Désolé pour ce long silence mais j’étais en Ardèche. Etre en Ardèche c’est un peu comme être nul part. Pas tout à fait mort mais plus tout à fait vivant non plus. Il n’y a pas de “Syndicat d’Initiative en Ardèche“ car il n’y a pas d’initiatives à prendre. Pas “d’Office du Tourisme non plus“ puisque l’unique, la seule richesse économique de la région, a la forme d’un canoë kayak. Il n’y a que ça là bas. Sur l’eau, sur le toit des voitures, devant les boutiques, vous avez des canoës verts, rouges, jaunes à la location ou à l’achat. Il est très rare de croiser un autochtone qui n’ait pas de pagaies entre les mains et une pellicule de Néoprène sur lui. C’est un peu comme le vélo à Amsterdam ou le touk-touk à Bangkok. L’Ardéchois est comme le Roundup : il résiste à l’humidité. Si vous avez un problème d’infiltration chez vous : faites appel à un ardéchois, c’est LE spécialiste.
Anne-Laure avait organisé avec talent ces 3 jours dans le département le plus paumé de France (avec le Limousin). Je ne m’étais occupé que de l’hôtel. Trouver une chambre pour 4 avec Wifi dans un établissement qui ne soit pas complet, n’était pas chose aisée à trouver en plein mois d’Août et pourtant, j’ai trouvé dès mon premier coup de téléphone ! J’ai compris ensuite, trop tard, les raisons de ce succès immédiat et inattendu lorsque mon fils, pénétrant et furetant dans la chambre me demanda soudain : “papa, ils sont où les toilettes ?“. Moi, énervé par 2 heures de route, lui répondant : “ben dans la salle de bain, voyons !“. ”Ben non, Papa, y’en a pas“.
Et oui… il y a des hôtels qui vous offrent le confort de l’accès à internet, la climatisation, la télévision par satellite mais où vous devez partager les toilettes avec tout un étage. Je ne décrirai pas ici, la sensation horripilante d’une cuvette tiédie par les fesses d’un de vos voisins de chambre, sur laquelle vous posez votre séant. Ne comptez pas sur moi pour vous décrire l’état de désespoir dans lequel peut vous plonger une simple goutte d’urine sur cette même cuvette qu’un autre voisin (ou le même), a délicatement laissé tomber, tel un autographe au bas d’une page. Il est 5 heures du matin lorsque vous découvrez ce présent et vous avez envie d’éclater en sanglots. Vous nettoyez la souillure en grommelant que les gens sont des porcs et en souhaitant que le coupable soit émasculé en place publique. Conseil : si vous partez en vacances en Ardèche, emportez votre cuvette avec vous.
Nous avons fait de l’accro-branches (cela s’est terminé en drame avec ma fille brûlée par une corde à l’entre-jambes et conduite chez le pharmacien), du poney et enfin la fameuse descente en canoë sur l’Ardèche avec tellement d’embarcations sur l’eau que l’on se serait cru sous le Tunnel de Fourvière un jour de départ en vacances.
Ceci dit, j’ai beaucoup aimé notre séjour champêtre où nous avons organisé moultes pique-niques champêtres et baignades dans des décors fabuleux.
La photo illustrant l’article a été prise lors de notre activité poney. Nous est apparu soudain, sous la lumière incandescente d’un l’été ardéchois, un être sorti de nul part. Entièrement vêtu d’une tunique “Olympique de Marseille“, il était originaire du pays et travaillait dans le centre équestre. Tout chez lui respirait la classe et l’élégance : le tatouage sur le bras droit représentant le Christ, sa coupe de cheveux qui le faisait ressembler à Manitas de Plata sortant d’une “coupe brushing“ chez Jean-Louis David, les nombreuses bagues et chaines en or qui paraient son corps d’athlètes. Nous avons été soufflés par l’aura de cet homme qui a enfourché, sous nos yeux éblouis par le raffinement de “l’Homme Bleu“ comme nous l’avons baptisé, une mobylette qu’il avait patiemment carrossée pour la faire ressembler à une moto. Une mobylette “tunée“, je n’en avais jamais vu auparavant et je tenais à rendre hommage à cet écuyer des temps modernes, qui est parti sur les chapeaux de roues dans la fumée bleutée du moteur deux temps de son puissant bolide. Adieu Homme Bleu…
Mon plan dans le Sud Ouest est tombé à l’eau… Anne-Laure (mon amie du Bénin) a de la ressource et loin de renoncer, elle nous a proposé de l’accompagner en Ardèche. Oui, l’Ardèche, ce coin paumé de France avec une rivière qui coule au milieu. Que vais-je faire là-bas ? Je ne sais pas. Anne-Laure s’est occupée de tout : rafting, poney, accro-branches etc. 3 jours loin de Marseille dans une région qui me rappelle le film “Délivrance“… Je vous raconterai mais les enfants sont d’ors et déjà ravis à l’idée de partir avec celle qui les baby sittent de temps en temps.
J’ai trouvé un petit hôtel (ce qui est un exploit en cette période) mais je n’ai pas encore annoncé à Anne-Laure qu’elle va dormir dans un lit superposé… De toutes les façons, après ce que nous avons vécu au Bénin tous les 2, rien ne nous fait peur, même pas l’Ardèche !
Je n’en peux plus. J’attaque ma deuxième semaine avec mes enfants : seul avec eux, du matin au soir… je suis à genoux. Mentalement surtout. Je régresse. Mes discussions concernent la vie sentimentale de Lady Gaga, les miracles de Joséphine Ange Gardien et bien sûr, l’intemporel Caca Boudin, prononcé sur tous les tons avec de grands éclats de rire à la fin. Lundi, je suis en vacances, c’est à dire que je reprends le boulot. Ouf.
Ce qui m’achève le plus, ce sont les questions qu’ils me posent dès le réveil et ce, jusqu’au coucher. Des questions, des tonnes de questions, sur tous les sujets. Hier, mon fils m’a demandé, à 30 secondes d’intervalle, “combien coute la Terre ?“, “comment on fait l’harissa ?“ et “est-ce que Jésus est plus fort que Batman ?“. Imaginez-vous à ma place face à ces questions existentielles que même un cerveau malade d’adulte n’irait jamais concevoir ? Et moi, il faut que je répondre car sinon la même question sera reposée avec insistance, voix de plus en plus éraillée jusqu’à l’explosion de mon oreille interne. Combien coûte la Terre ?? Mais je n’en sais rien, moi ! Je ne connais même pas le prix du mètre carré à Marseille alors sur la Terre ! Et puis ça dépend de la monnaie. Dans l’ancien ou le neuf ? La harissa ? Comment on fait la harissa !?? Mais pourquoi savoir ? Ne vaut-il pas mieux que l’on ne découvre jamais la recette de la harissa ? Jésus vs Batman ? Beau combat en perspective. Un jour, Hollywood nous l’offrira, j’en suis certain. En attendant, je parierais sur Jésus car c’est le seul capable de multiplier les pains dans la tronche.
Le départ est fixé à demain. Dernier jour à l’hôtel Colossos que nous avons rebaptisé avec les enfants, l’hôtel Colesthéros. Si la graisse humaine servait un jour à fournir de l’énergie, Rhodes pourrait se passer de centrales thermiques pour l’éternité. J’avais appris, lors de mes cours de géographie, que la Russie (l’Union Soviétique à mon époque) était riche en énergies mais je n’avais pas idée à quel point. Ses habitants ont sur eux quelques petites fortunes le jour où l’on saura transformer la peau d’orange en billets de banque.
Nous avons passé tout notre séjour sans voir un français ni même parler anglais à un touriste. Autarcie totale. Nous étions une île à nous 3. Une île au milieu d’une autre.
Les enfants ont essayé de bâtir des ponts mais ce n’est pas facile de communiquer et de s’amuser avec des petits enfants russes ou polonais qui ne comprennent pas un traître mot de ce que vous essayez de dire dans un mauvais anglais et qui, de toutes les façons, ne peuvent pas vous répondre car ils ont un beignet dans la bouche. Quant à moi, je me suis réfugié dans la lecture de 2 livres : “L’homme qui voulait être heureux“, offert par Sylvie, une amie, et “Quand souffle le vent du Nord“ offert par Cyril Chauvin, mon compagnon de route. Le premier m’a appris quelques petites choses, même si la philosophie qui se dégageait de l’ensemble était un peu trop facile. Sous la forme d’un roman, l’auteur, philosophe de son état, essaye de faire passer tous les messages possibles (et surtout connus), pour nous livrer sa recette du bonheur : “connais toi toi-même, tes problèmes sont dans ta tête, relativise tes échecs, n’abandonne jamais tes objectifs etc“. Bien, mais finalement assez frustrant quand on referme la couverture et que l’on regarde autour de soi : rien n’a changé ! Mais là, l’auteur me répondrait, dans son immense plénitude (et platitude) : “le changement ne vient que du changement. Commence par changer ta vie avant de changer celles des autres. T’as compris ducon ou faut que je recommence avec des crayons de couleurs ?“. Il n’aurait pas dit exactement cela comme ça, mais j’interprète quoi…
Le deuxième livre m’a littéralement bouleversé. Cyril me l’avait offert en me disant, l’air de rien (il a souvent l’air de rien quand il offre des trucs. Même quand il n’offre rien d’ailleurs) : “tiens, lis ce bouquin, il m’a fait penser à toi“. T’as raison mon neveu ! Quelle belle histoire d’amour ! Que c’est bien écrit ! Je ne conserve habituellement pas les livres mais je garderai celui-là. Il rejoindra “Le Chevalier à l’armure rouillée“ et “Refuge pour temps d’orage“ qui m’ont beaucoup touché. J’ai corné un nombre incalculable de pages pour me souvenir de quelques phrases très belles et très vraies. Ou plus exactement, qui ont raisonné en moi, y trouvant un écho particulier. Une phrase résume tout : “écrire, c’est comme embrasser, mais sans les lèvres. Ecrire, c’est embrasser avec l’esprit“. Je dédicace cette citation à toutes celles et à tous ceux qui pensent que rien ne vaut la rencontre physique, l’échange verbal, la discussion “entre 4 yeux“. Il y en a d’autres pour qui c’est différent et comme le héros de ce beau roman, je préfère la vérité de mon clavier à l’hypocrisie de certaines paroles.
Aïe. J’ai mal au cou. Une vertèbre s’est fait la malle et elle flotte quelque part sur un bassin de l’Aqua Park dans lequel nous avons passé la journée entière avec ma descendance. Je ne le sentais pourtant pas ce “Twirl of Dante“, un toboggan aquatique qui après vous avoir fait encaisser 3G, vous fait tournoyer dans tous les sens avant de vous cracher dans un bassin d’eau chlorée.
J’ai tout fait pour dissuader mon fils de faire cette attraction, n’hésitant pas à projeter mes peurs sur lui pour le tourmenter et le faire reculer. Non. Il n’a pas cédé et me voilà en haut du “Twirl of Dante“. Mon fils est déjà en bas, moi c’est une autre histoire… J’essaye de sympathiser avec le surveillant de l’attraction afin de trouver un peu de réconfort (j’ai envie de pleurer), mais celui-ci ne répond à aucune de mes boutades en anglais : “how many dead today ?“ (combien de morts aujourd’hui ?) Je ne vois pas ses yeux à travers ses lunettes réfléchissantes et le sifflet qu’il a coincé dans la bouche n’invite pas à la rigolade, fusse-t-elle pleine de finesse.
Il me fait un signe, tout sauf amical, de me mettre en place et de dégager le passage pour les russes et les allemands qui attendent leur tour de frayeur derrière moi. J’obéis au cerbère revêtu d’une tunique “Rescue Team“ et je prends alors conscience de la folie de mon entreprise : je ne suis pas fait pour ce genre d’attraction ! Le seul risque acceptable pour moi est de rentrer dans un jacuzzi public ou, à l’extrême, une piscine municipale de camping mais pas un “Twirl of Dante“ !!!
La première section du toboggan est la plus terrifiante : on tombe à pic dans le vide pour prendre la vitesse nécessaire avant d’entrer dans un tunnel où, dans l’obscurité, ne contrôlant plus rien, ne pouvant plus anticiper les mouvements de son corps, vous êtes projeté à grande vitesse dans des circonvolutions néfastes à n’importe quel squelette. Il faut être un Barbapapa pour ne pas souffrir dans un tel toboggan ! A l’arrivée, vous vous arrêtez net sur 2 mètres. Là, il faut vite reprendre ses esprits pour remettre en place le maillot de bain qui n’a pas résisté à la force centrifuge. Si vous sentez de l’eau fraîche dans la rainure de vos fesses, ce n’est pas bon signe et il convient de ne pas sortir immédiatement de l’eau pour ne pas effrayer les nombreux enfants qui flottent à vos côtés.
Lorsque vous montez l’échelle vous ramenant sur la terre ferme, votre fils vous regarde alors avec un grand sourire barrant son visage doré par le soleil et vous dit : “c’était trop bien ! On le refait ?“.
Mon billet de (mauvaise) humeur sera aujourd’hui consacré à la dénonciation haute et forte du principe stupide du “all inclusive“ que j’ai découvert durant mes congés. “All inclusive“ signifie “tout compris, tout gratuit, à volonté“ dans la langue de Shakespeare et croyez bien que certains en profitent au maximum. C’en est écœurant. Ici, dans l’hôtel-club où je séjourne avec mes enfants, on dirait que les vacanciers n’ont rien mangé de l’année quand vous les croisez avec des assiettes contenant assez de nourritures pour nourrir un village africain. L’essentiel est de “prendre“, de “consommer“ afin d’éprouver la sensation suave d’en “avoir pour son argent“. “J’ai payé donc j’ai le droit de gâcher“ semble être le cri de ralliement des touristes qui m’entourent. J’observais hier une employée grecque navrée de devoir débarrasser une assiette pleine de raisins frais dont l’indélicat consommateur n’avait picoré qu’un ou deux grains.
Je lutte comme je peux, avec mes petits moyens pour éduquer mes enfants au milieu de cette orgie calorique. Je leur rappelle quotidiennement que “ce qu’ils mettent dans leurs assiettes, doit aller dans leurs estomacs sous peine de sanction“ mais c’est dur. Toute la journée, des restaurants sont ouverts et servent glaces, friandises, pains, crêpes à des métabolismes saturés en graisse et sucre.
Les touristes font la queue aux distributeurs de boissons (gratuites) et boivent debout leur bière avant de vite s’en resservir une. Sitôt un plat vidé, la foule attend, anxieuse, qu’une employée arrive à se frayer un chemin parmi eux pour en déposer un autre plein de victuailles, afin de se jeter dessus. Cela m’a rappelé une image : quand j’étais petit, j’étais garçon de ferme l’été (et oui… qui l’eût cru !) et il y avait un moment que je redoutais par dessus tout, c’était celui où il fallait que je pénètre dans le poulailler avec un seau plein de grains pour ré-approvisionner les mangeoires des poules. Dès qu’elle me voyait apparaître, ces connes de volailles “savaient“ et alors elles se regroupaient toutes autour de moi dans un nuage de plumes et de poussières, se battant toutes griffes dehors et à coups de becs pour défendre leur place devant la mangeoire. Et bien, ici, 3 fois par jour, j’assiste au même spectacle mais les gallinacés sont interprétés par des êtres humains.
Pourtant, nombre d’entre eux pourraient se passer de manger pendant plusieurs jours vu la taille de leur abdomen. C’est le royaume du cholestérol à l’Hôtel Kolossos et si les russes ont, par le passé, soufferts de malnutrition, ils sont en train de combler à grands coups de fourchettes le fossé gastrique qui les sépare de leurs anciens ennemis américains.
Ajoutez à cette gabegie quotidienne, le fait qu’ils mangent torses nus et vous devinerez que je ne m’alimente que très peu… Hier midi, j’ai rebroussé le chemin qui m’emmenait au stand de poulets rôtis car je me suis retrouvé derrière un slave qui était torse nu, le dos couvert de cicatrices violacées et de gros poils sortant de son slip de bain encore humide. Il sentait la crème solaire au karité et j’ai l’estomac qui s’est soulevé. Tant pis pour le poulet rôti…













