qui n’en a jamais vu un. Elle en parlait avec beaucoup d’émotion et avec une économie de mots : “quand j’écoute de l’opéra… je peux pas vous dire c’que ça m’fait… j’suis ailleurs… Pourquoi j’y suis jamais allée ? Parc’que ça coûte cher et qu’ j’ai jamais eu les moyens, pardi !“ Je vais m’enquérir des programmes de l’opéra de Marseille et tenter d’exaucer un de ses rêves.
Sur le plan professionnel, cela fait un bien fou d’être “libéré“ de toutes contraintes et de se sentir libre.
Je ne sais pas si le téléphone arabe fonctionne mais je suis assailli de propositions de collaboration plus ou moins intéressantes notamment 2 films pour l’université de rentrée d’ERDF qui se tiendra à la fin septembre pour le compte de l’agence Artkom avec des scénarios très drôles à écrire et à tourner (je vais incarner plusieurs personnages un peu dans le style des spots que j’avais tourné pour la CCI et que ce nouveau client a adoré).
En préparation également, un film institutionnel international pour une société implantée dans le monde entier avec des tournages à Naples, Paris, Hong-Kong (c’est fait pour cette dernière destination), un autre film institutionnel pour le salon de l’automobile à réaliser avec des séquences passionnantes à enregistrer et puis un projet arrivé de nul part concernant la co-écriture d’un long métrage avec un réalisateur parisien que je rencontre fin août afin de vérifier si nos univers s’imbriquent bien. Le pitch du film est très drôle et j’aurais plus à m’occuper des dialogues que de l’histoire, ce qui m’irait très bien.
D’autres projets sont en attente de réponse ou en cours de réflexion dans ma petite tête mais pour l’instant, rien n’est signé ou encore trop frais pour que j’en parle ici.
Ceci va m’obliger à annuler mon séjour en Pologne que je devais effectuer à la fin du mois d’août mais ce n’est pas grave : j’ai la chance de faire un travail passionnant et valorisant. Une dame m’a interpelé mardi d’un “vous êtes Jeff Carias ? J’adore ce que vous faites ! Je vous suis depuis vos débuts sur LCM avec vos reportages et votre émission Les Snipers de l’Info. Je peux vous demander un autographe ?“ A chaque fois, je crois que c’est une blague de copains et qu’ils vont surgir de derrière un abri-bus au moment où je répondrai “oui bien sûr“ à leur complice. Mais non, ils n’ont pas surgi et il n’y avait pas de caméra cachée pour me piéger.
Je lui ai signé sa feuille blanche en me disant que j’avais une chance incroyable de faire ce job et que je n’avais pas le droit de déprimer quand 8000 salariés de Peugeot vont bientôt se retrouver sans emploi.
Ça y est, je suis rentré de Hong-Kong dimanche soir et j’ai retrouvé ce merveilleux pays qui attire chaque année le double de sa population en touristes et autres étrangers amoureux des beautés façonnées par notre glorieuse histoire.
J’ai complètement réalisé être rentré en France lorsque je suis arrivé à Marseille (qui n’est pas vraiment la France me direz-vous) et que je suis monté dans la navette opérant la liaison avec le centre ville de la capitale phocéenne. Là, se tenait debout un chauffeur à l’accent des quartiers nords de la ville, lunettes de soleil lui couvrant une large partie du visage posées sur le nez, la peau parsemée d’une barbe de quelques jours. Diamant à l’oreille, il portait une chemise blanche sur laquelle était épinglée un insigne “Navette Aéroport“ qui était le seul moyen véritable de le différencier avec un dealer de shit.
Au “bonjour“ que je lui lançais alors que je pénétrais l’imposante cathédrale de métal et de gomme, ce cardinal de la route me répondit par un son guttural qui pouvait tout aussi bien signifier une salutation grognée qu’un renvoi gastrique dû à une digestion tardive.
Au démarrage de son carrosse, cela commença très fort : un minivan de l’hôtel Ibis voisin de l’aéroport qui était en train de charger un passager, rendait difficile la manœuvre de sortie du car de l’emplacement réservé sur lequel il stationnait, ce qui agaça le chauffeur au point de lui faire dire à haute voix intelligible cette réflexion aussi fine que spirituelle :
- putain ! Ça fait 6 fois qu’on leur dit de pas se garer là ! Ils ont vraiment de la merde dans la tête, c’est pas vrai !
A cette locution verbale qui démontrait une certaine propension au versement dans la colère de notre ami routier (ainsi qu’une méconnaissance totale du système digestif humain), un passager qui s’avérait être un membre du personnel de la Chambre de Commerce et d’Industrie qui gère l’aéroport et ses services (dont les navettes) répondit, non sans malice et à propos :
- et dire qu’on va être capitale européenne de la culture en 2013…
Rappelons au passage que la CCI est un acteur majeur de cette manifestation qui fait battre tout le cœur de Marseille et que son président, Jacques Pfister, en est un des plus ardents défenseurs. Il s’est démené, avec d’autres, comme un beau diable afin de remporter cette compétition que nous disputaient des villes aussi importantes que Höjkkjl, Petroskovotv ou Piurimicci, capitale du fameux capostericci, ce breuvage fortement alcoolisé qui se boit généralement accompagné de Doliprane. Cette information ne rendra que plus savoureux la suite du dialogue entre nos deux philosophes.
Devant cette interjection pleine d’ironie, le chauffeur du car choisit de risposter en résumant sa foisonnante pensée d’un tonitruant :
- tu parles… ça va être un beau bordel !
Pour conclure cette discussion (qui n’est pas sans rappeler les échanges entre Alfred de Musset et George Sand) le petit homme courtaud grassement rémunéré par la chambre de commerce sortit un vibrant mais pertinent :
- mes couilles oui !
Le car démarra sur cette sentence évoquant l’appareil génital du tribun mais à peine avions-nous fait 50 mètres que le coffre du car s’ouvrit sur le côté droit et laissa s’échapper une valise qui se répandit sur la chaussée avant d’entamer une glissade que n’aurait pas reniée Jean Alesi quand il pilotait encore des Formule 1. Le chauffeur maugréa des propos incompréhensibles pour le béotien que je suis mais je devinais à la façon qu’il a eu de se ranger sur le bas côté de la voie de circulation, qu’il n’était pas euphorique.
Le petit homme courtaud estampillé CCI ne moufta pas non plus et tout le monde descendit afin de vérifier que son bagage était bel et bien toujours remisé dans l’antre du monstre automobile. C’est dans ce genre de situation que l’on prend conscience de l’étendu de l’égoïsme de l’homme : une fois sa valise repérée, on est soulagé et on se moque bien alors de celui qui a perdu ses chemises et ses chaussettes sans oublier l’alcool et les cigarettes achetées en duty free. Il se trouve que très rapidement, le propriétaire de la valise disparue, se fit connaître du lot des passagers qui commençait déjà à remonter dans le car, heureux et fiers d’avoir été épargnés par le mauvais sort.
La soixantaine, français, il ne paraissait pas de “chez nous“ et ne semblait pas acclimaté aux us et coutumes locales dont le chauffeur du car allait vite l’affranchir.
Après avoir vainement cherché la valise de ce pauvre monsieur paraissant totalement désemparé, le chauffeur remonta bredouille et passablement énervé. A la question du malchanceux passager, posée avec tout le calme et l’inquiétude que l’on serait en droit d’éprouver si une telle mésaventure arrivait aux êtres que nous sommes : “et ma valise ? Comment on fait ?“ Le conducteur titulaire d’un permis de transport routier répondit de manière irritée mais avec l’humour qui caractérise les grands hommes quand ils sont confrontés aux afflictions de la vie :
- qu’est-ce que vous voulez que je fasse pour votre valise ?! J’sais pas où elle est, j’suis pas Madame Soleil !
A ce moment là, quelques personnes sont sorties du silence pesant dans lequel cet événement inattendu nous avait tous plongés pour chapitrer le chauffeur qui se vautrait dans la rodomontade la plus abjecte. Je ne fus pas de ceux là car je cultive la lâcheté comme l’agriculteur cultive le blé. Depuis tout petit, j’ai toujours préféré être le spectateur du malheur de mes contemporains plutôt que de jouer un quelconque rôle dans les petits drames du quotidien qui accablent mes semblables, m’évitant par la même leur vindicte et les éventuels coups de boule qui en découlent (voire les tirs de kalachnikov pour la ville où je réside).
Une dame, dont j’admirais avec mutisme le courage, déclara sur un ton courroucé que le responsable de la perte de ce bagage était bel et bien le charretier (au sens propre comme au sens figuré) qui n’avait pas bien vérifié la fermeture de la soute et qui agressait désormais le pauvre ère délesté de ses chaussettes et caleçons. Elle continua avec une détermination et une hardiesse qui fit d’elle une femme que je plaçais immédiatement au même niveau que Jeanne d’Arc, Margaret Thatcher ou bien encore Evelyne Leclerc.
Le malotru pilote ne s’attendait pas à une rébellion d’une telle violence et commençait à céder du terrain et finit par regagner, vaincu, sa place non sans énoncer une dernière pensée, un peu à la manière de ces grands généraux contraints à la défaite face au surnombre ou à une meilleure stratégie de l’ennemi et qui lâchent alors qu’ils parcourent, assis sur leur destrier, le champs de bataille labouré par les combats et maculé de sang, une phrase qui entre dans l’Histoire et qui vaut, bien souvent, bien plus que les médailles des vainqueurs.
- c’est ça ! C’est de ma faute !… Mes couilles, ouais !
Le routier professionnel s’affaissa sur son siège non sans jeter au passage ses lunettes de soleil qui ressemblait à s’y m’éprendre au masque de plongée que portait le Commandant Cousteau quand il descendait dans les profondeurs de l’océan pour observer la femelle poulpe se reproduire (le sigle doré Dolce&Gabbana en plus).
Il reprit la route tout en maugréant jusqu’au parking libérateur de la gare Saint Charles, lieu de son terminus. Je déguerpis bien vite du car pour m’engouffrer dans le métro et regagner un chez moi que j’avais hâte de retrouver tel le soldat se mettant à couvert dans un bunker imprenable.
J’ai eu la joie de découvrir que les plombs avaient sauté durant mon absence et j’ai du vider mon frigo et congélateur à la poubelle… Mes couilles !
Boxe thaïlandaise (en amateur !) par BrokenArmsCompany
Impressionnant non, cette video ? Mon pote Niaquoué a voulu me faire découvrir la boxe thaïlandaise qu’il pratique hebdomadairement (quand son emploi du temps lui permet) et grâce à laquelle il a acquis une musculature inversement proportionnelle à celle d’un sénateur en fin de carrière. Ce que je peux en dire, après cette expérience somme toute sommaire, c’est que c’est très physique et qu’en l’espace de quelques minutes, on est dans un état de profonde fatigue. L’avantage est que toute l’agressivité que l’on peut cumuler en une journée s’écoule comme l’eau d’un robinet par la bonde de l’évier. On se sent vidé…
Le lendemain, le Niaquoué m’a réservé la surprise de m’emmener en Thaïlande pour 2 jours rejoindre un ami à lui d’origine américaine et dont j’avais fait la connaissance à son mariage. Bangkok, ses restaurants, ses boîtes de nuit habitées par des cohortes de jeunes femmes en fleurs aussi déshabillées que les pages lingerie d’un catalogue de la Redoute et ses grappes de touristes adipeux accrochés à leurs bras vaporeux.
Il y eut un épisode amusant lors de ce séjour thaïlandais, c’est la séance de cinéma que nous nous sommes offertes dans une salle gigantesque équipée du système IMAX (un écran gigantesque courbé) pour visionner le nouveau Batman (excellent). Pendant la séance où des publicités thaïlandaises aussi grotesques que ridicules étaient diffusées, j’ai eu la surprise de voir tout le monde se lever dans la salle. A l’écran s’affichait un message gouvernemental suivi d’un clip à la gloire du roi de la Thaïlande… Sur fond d’hymne thaïlandais, des images du monarque au milieu d’agriculteurs, de militaires, d’enfants étaient diffusées sur l’écran gigantesque pendant que TOUS les spectateurs étaient dressés debout. Au premier abord, cela m’a semblé ridicule et puis j’ai trouvé cet acte patriotique assez émouvant bien que le film soit très naïf dans sa réalisation.
La Thaïlande est un pays qui a connu des soubresauts dans son histoire et même quelques putschs il n’y a encore pas si longtemps (2006) mais il y a une chose qui fédère tous ces gens qui ne partagent pas les mêmes opinions : c’est l’amour de leur pays et de leur roi. Cette foi unit les « chemises jaunes“ (monarchistes, en majorité des citoyens des classes moyennes supérieures et quelques intellectuels) et les “chemises rouges“ (population rurale qui s’oppose fermement à une main-mise de l’élite urbaine sur la politique thaïlandaise) et avant chaque séance de cinéma dans le pays, un petit clip est là pour rappeler que le roi les protège.
Hier, j’ai dû travailler pour l’agence Firstcom qui réalise un film corporate pour un de ses gros clients dont mon pote n’est autre que le dirigeant d’une importante filiale. Ce film doit illustrer le côté international de la compagnie dont une bonne partie de ses activités se trouve en Asie notamment Hong Kong et ses Nouveaux Territoires.
J’avais emmené pour réaliser ces images de quoi filmer et donc, hier, du matin au soir je me suis rendu dans 3 différents sites de production afin de filmer des choses d’un inintérêt total pour des gens comme vous. Ce qui était intéressant par contre, a été les conditions de tournages. Il faut savoir que l’activité de cette société se situe dans la sécurité et qu’il faut un nombre impressionnant d’autorisations pour prendre la moindre photo et que les images vidéos sont proscrites. J’avais un garde chiourme qui m’accompagnait partout pour vérifier ce que je pouvais/devais filmer ou non et avec qui je me suis rendu dans les Nouveaux Territoires qui jouxtent la seule frontière terrestre avec la Chine, à une heure environ de voiture du centre de Hong Kong.
Un des sites se trouve au 11ème étage d’une gigantesque tour d’état grouillant de policiers et d’officiers militaires puisqu’elle contient le Ministère de l’Immigration. Tourner ici est rigoureusement interdit et j’ai été briefé au 16e étage par 7 personnes chinoises d’une société sous contrat avec l’état. Ils m’ont expliqué qu’ils allaient me déguiser en officier de maintenance pour que je puisse passer inaperçu les contrôles militaires limitant l’accès au cœur de la zone où je devais réaliser ces images. Vêtu d’un blouson gris, j’avais appris le texte par cœur que je devais réciter en cas de contrôle : “I am a specialist of motoring design but my english is not very good. Sorry, I don’t understand“. Mon cœur battait la chamade alors que je prenais l’ascenseur pour descendre au 11e étage.
Le contrôle par les militaires s’est bien passé et j’ai pu commencer à réaliser mes prises de vue sous les regards stressés des 3 employés qui regardaient leur montre car ils avaient négocié avec une autorité l’accès à cette salle pour une durée de 20 minutes seulement. Je faisais de mon mieux depuis 7 minutes quand un type portant un uniforme marine avec marqué “IMMIGRATION“ surgit dans la salle avec un masque hygiénique qui lui couvrait la bouche. Nous avions été gaulés par les caméras de surveillance…
Ça a parlé chinois et les 3 personnes m’accompagnant ont exécuté plusieurs courbettes devant l’homme en uniforme et j’ai du remettre mon appareil photo que j’avais subrepticement remis en position “appareil photo“. Je dû sortir sur le champs et remonter dans les étages sous la surveillance de 2 employés. J’ai pu récupérer au passage discrètement ma caméra Go Pro que j’avais placé en hauteur sur une étagère pour avoir une vue d’ensemble et qui a filmé toute la scène “d’expulsion“ (cf photo).
J’ai récupéré mon appareil 30 minutes plus tard : vide. Ils avaient tout effacé.
Dégoûté et écœuré d’avoir perdu une partie de mon travail, j’ai rejoint mon ami Niaquoué qui m’a emmené… prendre une leçon de boxe thaï ! Je vous raconterai cette expérience incroyable dans une salle de boxe où j’étais le seul occidental mais là, je n’ai plus le temps : je pars cet après-midi… en Thaïlande pour 2 jours ! J’accompagne mon pote qui y fait un saut pour affaires et qui m’emmène dans ses bagages ! C’est pas top ?
Lundi soir, jour de mon anniversaire, mon ami Niaquoué m’a fait la surprise de m’emmener à Macau pour célébrer ce jour faste que vous avez été des millions, que dis-je, des milliards à célébrer de par le vaste monde (preuve s’il en est que ce blog a dépassé depuis bien longtemps les simples frontières de l’hexagone).
A 16h30, je l’ai rejoint à son bureau où il règne sur un personnel pléthorique à l’écoute de ses moindre souhaits et desiderata dans la crainte d’être jeté à la rue. Nous avons ensuite rejoint le port de Hong Kong où une navette ultra rapide appelée Jetbus nous a fait traverser un bras de la Mer de Chine pour rejoindre la capitale du jeu et du vice : Macau…
Une heure de traversée paisible pour débarquer dans une ville qui n’est pas sans rappeler Las Vegas avec ses casinos gigantesques comprenant d’immenses salles de jeux, des centaines de chambre d’hôtels, des restaurants, des bars et même des centres commerciaux ! Sur la photo, je suis dans le casino dénommé “Venise“ avec de véritables canaux (!), des gondoles provenant d’Italie, un faux ciel bleu plus vrai que nature et ses enseignes de luxe sur 3 étages. Un décor de carton pâte destiné à en mettre plein la vue aux nouveaux riches chinois venus ici pour claquer les milliers d’euros gagnés en fabriquant des jeans et des iPad, en les posant sur le tapis vert d’un jeu de roulette ou de poker.
Après un repas pantagruélique dans un restaurant portugais somptueux qui possèdent sa note dans le Guide Michelin (Macau est une ancienne colonie portugaise), nous sommes allés risquer devenir riche dans un casino aux allures de temple du jeu. J’ai posé mon dévolu sur une table de Black Jack délaissée par la foule bigarrée qui défilait sur l’épaisse moquette criarde qui tapissait le sol de cet endroit trop éclairé pour être honnête.
La table de jeu était tenue par une femme asiatique sans véritable âge. Elle tirait la tronche et je trouvais que cela était plutôt bon signe. Je me méfie en effet des sourires trop commerciaux qui ne sont affichés que pour vous attirer dans un piège d’où vous ressortez généralement les poches vides et le portefeuille aussi plat qu’une limande.
Nous avons pris place, tels deux pigeons sur une broche, sur les tabourets faisant face au mandarin en charge du plumage de volatiles. Nous avons demandé quelle était la mise minimum pour faire sauter la banque (naïfs que nous étions) et l’asiatique nous répondit d’une voix dépourvue de toute émotion : 300 $ Hong Kong (soit environ 30 €). Le Niaquoué étant plus riche que moi, la pile de jetons que la matrone lui remit dépassait de loin la mienne. On aurait dit l’Empire Sate Building à côté d’une bitte d’amarrage.
Mon ami eu l’outrecuidance de me demander si je connaissais les règles et j’ai voulu lui montrer un peu bêtement que je maitrisais sur le bout des doigts ce jeu de cartes avec lequel j’ai grandi (en regardant les films de James Bond). J’avais de quoi jouer 2 coups. J’ai perdu une première fois en 10 secondes. Possédant un 15, je ne devais pas dépasser 21 pour remporter le combat contre la banque. J’ai tiré un valet… 25… La rombière a ramassé mes jetons sans aucun signe de contentement, habituée qu’elle semblait être, à écosser du touriste.
Le Niaquoué remporta sa mise et me regarda en souriant mais je devinais dans son regard une pointe de moquerie ; pire : un soupçon d’arrogance. ll avait gagné, moi non. Il se permit de me donner alors des conseils le cuistre ! Je voulu tout de suite lui montrer que cette première partie n’était qu’un accident et j’ai misé mes derniers jetons en les tendants vers la croupière. Celle-ci me tendit 2 cartes (de merde) : j’avais un total de 10… Je décidais de lui demander encore une carte : 6. Cela faisait 16. Le Niaquoué m’enjoint d’arrêter mais est-ce le démon du jeu qui s’était emparé de ma personne ou bien était-ce par esprit de contradiction ? Toujours est-il que j’indiquais du doigt posé sur le tapis vert que je souhaitais une nouvelle carte au croupiat bridé. Celle-ci haussa alors le sourcil comme si, même elle, avait décidé de braver les règles en vigueur dans les casinos et qu’elle souhaitait m’indiquer par un signe aussi discret que possible qu’il fallait que j’arrête. Cela ne fit que piquer mon ego et je retapais du doigt le tapis de feutre, persuadé que la fortune était là : à portée d’une simple carte ! Elle l’a sortie du sabot comme convenu et puis…
Je vous laisse deviner la suite car elle est trop difficile à conter pour un homme qui a déjà un genou à terre.
Le pire est que j’ai continué de jouer avec les jetons que le Niaquoué gagnait à côté de moi en jouant intelligemment… Cela a duré un peu plus longtemps mais nous avons perdu tous les deux au final et à 2 heures du matin le Jetbus nous ramena à Hong Kong, fatigué, repus et fauché pour ma part… Mais quel anniversaire ! Je me souviens très bien celui de l’an dernier qui avait été lui aussi magique grâce à mon amie Christine mais celui-là, ce n’étais pas mal non plus… Merci Jean-Pierre !
Samedi soir, Jean-Pierre m’a emmené dans le quartier branché de Hong Kong avant de rentrer nous coucher. Nous avons pénétré dans une boîte où un groupe de musique reprenait excellemment des titres de U2, B52 et Stevie Wonder.
Je commandais un Jack Daniels on the rocks car j’ai toujours rêvé de commander un jour un Jack Daniels en précisant bien à la barmaid que je le souhaitais sur de la glace pilée. Ça fait classe, je trouve, de commander cette boisson avec un petit air entendu, sûr de soi, du style “je sais ce que je veux alors magne-toi de me servir ma boisson favorite, un bon vieux Jack Daniels !“. Or, il se trouve que je déteste le whisky et que je l’avais oublié. J’avais l’air d’un con avec mon verre à la main mais d’un con qui buvait du Jack Daniels donc moins con que celui qui commande un Malibu alors qu’il n’aime pas la noix de coco.
Je déambulais dans cette boîte en faisant semblant de siroter mon Jack Daniels on the rocks au goût infâme et je constatais avec stupéfaction qu’une magnifique brune originaire des philippines me fixait du regard dans sa robe moulante à pois noirs perchée sur de hauts escarpins. Voilà que la belle me souriait désormais ! J’étais sous le charme et je lui ai répondu d’un sourire timide mais niais et je plongeais mon visage dans mon verre de Jack Daniels pour me donner une contenance et jouer au mec “détaché qui n’a que faire de se faire draguer quand il déguste un Jack Daniels“. J’étais certain d’être niais à cet instant précis car l’infecte boisson que je me forçais à boire commençait à faire son effet.
Je passais mon chemin afin de ne pas céder trop vite aux avances de la jeune beauté aux yeux de biche puis j’accrochais un deuxième sourire posé sur le visage d’une ravissante asiatique ! Incroyable ! Voilà la jeune femme qui me décoche un clin d’oeil (bridé) ! A moi !! Je me retourne pour regarder si quelque éphèbe se trouverait dans son champs de vision mais non ! C’est bien moi qu’elle dévore du regard !
D’autres occidentaux se trouvaient dans cette boîte mais je n’en revenais pas que ces deux ravissantes femmes en veulent à MA personne. Certes, mes compatriotes étaient vêtus de tongs et de bermudas avec lesquels ils n’auraient même pas pu pénétrer dans un Quick en France mais était-ce mon élégance bien française qui était le vecteur flamboyant de mon succès auprès de la gent féminine locale ? Toujours est-il que je n’en revenais pas…
Peut-être étais-je tout simplement en train de me rendre compte que j’avais un physique qui plaisait à la femme asiatique et que j’étais… “beau“, finalement. Cette pensée eut un effet dopant chez moi, plus rien ne pouvait m’arrêter désormais : j’étais “beau“ et je n’avais qu’à choisir entre la plus belle de ces mannequins, celle qui aurait le droit, le privilège de partager un moment de mon existence.
Alors que je confiais à mon ami Niaquoué, la joie que j’éprouvais à cet instant précis de ressentir ce que Brad Pitt vivait quotidiennement et de posséder la même assurance que George Clooney lorsqu’il s’approche d’une femme, mon ami de 20 ans doucha au Kärcher mon enthousiasme naissant et avorta l’embryon de confiance en moi qui commençait à peine sa croissance : “C’est 120 € la nuit pour ces nanas.“ Je lui ai fait répéter 2 fois sa phrase, pensant que la musique (trop forte) avait parasité l’information qui était en train de fracasser à l’enclume mon ego en mille morceaux. Ainsi donc, tous ces sourires… toutes ces attentions… ce clin d’œil… avaient un prix ?
J’ai quitté cette boîte comme un soldat bat en retraite après avoir pris une raclée au combat.
A bien y réfléchir, j’ai été 10 minutes dans la peau de Brad Pitt et rien que pour ça, c’était une belle soirée.
A minuit, c’est bien connu, les carrosses redeviennent citrouilles…
Il est pas beau mon Niaquoué ? Ils sont pas au top les quarantenaires ? Moi je dis qu’ils sont au top, surtout aujourd’hui, date de mon anniversaire.
Hier matin, après une nuit où je ne suis toujours pas arrivé à trouver le sommeil en raison du décalage horaire auquel je ne me fais décidément pas, nous sommes allés courir dans la fournaise. A 13 heures, alors que le thermomètre affichait 32 C° et que le degré d’humidité était de 94%, nous sommes allés courir dans un immense parc qui se situe juste derrière sa résidence.
Après 45 mn d’une course à pieds terrible pour l’organisme, nous sommes allés chercher notre récompense : 2 heures de massage par des mains thaïlandaises expertes. 60 minutes de foot massage puis 60 pour le reste du corps. Mais attention, je vous vois avec vos sourires en coin : ce n’était absolument pas relaxant ! C’était du vrai massage avec les pouces qui s’enfoncent dans vos chairs jusqu’à vous tirer des cris de douleurs (pour moi) et des éclats de rires (pour les masseuses). Je suis sorti de là en ayant l’impression qu’une moissonneuse batteuse m’était passée dessus. Détruit…
Nous avons déambulé dans le vieux Hong Kong, déjeuné sur le pouce puis nous sommes rentrés à la maison avant de ressortir dîner thaïlandais au bord de la mer de Chine.
C’est drôle les vrais amis : on peut ne pas les voir pendant 1 an ou 2, voire plus et quand on se retrouve en face d’eux pour boire une bière, tout se ré-enclanche comme si le temps n’était pas passé par là.
L’amitié est comme un vieux disjoncteur couvert de poussière en position off. On se demande avec un peu d’angoisse, alors qu’on s’apprête à remonter le levier en position “marche“, si la lumière va fonctionner à nouveau et puis tout s’illumine d’un coup dans un doux ronronnement. C’est le cas avec Jean-Pierre. J’ai l’impression d’être avec le même type qu’il était déjà à Sup de Co. Nous rigolons des mêmes conneries, nous refaisons le monde toutes les 2 heures et nous évoquons avec nostalgies nos regrets, nos peines mais aussi nos joies et nos espoirs dans une bonne humeur exaltante. Ce n’est plus un voyage, c’est un bain de jouvence que ce séjour !
Cet après-midi, je le rejoins à son bureau et nous partons tous les deux à Macau pour mon anniversaire. Un ferry nous emmènera dans cet autre territoire au statut particulier qui appartient à la Chine. En attendant ce moment, il m’a prêté sa bonne pour qu’elle m’emmène faire des courses dans le centre ville. Une philippine très gentille qui loge à domicile et qui s’occupe des enfants quand ils sont là. D’ailleurs, je dois y aller, elle me signale que mes œufs sont prêts ! C’est pas le rêve ?!
